Théo

6 minutes de lecture

2 mars 2188

Base 8 de Io

Intérieur de la salle des machines :

« Où est le gosse ? »

La femme à la face sale à force de vivre au milieu des machines, relève la tête du réseau de tuyaux sur lequel elle était penchée, pour braquer son regard sur le militaire qui vient de l’interpeler.

« Le rejeton des canons ? Probablement au fond, à son atelier. Comme la moitié du temps. »

L’autre arque un sourcil mi-contrarié, mi-surpris.

« Depuis quand il a un atelier, lui ? Et qui a donné l’autorisation pour… »

« Ce que nous autres on appelle son "atelier", c’est plus précisément un recoin où il a tiré un tapis rapiécé, sur lequel il travaille. »

La femme pointe un pouce vers le couloir.

« Appelez le devant le générateur 39. Il est derrière, dans un espace vide auquel on ne peut accéder qu’en rampant. »

Le militaire hoche la tête, tandis que la mécanicienne retourne à son travail.

Il s’enfonce dans les brulantes entrailles d’aciers de la base, jetant de réguliers coups d’œil à la numérotation des machines qu’il dépasse, jusqu’à arriver au générateur qui l’intéresse.

Celle-ci ressemble à une sorte d’imposante poire bouffie de couleur cuivre, recouverte de cadrans et d’écrans qui lui sont incompréhensibles, dont sort une armada hétérogène de tuyaux.

« Oh, le mioche ! Tu es là ? » Appel-t-il, comme on lui a indiqué de le faire.

Pas de réponse.

Peut-être n’est-il pas dans sa cachette ? L’homme n’a pas envie de se ridiculiser à crier dans le vide…

Il regarde en tous sens, jusqu’à apercevoir une casquette qui dépasse de derrière le museau d’une chaudière.

Le militaire s’en approche, pour découvrir un vieux fossile vivant en redingote brune.

« Hey, toi. Je cherche le gamin. »

L’ancien lève des yeux cachés derrière des lunettes de soudeur.

« Il s’est glissé dans son atelier y a trois minutes. » répond-il, alors qu'il indique le générateur 39, « Pourquoi ? »

« La raison ne te concerne pas ! Tu es sûr qu’il est là ? »

« Sûr et certain, sir ! »

Il sourit, bien conscient que son interlocuteur n’a pas les accréditations pour le punir pour son insolence et ne s’y risquera pas alors qu’il est en terrain inconnu pour lui.

« …Mmm. Alors pourquoi il ne répond pas quand je l’appelle ? »

« Oh, quand il est concentré, il n’entend généralement plus rien ! Pas même son propre estomac… on l’a vu ressortir après deux jours, une fois ! Il n’avait rien avalé. Je ne vous raconte pas dans quel état il était… »

« Je m’en fous ! Je dois le voir maintenant ! Comment faire pour qu’il vienne ? »

L’autre se gratte les favoris noircis qui lui mangent les joues, mi-pensif, mi-provocateur.

« Vous pourriez aller directement le voir… mais faudrait que vous rampiez sous le générateur, or je présume que vous ne voulez pas salir votre beau costume ? »

« Vas-y toi, va me le chercher. » Le coupe le militaire, grinçant des dents.

« Ah non, ça ne va pas être possible, je perds déjà suffisamment de temps dans mon travail en vous parlant, sir… ! »

L’homme n’en peut plus et porte sa main à l’arme plutonique pendant à sa ceinture !

« Vas-y, je t’ai dit… »

L’autre soupir, se levant enfin.

« Ok, ok ! Pas la peine de monter sur vos grands vaisseaux ! …Jouer pas trop avec votre bidule, par contre… vous pourriez faire exploser plus d’un truc ici, avec ça ! »

Le vieux clopine jusqu’à la machine, devant laquelle il s’accroupit avant de ramper avec une surprenante agilité compte tenu de son âge.

S’écoule une poignée de minutes, au terme desquels il reparait, vite suivit par un tout jeune garçon dont la crinière hirsute de cheveux blonds crasseux est si abondante qu’elle lui retomberait sur les yeux, sans les lunettes de protection qui porte sur le front.

Il est si maigre et petit qu’il flotte dans sa salopette orange d’adulte, qu’il maintient à l’aide d’une armada de ceintures à outils toutes pleines d’ustensiles.

« C’est toi le rejeton des canons ? »

« Oui, m’sieur. »

« Est-ce que tu as un prénom ? »

« Théo. »

Il regarde le militaire droit dans les yeux, de ses pupilles cuivre, sans ciller, ce qui ne manque pas de mettre l’adulte mal à l’aise…

« …Le général Clovis veut te parler. Tu es convoqué dans son bureau. Immédiatement. »

L’enfant hausse les épaules, triturant sans y penser un appareil indéfini entre ses doigts.

Le gradé est un homme à lunette doté d'un embonpoint notable, mais dont les doigts épais ne laissent aucun doute quant à la force qu’il peut déployer.

Derrière lui s’étale l’emblème or et noir de l’empire Asura.

Il fait signe au garçon de prendre place dans le siège en face de son bureau.

« Assieds-toi, je t’en prie. »

Théo obéit, avant que l’adulte ne poursuive : « Alors c’est toi qui as créé la cellule énergétique que l’on m’a montrée ? On m’a fait la démonstration de la puissance de nos armes une fois couplée avec elle ! J’ai été très impressionné… »

Le plus jeune hoche la tête, affirmatif.

C’est bien son invention.

« Je vois. Dis-moi, que penserais-tu d’intégrer le pôle scientifique de la base ? Avec du meilleur matériel, tu pourrais faire encore mieux que ce petit bijou que tu as déjà réussi à concevoir… »

« Je suis bien avec les mécaniciens… je n’ai pas envie de quitter la salle des machines… J’y suis très bien… Mais merci quand même ! …M’sieur. »

Le général arrête de sourire.

Il pose ses mains sur la surface d’acier de son bureau, alors qu’il reprend, bien moins chaleureusement : « Je crois que l’on ne s’est pas bien compris, gamin. Je te l’ai proposé poliment en y foutant les formes, mais il ne s’agit pas d’une option. Tu vas mettre ton talent au service de notre pôle scientifique et créer des sources d’énergie, des armes et plein d’autres trucs technologiques. C’est un ordre. »

L’enfant baisse la tête, suffisamment intelligent pour ne pas discuter.

« …On t’a trouvé, bébé, dans la gueule d’un canon en maintenance, n’est-ce pas ? La base 8 est donc ta seule famille… tu peux bien aider ta famille en retour, pas vrai ? En rétribution de tout ce temps que l’on a offert à ton éducation… n’ai-je pas raison ? »

Théo a envie de répondre que ce sont les membres de la salle des machines qui l’ont élevé, pas les militaires, mais ce serait idiot.

« Nous aurions aussi bien pu te balancer dans le vide spatial, écourter ta jeune existence d’une balle dans le crâne, ou encore te transformer en cobaye de laboratoire… je n’ai pas souvenir que l’empire ait déjà fait des tests avec le zomb d’un nouveau-né… ! Il faudra que je soumette l’idée, tiens ! »

Il extirpe un cigare électronique d’un boitier, qu’il porte à ses lèvres.

« Est-ce que j’ai été bien clair, le petit génie ? Alors maintenant, est-ce que tu peux oser me répéter que tu préfèrerais rester dans ton trou miteux, au lieu de rejoindre le pôle scientifique ? »

« …Vous avez ordonné, je n’ai qu’à obéir, m’sieur. » Réponds Théo, se mettant tant bien que mal au garde-à-vous, comme le jeune homme n’ayant pas reçu de service militaire qu’il est.

« Bien ! Tu peux y aller. Un soldat t’attend déjà, il va t’escorter. »

D’un geste dédaigneux de la main, il congédie le rejeton des canons.

Dès qu’il sort du bureau, l’enfant tombe sur un homme en armure, à qui il emboite sagement le pas.

Après sa tentative faiblarde de rébellion, il est probable que le général va le garder un peu plus à l’œil, pour s’assurer qu’il s’acquitte correctement de son travail…

Le garçon refrène un sourire satisfait.

Grâce à cette surveillance accrue, tous pourront juger d’autant plus vite d’à quel point il est un génie.

Comment il l’avait anticipé.

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