Bella

4 minutes de lecture

27 juillet 2224

Orbite de Neptune

Vaisseau scientifique "L’aile", couloir vers le bureau privé du professeur Wen :

La femme passe devant les panneaux holographiques qui représentent en temps réelle la colossale face de la planète bleue qu’ils côtoient.

Avec sa chevelure rousse et sa démarche altière elle atire l'oeil. De plus, elle est vêtue d’une combinaison ample jaune électrique et boite nettement de sa jambe gauche.

Au détour d’un couloir, elle s’arrête devant une porte, à la borne de laquelle elle présente son badge d’un rapide mouvement de poignet. L’appareil sonne joyeusement son aprobation, le niveau d’accès de la femme étant suffisant.

Après un instant, la troisième porte du sas d’entrée s’ouvre dans un chuintement, libérant par la même le passage pour la visiteuse.

À l’intérieur les hologrammes et les machines lisses tutoient les bonbonnes de produits divers dans la blancheur de l’immense laboratoire.

Comme la pilote expérimentée qu’elle est, la femme balaie l’espace de ses yeux verts, avec une efficacité et une rapidité digne de louanges.

Ainsi, notamment, elle relève la présence de nombreuses nouvelles carcasses d’appareils divers et variés, en cours d’inventions, de réparations, ou d’études.

Elle sourit d’ailleurs en remarquant au milieu, une feuille trainant à même le sol, uniquement retenue par le crayon déposé dessus.

Une énième tentative de haïku du maître des lieux. Elle n'a jamais compris cet attrait pour cette forme de poésie en particulier, mais elle trouve cela amusant.

Elle se dévisse le cou pour déchiffrer les pattes de mouches qui s’étalent sur le papier :

"Autour de ce bleu,

Nous tournons. Nous, pauvres âmes

Nous cherchons toujours."

L'abondante quantité de ratures côtoyant ce poème, montre à quel point son auteur en est insatisfait.

Reprenant son inspection, c’est sans mal qu’elle repère la tignasse brune de sa cible, cachée derrière la masse d’une machine ovoïde éventrée, des entrailles de laquelle s’échappe une tentaculaire armée de câbles.

« Olivier sort de là un instant, tu veux bien ? …Eh, oh, je t’ai parlé… »

Pas de réaction, l’inventeur est beaucoup trop absorbé par son travail.

La femme soupire bruyamment. Elle tourne son regard vers une étagère pendue au mur et chargée…

« Si tu ne réagis pas maintenant, je vais casser tes maquettes de fusée. »

L’homme bondit aussi sec sur ses pieds, manquant de tomber, paniqué !

« Bella, non ! Ne fais pas ça ! Je t’écoute ! »

« C’est triste que je doive menacer ta collection pour attirer ton attention, tu sais ? »

« Pardon, pardon… tu sais comme je suis ? Toujours à fond dans ce que je fais… »

La pilote croise les bras tandis qu’elle s’appuie à un mur, feignant de bouder.

« Oui, je ne le sais que trop… c’est à se demander comment tu peux t’atteler à autant de projets en même temps ! »

« Avec brio. » rétorque l’autre, du tac au tac, avant de baisser les yeux vers les jambes de sa vis-à-vis.

« Laisse-moi deviner : tu as un problème de ce côté-ci ? »

« Oui… »

Elle s’assoit malicieusement sur l’un des établis, dont elle repousse sans gènes les prototypes révolutionnaires qui s’y trouvent, comme s’il ne s’agissait que de babioles sans importances.

« Puisque tu es si génial, tu dois pouvoir deviner le souci, non… ? »

« À la manière dont tu te tenais, ta jambe gauche est trop basse. Approximativement 3,48 centimètres par rapport à sa position initiale. Certains des joints se sont assurément écrasés ou se sont disjoints à cause de leur ancienneté. D’ailleurs, la droite a perdu 1,33 centimètre, aussi. Si ma mémoire est bonne, et je suis sûr qu'elle l'est, la dernière maintenance de tes prothèses remonte à 28 jours et 4heures… Tu as certainement dû trop forcer sur les pédales de commande de ton vaisseau. » déblatère Olivier, vivement, se précipitant dans le monde de la mécanique dont il raffole tant et où il se sent tellement plus à son aise !

La femme soupire en souriant, tandis qu’elle répond par l’affirmative.

Étant déjà occupé à défaire les fermetures éclair se trouvant sur les jambes de la combinaison de la pilote, afin d’accéder aux bijoux de technologie qui permettent à la dénommée Bella de marcher, l’inventeur ne remarque même pas le regard mi-amusé, mi-déçu que Bella lui décoche.

Si intelligent et en même temps parfois si peu intuitif…

Les membres de métal poli sont de véritables œuvres d’arts uniques qu’Olivier a conçus lui-même, après que la femme se soit retrouvée amputée, suite à une attaque de l’empire Asura contre la flotte dont elle faisait à l’époque partie. Elle avait bien cru voir venir le jour de sa zombification, ce jour-là…

L’inventeur génial lui avait offert ces jambes, comme si c’était quelque chose de normal, qu’il aurait pu donner à n’importe qui... Alors que ces prothèses étaient supérieures à tout ce qui avait été imaginé auparavant !

Olivier Wen était ni plus ni moins que l’homme le plus intelligent de la république Mercure et l’un des deux plus grands cerveaux de sa génération !

C’est basiquement un trésor national, que son intellect !

Pour dire, absolument toutes les personnes actuellement présentes sur le vaisseau ont pour consigne absolue de le sauver, lui, avant toute autre chose en cas de danger, quelle que soit la nature de la menace.

Mais bien évidemment, le principal concerné n’a pas été mis au courant de ce point de détail, car il a été déterminé que son humanisme le pousserait à s’opposer à ce traitement.

Bella considère ce génie qui désosse ses jambes, souriante.

...À quel moment en est-elle tombée amoureuse, exactement ?

Lorsqu’il a été le seul à ne pas la regarder comme une épave en sursis ? Lorsqu’il lui a donné ces nouveaux membres ? Lorsqu’il a naturellement accepté de l’aider à intégrer l’équipe de pilotes d’observations de "L’aile" ? Lorsqu’elle a compris qu’il ferait lui-même chaque maintenance de ses prothèses ? Lorsqu'il lui a bidouillé son badge d'accès pour qu'elle puisse venir le voir à n'importe quel moment ? Ou bien est-ce lorsqu’il a bégayé son assentiment pour leur premier rencard ?

Elle ne sait pas… et à vrai dire, cela lui est bien égal ! Elle est une femme d’actions, pas de réflexions en rond.

C’est dans cet état d'esprit, qu’elle l’attire dans un baiser passionné au moment où il se redresse pour attraper un de ses innombrables outils.

Elle lui dira plus tard qu’elle a appris être enceinte.

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