Adam
11 septembre 2230
Secteur 17 de la république Mercure, d’au-delà de la voie lacté
Croiseur interstellaire "Le crochet", salle de pilotage
L’homme s’est planté devant les écrans holographiques, le regard fixé sur les images qui y défilent, sans plus bouger.
Derrière lui, l’équipe de commandement du vaisseau s’affaire.
Le capitaine, quant à lui, attend que tout le monde soit en position pour donner son ordre.
Puis enfin, les uns après les autres, tout le monde se fend d’un professionnel : « Paré. »
« Tirez. »
Le capitaine n’a qu’à peine prononcer ce mot, que les nouveaux cannons du croiseur s’allument, avant de vomir un rayon aussi bref que puissant.
L’effet est fulgurant.
Le vaisseau ennemi est touché et proprement détruit.
En à peine un instant, les centaines de vies qui doivent être présent dans ce vaisseau s’éteignent, sans un son, devenant brievement des zombies, avant que même cette seconde vie prenne fin.
"Dans l’espace, personne ne vous entendra crier", comme dit l’adage.
Le militaire baisse son regard vers l’homme, qui n’a pas bougé, son regard n’ayant pas ciller une seule petite seconde des écrans lors de l’opération.
« Un commentaire, monsieur ? Votre nouvelle arme vient de passer avec succès son premier véritable test en situation réel, après tout ! »
L’intéressé ne répond pas immédiatement.
« …Zoomez. Je veux détailler ça de plus près. » commande-t-il soudain, faisant un geste vague vers l’équipe technique qu’il interpelle ainsi.
Ceux-ci s’exécutent promptement, ayant à cœur de satisfaire au plus vite cet homme important.
L’image grossie du vaisseau détruit s’étale à la vue de tous.
L’étendu des dégâts est impressionnant.
Il ne reste plus qu’une structure informe en train de se faire écraser par le vide spatial.
C’est une vision d’apocalypse…
« Décevant. »
Le capitaine hausse les sourcils, nullement préparé à ce surprenant commentaire !
« Comment ça "décevant" ? C’est une réussite totale, vous voulez dire ! Notre tire les a touché sans leur laisser une chance ! En un instant, ils sont passé de vie à trépas sans rien pouvoir faire ! Ils n’ont qu’à peine eut le temps de nous remarquer que c’en était déjà finit d’eux… ! »
« Il reste ecore des débrits »
Il se détourne enfin des écrans, pour transpercer le militaire de son regard cuivre…
« Mon objectif est de créer une arme qui ne laisserait aucune trace de sa victime. Pas une arme qui laisse une poubelle métallique derrière elle. Tant qu’il restera quelque chose après l’attaque, je ne serais pas satisfait. Je ne veux pas d'une demi réussite. Je veux une réussite totale. »
Sur ces mots dures, il abandonne la salle de pilotage sans rien ajouter.
Qu’ils fêtent cette victoire, car cela en reste tout de même une, pendant que lui retourne à son antre.
Les réjouissances n’ont et ne seront jamais sa tasse de thé… surtout si c’est pour célébrer ce qui pour lui n’est qu’une demi-succès.
Ses quartiers, qui sont également son laboratoire personnel, constitue le seul endroit où personne d’autre que lui ne peut se rendre, à moins de l’accompagner.
Et ce, qu’importe que ce croiseur ne lui appartienne pas ! À partir du moment où il a de la mécanique, il peut en devenir le maître.
Il a froissé plus d’un gradé avec ce comportement, ceux-ci n’appréciant pas de se voir refuser une zone de leur propre bâtiment, et à fortiori voir le dit bâtiment être mieux maitrisé par un étranger que par eux, mais l’inventeur n’en a absolument que faire !
Il est l’un des deux plus gros cerveaux de cette génération, ainsi que le plus grand génie de l’empire Asura, dont il est le principal créateur d’armes et de nouvelles technologies ! Il est purement et simplement : intouchable.
D’une série de manipulations qui paraitraient complexe à n’importe qui d’autre, il déverrouille l’accès à son antre.
Celle-ci est un chaotique labyrinthe de métal sombre, apte à dissuader n’importe qui de s’y aventurer.
Son confrère et rival, Olivier, aime le lisse et l'élégant, combiné à l’efficace.
Lui, n’a que faire de l’esthétisme, du moment que cela produit l’effet escompté… quel que celui-ci soit.
Son regard se pose sur la surface réfléchissante qui lui fait occasionnellement office de miroir.
Bien présenter n’a jamais été une grande source d’intérêt pour lui, mais les plus haute instance y accorde un minimum d’attention en dépit de leur condition de militaire, eux. Aussi, même lui est obligé de parfois tenter d’ordonner sa crinière de cheveux blonds hirsute, d’ôter ses inélégantes grosses lunettes multifonction, et d’enfiler un costume guindé à la place de sa combinaison noirâtre à laquelle il attache une armada de ceintures à outils…
Que le petit Oryx leur encorne leurs postérieurs gras !
Ces andouilles prétentieuses le presse parfois de finir tel ou tel projet, alors que c’est eux qui lui font gaspiller du temps en audience protocolaire !
« Théo, quand pourrons nous tester votre nouveau rayon ? », « Théo, vous nous aviez parler d’un blindage plus résistant, ça avance ? », « Théo, la nouvelle version de ce pistolet est plus lourde que l’antienne… », « Théo, le professeur Wen, lui… », « Théo, nous voulons des moteurs plus efficaces ! », « Théo, … » Bla-bla-bla !!
Orchidoclastes.
Heureusement que cela fait longtemps qu’ils ont arrêté les assemblés en présentiel, pour passer à des réunions par écrans interposés… C’est déjà du temps de gagner…
Sans compter que, par-dessus tout, ils lui font prendre du retard dans ses projets qui lui tiennent réellement à cœur.
Et justement, en parlant de projet qui lui tient à cœur…
Un peu comme il devait ramper sous un générateur, enfant, pour accéder à ce qui lui alors faisait office de laboratoire, le voilà qui se faufile entre deux machines.
De l’autre côté, des cuves emplies de liquides variés s’alignent.
Et dans la plus grande de toute, flotte l’une de ses dernières idées, avec sur le socle le nom "Adam" écrit en blanc.
« …Je me demande quelle tête fera Olivier, quand je lui montrerais ça… il a trois ans d’avance sur moi, si je ne dis pas de bêtise… Mais ce n’est pas grave. Mon fils, moi, je l’aurais fait sans avoir recours à une mère… ! Et il sera bien plus intelligent que sa petite merveille de fille ! »
…Il a conscience que s’est mesquin.
Mais à vrai dire, il s’en fiche.
Olivier et lui s’amuse en réalité beaucoup de leur rivalité, aussi parfois étrange soit-elle.
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