Chapitre 32
Le lendemain matin, un soleil pâle perçait à travers les nuages, projetant une lumière douce sur le lycée. Après des jours d’incertitudes et de tension, le club photo avait décidé de maintenir leur sortie prévue à la Route des Délices. Lara, la gérante passionnée du groupe, insistait pour que tout le monde participe.
— Vous allez voir, ça va nous changer les idées, lançait-elle avec son habituel enthousiasme, son appareil photo battant contre sa hanche. Un peu de lumière et de nature, c’est tout ce qu’il nous faut !
Corentin traînait les pieds en rejoignant le groupe dans la cour, toujours hanté par les paroles de Livia sur le Voile et le Dylemme. Pourtant, il fut accueilli par la familiarité réconfortante de Mira et Kenny, qui semblaient, eux aussi, avoir besoin de cette escapade. Nathaniel, fidèle à lui-même, arriva en dernier, un sourire tranquille sur les lèvres.
— Prêt pour une journée de détente ? demanda Nathaniel en ébouriffant les cheveux de Corentin, un geste désinvolte mais étrangement familier.
— Je suppose, répondit Corentin en haussant les épaules, légèrement mal à l’aise.
Mira, qui observait la scène, s’approcha discrètement de Corentin. Avec un sourire en coin, elle se pencha à son oreille.
— Je crois qu’il est amoureux de toi, chuchota-t-elle, son ton taquin.
Corentin sentit ses joues chauffer et se détourna légèrement, évitant le regard perçant de Nathaniel.
— Arrête de dire n’importe quoi, murmura-t-il, mais le sourire moqueur de Mira ne s’évanouit pas.
— Allez, tout le monde, en route ! cria Lara, interrompant leur échange. On a une lumière parfaite ce matin, et je veux des clichés dignes d’un concours.
La Route des Délices portait bien son nom. Bordée de saules pleureurs dont les branches retombaient comme des rideaux naturels, elle offrait un cadre presque irréel. Le sentier serpentait à travers une végétation luxuriante, ponctuée de fleurs sauvages et de plantes exotiques qui exhalaient un parfum délicat. Les jeux de lumière entre les feuillages projetaient des ombres dansantes sur le sol, rendant l’endroit presque enchanté.
— C’est magnifique, murmura Mira, les yeux rivés sur les reflets du soleil à travers les branches. Cet endroit a un truc magique, non ?
— J’espère que la magie inclut un endroit pour poser ma bouteille d’eau, répliqua Kenny, déjà essoufflé après quelques minutes de marche.
— Arrête de râler, dit Mira en lui lançant un sourire moqueur. Prends des photos au lieu de chercher des excuses pour te plaindre.
Nathaniel marchait aux côtés de Corentin, son appareil photo en bandoulière. Il observait les environs avec une attention méticuleuse, s’arrêtant de temps en temps pour ajuster son objectif.
— Corentin, viens par ici, demanda Nathaniel en désignant un saule majestueux dont les branches encadraient un coin du sentier.
Corentin hésita, mais finit par s’avancer sous les branches tombantes. Nathaniel leva son appareil et commença à prendre des photos, ajustant silencieusement les angles et la lumière.
— Tu es fait pour cet endroit, murmura Nathaniel en abaissant son appareil. La lumière te va bien.
Corentin détourna légèrement le regard, mal à l’aise mais flatté par le ton sincère de Nathaniel.
Le groupe se dispersa, chacun trouvant son propre coin pour capturer la beauté du lieu. Mira, concentrée, photographiait un ruisseau dont l’eau scintillait sous le soleil. Kenny, quant à lui, essayait de prendre une pose dramatique contre un arbre tordu.
— Tu ressembles plus à un touriste perdu qu’à un modèle, lança Mira en éclatant de rire.
— Attends de voir ça sur Insta, répliqua Kenny en mimant une pose digne d’un mannequin.
Lara, toujours en mode professeure, donnait des conseils sur la composition et l’utilisation des contrastes naturels. Nathaniel, lui, s’était assis près de Corentin, observant les photos qu’il venait de prendre.
— Ça fait du bien, non ? demanda-t-il doucement.
Corentin hocha la tête, surpris par la sincérité dans la voix de Nathaniel.
— Ouais… ça fait du bien, répondit-il.
Nathaniel posa une main légère sur l’épaule de Corentin, un geste simple mais réconfortant.
— Tu devrais profiter de ces moments. Ils ne durent jamais, murmura-t-il.
Le regard que Nathaniel posait sur lui semblait à la fois protecteur et énigmatique. Corentin sentit un frisson le parcourir, mais il choisit de se concentrer sur la tranquillité de l’instant.
Alors que le soleil commençait à décliner, le groupe se rassembla près d’un vieux banc en bois surplombant une clairière. Mira et Kenny plaisantaient, se lançant des défis absurdes pour prendre les photos les plus originales.
— Alors, qui peut faire la photo la plus dramatique ? demanda Kenny en se laissant tomber dramatiquement sur le banc.
— Toi, dramatique ? Rien de nouveau, répondit Mira en éclatant de rire.
Même Corentin, habituellement plus réservé, esquissa un sourire à leurs plaisanteries. La légèreté du moment contrastait avec la tension qui avait pesé sur eux ces derniers jours.
Lara, toujours enthousiaste, proposa une dernière photo de groupe. Elle posa son appareil sur un trépied, ajusta le cadrage, et rejoignit les autres.
— Allez, tout le monde sourit ! cria-t-elle.
Le cliché capturait une scène rare : des sourires sincères, des visages détendus, et une lumière dorée enveloppant le groupe comme une étreinte chaleureuse.
Alors qu’ils marchaient sur le chemin du retour, Mira s’approcha de Corentin, son regard pétillant.
— Tu vois, c’est sympa aussi de décrocher un peu. Même toi, t’as l’air presque humain aujourd’hui, plaisanta-t-elle.
Corentin haussa les épaules, un sourire léger sur les lèvres.
— Ça fait du bien de respirer, admit-il.
Mira baissa légèrement la voix, une pointe de sérieux perçant dans son ton.
— Mais sérieusement, Corentin… Je t’ai jamais vu comme ça. T’es sûr que tout va bien avec Nathaniel ?
Il ouvrit la bouche pour répondre, mais elle le coupa en lui tapotant l’épaule.
— Je te taquine, ajouta-t-elle avec un clin d’œil. Enfin, un peu.
Nathaniel marchait à quelques pas derrière eux, un sourire tranquille sur le visage, comme s’il pouvait deviner leur conversation. Corentin, malgré lui, se sentit à nouveau pris dans un tourbillon d’incertitudes. La journée avait offert une parenthèse bienvenue, mais il savait que les ombres n’étaient jamais loin.
Alors qu’ils arrivaient au lycée, Corentin jeta un dernier coup d’œil à Nathaniel, qui lui adressa un sourire énigmatique. La tranquillité de la Route des Délices semblait déjà loin, mais elle avait laissé une trace. Un moment de calme, certes bref, mais précieux.
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