Chapitre 3

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 Heureuse de ne pas être toute seule, Taeliya pouffa devant la mafieuse se frappant les mains.

— Tu as de quoi te laver dans la salle de bain, mais voyons d'abord ce que tu as pour te changer.

La femme se dirigea vers la valise et le sac que Taeliya avait préparés à la va-vite avant qu'ils ne l'embarquent. Elle ouvrit la valise sur le grand lit et tria ce qu'elle pouvait porter pour un repas avec le clan. Elle trouva une robe assez longue en laine couleur bordeaux et une paire de collants noirs. Mais il lui manquait des chaussures et un gilet. Sonia se mit à réfléchir. Elle attrapa son téléphone et appela quelqu'un.

— Salut, c'est Sonia. Dis, tu pourrais aller me chercher une paire comme celle que ta femme avait au réveillon de l'année dernière, en 38, et un gilet assez chaud, noir, pour une jeune fille assez fine. Ouais ? Merci. Ouais, je suis chambre 712. Pour ce soir, si tu peux. Merci, t'es un amour.

Une fois la conversation finie, elle se tourna vers la jeune fille en question et lui annonça :

— Il y a une soirée, ce soir. Tu vas devoir bien t'habiller. Même si je pense que tu n'auras pas à quitter ton fauteuil. Tu mettras cette robe et ces collants, mais j'ai demandé à l'un des gars de te récupérer quelques choses. Ah ! Il faut que je rappelle Hélène pour te maquiller un peu et-

— Pitié, Sonia ! l'implora la pauvre enfant qui semblait plus que perdue. Je n'ai pas besoin de tout ça et je ne saurai pas comment te rembourser, je n'ai rien...

Comprenant le malaise de la petite, Sonia vint s'accroupir face à elle et lui sourit.

— Tu as assuré, aujourd'hui. Je sais que c'est dur pour toi, mais ce soir, tu vas devoir te montrer, vu que le Boss t'as déjà déclarée comme étant sa pupille. Il veut profiter de la soirée d'aujourd'hui pour l'officialiser devant tout le clan et ses collaborateurs. Je serai toujours près de toi. Joe ne sera pas loin non plus, pour veiller à ta santé. Dès que tu voudras partir, on remontera et je te mettrai au lit, d'accord ?

— Je vais être toute seule, cette nuit ?

— Tu veux que je reste avec toi ?

— Non ! s'écria Taeliya, horrifiée par ce que sous-entendait cette proposition. Joe se sentira abandonné si tu fais ça...

— Mais non, mon ange, il a l'habitude que je ne rentre pas toutes les nuits ! Pouffa la mafieuse, touchée par la sollicitude de cette petite fille seule et affaiblie, mais dont le courage avait surpris tout le monde.

Sonia l'aida à se lever du fauteuil et la guida vers la grande baignoire. Elle la laissa se déshabiller le temps qu'elle fasse couler l'eau pour son bain relaxant, mais elle se figea quand elle s'aperçut de sa maigreur. Sonia sentit une colère sourde gronder en elle et des larmes lui brouiller la vision. Elle se retint de justesse et sortit son téléphone discrètement pour la photographier, avant de l'aider à entrer dans l'eau.

— Prends ton temps, je vais voir si on a reçu ce que j'ai demandé.

Elle quitta la pièce rapidement et sortit de la chambre pour trouver son mari et Laurent dans le couloir. Elle se jeta dans les bras de son homme, pleurant en silence, tandis qu'il lui caressait le dos, cherchant à l'apaiser, avant qu'elle ne lui montre la photo. L'horreur s'afficha sur le visage du médecin.

— J'ai demandé à Hélène de me récupérer des fournitures pour elle. J'y retourne.

— Qu'est-ce qui se passe ? demanda Laurent, intrigué.

— Je vais devoir parler avec le médecin de Taeliya. Le Boss va pas apprécier ce que Sonia vient de voir.

— Comme quoi ?

— Un état physique dangereux. Elle était beaucoup trop légère à mon goût et Sonia vient de me confirmer mes soupçons sur sa malnutrition.

— Elle était livrée à elle-même depuis des mois, lui rappela Laurent en se grattant l'arrière du crâne.

— Tu peux garder la chambre ? Il faut que je le voie d'urgence.

— Ouais, vas-y. Préviens-moi quand tu reviens.

Joe se précipita vers le bureau de Carlington. Son inquiétude allait remettre beaucoup de choses en question. Il allongea le pas quand la porte de la salle s'ouvrit sur les hommes de mains sortant le cadavre de l'escroc criblé de balles et d'entailles en tout genre.

— Vous vous êtes amusés, dit-il. Le patron est encore là ?

— Ouais, vas-y, entre, Doc.

Joe entra en trombe et le trouva assis derrière son bureau, près de la fenêtre.

— Doc ?

— Qu'y a-t-il, Joe ?

— On a un problème, Boss. Ça concerne la petite.

Le silence se fit dans le bureau. Carlington releva la tête et planta son regard dans celui de son médecin et ami de longue date.

Ce dernier s'approcha à grands pas et lui montra la photo prise par Sonia. La réaction du mafieux ne se fit pas attendre. Il se releva d'un bond, faisant sursauter tout le monde. Ses yeux étaient devenus beaucoup trop sombres pour que cela annonce quelque chose de bon.

— Qui ?

— Sonia a pris la photo. Laurent ne l'a pas vue. Mais je vais devoir lui faire passer un examen complet pour en savoir plus sur sa santé. Je soupçonne que le médecin qu'ils ont consulté ne les ait mis dans un danger bien plus grand et ne se soit pas vraiment bien occupé d'elle.

— Contacte qui tu veux, tu as carte blanche. Je la veux en bonne santé ! Gronda-t-il, furieux.

— J'ai déjà contacté l'un de mes amis de l'hôpital International. Mais je ne pourrai l'emmener là-bas que demain matin.

— Tiens-moi au courant. Ils l'ont vraiment abandonnée de façon égoïste...

— Vendre une enfant est un acte de désespoir.

— Parce que tu ferais la même chose à leur place ?

— Clairement pas !

— Silence, vous tous ! gronda Carlington en frappant le bureau du plat de la main.

— Sonia a demandé à ce qu'on lui apporte quelques fournitures pour la petite, indiqua Joe, changeant de sujet. Elle est avec elle dans la salle de bain.

— Bien, je la veux prête dans deux heures. Je viendrai pour lui parler de ce qui lui arrivera par la suite. Tu peux y aller.

Joe quitta les lieux et retourna vers la chambre de la jeune fille où il trouva Laurent qui faisait les cent pas, visiblement très peu à l'aise.

— Ça va pas ?

— Taeliya s'est évanouie avec la chaleur du bain. Sonia est à l'intérieur. J'ai dû entrer pour aider à la sortir du bain, Sonia était en galère. Je... J'ai vu son... Elle est trop maigre...

— Je sais. Je dois l'emmener à l'hôpital demain pour un check-up complet. Rentrons.

Les deux hommes pénétrèrent dans la chambre et la trouvèrent assise contre les oreillers, le teint encore plus livide que quand il l'avait transportée à l'infirmerie.

— Taeliya, l'appela-t-il.

— Joe !

— Comment te sens-tu ?

— Un peu vaseuse.

— Le Boss passera te voir dans deux heures pour parler de ton avenir parmi nous. Tu tiendras le coup ?

— Je... Je vais essayer.

— Hélène n'est pas encore arrivée, je dois récupérer ses chaussures et le gilet pour la garder au chaud, le prévint sa femme quelque peu en panique.

— Tranquillise-toi, Sonia. Vu l'heure, il doit y avoir du monde sur la route. Appelle-la.

— C'est déjà fait, mais elle me répond pas.

Soudain, on toqua à la porte. Laurent alla ouvrir et tomba sur une petite femme potelée, les joues rosies par le froid et des cheveux châtains en bataille.

— Oh mon dieu, Hélène ! s'exclama Sonia en se précipitant vers elle.

— Salut, ma belle, désolée pour le retard, mais mon mari a été assez stupide pour ne pas m'avoir précisé ce qu'il te fallait.

— Je lui avais pourtant dit que... Bon, c'est pas grave, il est avec toi ?

— Oui, heureusement que je l'ai embarqué, sinon je n'aurai pas pu te trouver ça.

La femme lui tendit un sac dont elle sortit une paire de chaussures cirées et un gilet en laine noire.

— T'es trop géniale !

— Merci, merci. C'est pour cette petite ? Mon dieu, mais vous l'avez trouvée où ?

— C'est la vendue, lui dit Laurent.

— Mon dieu, c'est elle ? Mais tu es adorable, ma petite !!

— M-Merci, Madame, bredouilla la jeune fille, un peu perdue.

— Oh ! Appelle-moi Hélène et... Ah, voilà mon mari !

Un homme de la taille et de la carrure d'un ours entra dans la chambre en grognant.

— Bébé ! T'aurais pu m'attendre, j'ai dû passer voir le chef.

— Désolée, mais j'étais pressée. Sonia a dit que c'était urgent, alors j'ai pas attendu que tu prennes quinze ans pour sortir de la voiture ! rétorqua sa femme en pouffant.

— Salut, Sonia, Joe ! Laurent. Mais que...

— Salut, Gildas, le salua le médecin d'une poignée de mains virile.

— C'était pour elle la commande ?

— Oui. Taeliya, je te présente Gildas et sa femme Hélène. C'est le formateur des nouvelles recrues, expliqua Joe.

La jeune fille hocha la tête et bredouilla un « bonsoir » à peine audible, tant elle était terrifiée face à l'armoire à glace qui venait de s'affaler sur un fauteuil. Il la toisa du regard, ce qui la mit très mal à l'aise, et il se fit réprimander par sa femme pour cela.

— Les hommes, dehors ! s'exclama-t-elle soudainement.

— Quoi ? vociféra l'ours énervé.

— Tu ne vas quand même pas nous regarder l'habiller, tout de même. Si ?

— Ouais, nan, ça va aller.

— Je te propose qu'on aille boire un verre, lança Joe, en se tournant également vers Laurent.

Les deux hommes acceptèrent et après une embrassade rapide à leurs femmes, ils quittèrent la chambre, laissant Taeliya respirer un peu plus tranquillement.

— Désolée, Gildas a tendance à être très... intimidant, mais tu verras, il est adorable, tenta Hélène afin de la détendre, voyant qu'elle tremblait de la tête aux pieds sous le drap.

— Ce... Je... vais m'y habituer, je pense...

— Oh, ma poulette, ne t'en fais pas ! On va pas te laisser toute seule ! La vie dans un clan de mafieux n'est certes pas facile, mais tu verras que tous ces vilains garçons ne le sont pas tant que ça !

— Ouais, certains ont des petits penchants secrets qui les font passer pour des Bisounours ! s'esclaffa Sonia, rejointe par Hélène.

Taeliya sentit une grande fatigue prendre possession d'elle, mais dut se motiver à sortir de la douce chaleur du lit pour enfiler les habits que lui avait préparés Sonia. Hélène garda le silence quand le corps quasi squelettique de la jeune fille apparut hors du lit. Un coup d'œil à son amie lui apprit qu'elle le savait déjà et décida alors de ne pas humilier la petite en faisant la moindre réflexion sur son corps.

— Tiens, voilà ta robe.

— Oh, elle est très jolie, j'ai hâte de te voir la porter.

Taeliya sourit timidement, attrapa le vêtement et l'enfila, non sans se sentir bien faible, puis on l'aida à mettre ses collants en les lui ajustant autour de la taille. Sonia alla chercher de quoi lui coiffer sa chevelure miel, pendant qu'Hélène s'attaquait à un maquillage discret qui mettrait en valeur son teint de porcelaine, ainsi que son regard étrange et rare qui était pourtant si beau. Une fois parée, Sonia lui fit enfiler ses chaussures et le gilet, puis l'installa dans son fauteuil en attendant l'arrivée du grand patron qui ne tarda pas.

— Quelle transformation ! s'exclama-t-il en la découvrant habillée pour la soirée. Je vois que Sonia est passée par là.

— Ne m'oubliez pas, chef, j'ai participé aussi ! bougonna Hélène.

— Pardon, pardon. Mesdames, bravo. Quel chef-d'œuvre. Ma chère, vous allez faire des ravages, ce soir.

— Il faut que je prenne mon traitement avant de descendre, Monsieur, dit la jeune fille en avisant l'heure sur l'horloge suspendue au-dessus d'un petit meuble en chêne.

— Je vais appeler Joe.

Carlington prit place en face d'elle et se dit que malgré l'image amaigrie que lui avait présentée le médecin, elle était sublime dans cette tenue. Il devait remercier Sonia d'avoir un don pour la mode et un savoir-faire hors du commun. Mais pour l'heure, il leur fallait discuter de son avenir.

— Dès demain, vous irez à l'hôpital avec Joe pour un examen complet, afin de savoir comment bien s'occuper de vous. Laurent et Sonia seront vos gardiens. Tout ce que vous ferez, ce sera avec eux et ils me tiendront au courant de tout. Vous retournerez à la fac dans deux jours, quand nous aurons fini de signer quelques documents. Pour ce soir, il y aura beaucoup de clients potentiels, ainsi que certains de mes ennemis.

— S'ils sont vos ennemis, pourquoi viennent-ils ? s'enquit la jeune fille, mettant Carlington dans un état de surprise qui ne lui était encore jamais arrivé.

— Jeune fille, votre naïveté et votre candeur sont des atouts très dangereux ! s'esclaffa-t-il. Ils sont là pour voir ce qu'ils peuvent faire pour m'attaquer et nous faire tous plonger, mais j'ai toujours une longueur d'avance. Rassurez-vous, Sonia et Laurent seront là pour vous protéger. De plus, j'aurai l'honneur de vous présenter en tant que ma pupille, chose que je n'ai jamais faite jusqu'à présent.

Intriguée, elle le détailla les yeux grands ouverts.

— Aussi surprenant que cela puisse paraître, vous êtes bien la première et je compte bien faire en sorte que vous soyez la seule.

— C'est un... honneur, enfin... je crois...

— De plus, beaucoup voudront savoir ce que vous pouvez bien m'apporter, vu votre état de santé.

— Je ferai de mon mieux, mais il faut me dire s'il y a des choses que je n'ai pas le droit de faire.

— Vous n'aurez pas à beaucoup parler. Du moment que vous ne racontez pas ce que vous avez vu tout à l'heure, tout ira bien. Bon, il est temps pour vous de sortir de cette chambre !

Sonia revint à cet instant. Ils laissèrent Joe entamer la séance d'injections devant le regard triste d'Hélène. Carlington gardait un visage neutre, mais n'en pensait pas moins.

Bien qu'il soit connu pour être un homme impitoyable et sanguinaire, voire sans cœur, le Boss ne pouvait s'empêcher de ressentir une forme de colère envers la famille de cette jeune fille qu'ils avaient lâchement abandonnée, la vendant à une organisation mafieuse qui avait le pouvoir de faire d'elle tout ce que l'humain pouvait tenter d'imaginer de plus horrible sans vraiment y arriver. Et bien qu'elle se soit résignée, elle avait fait montre d'un courage qu'il ne pouvait que respecter et ce, bien qu'elle soit sur le fil depuis sa naissance. Son secrétaire lui avait confié que la jeune fille lui avait épargné une certaine humiliation grâce à son exposé sur l'œuvre que ce petit escroc avait tenté de lui faire acheter. Il lui avait fait un rapport sur l'œuvre qui se trouvait actuellement toujours en vente, mais il avait décidé de la lui faire acheter pour la jeune fille.

Elle l'intriguait.

Elle avait fait sensation auprès de ses hommes. La rumeur disant qu'elle était devenue la protégée du grand patron avait fait le tour du clan et du personnel de l'hôtel. Il ne faudrait pas plus d'une journée avant que toute la ville n'apprenne qu'il avait pris sous son aile une pauvre fille que sa famille lui aurait vendue pour régler quelques dettes en plus de fuir la réalité, la laissant aux prises avec la mort.

Il regarda sa montre et décida qu'il était temps d'y aller.

— Êtes-vous prête, ma chère ?

— Je... Je crois, oui.

— Si vous ne vous sentez pas bien, Sonia et Laurent vous ramèneront dans votre chambre.

— Elle me l'a dit.

— Joe sera désormais votre unique médecin.

Elle était soulagée de ne pas devoir encore faire la rencontre de quelqu'un d'autre pour lui confier sa santé. Elle inclina respectueusement la tête. Gildas ouvrit la porte de la chambre, laissant passer son chef, puis les deux femmes, Laurent et enfin Joe qui poussait le fauteuil de la belle jeune fille qui tremblait de peur, le corps frigorifié.

— Tout va bien ? s'enquit Hélène.

— Oui, l'un des effets du traitement est la peur de la foule que je vais rencontrer, lui dit-elle en souriant timidement.

— Ne t'en fais pas, on sera avec toi, la rassura la femme de l'ours qui posa sur elle un regard un peu plus doux.

— Ça va être sportif, Boss. Dès qu'elle apparaîtra, vous serez la risée de tout le monde, lui confia Gildas.

— Qu'ils fassent, cette petite Princesse a des atouts qui les feront plier, dit simplement Carlington en haussant les épaules.

Ils traversèrent de nombreux couloirs et prirent plusieurs ascenseurs jusqu'à rejoindre la grande salle de réception, où se trouvait déjà une foule bien fournie, dont le luxe était étalé avec une telle exubérance que Taeliya se demandait comment ils arrivaient à vivre sans devoir se montrer telles des vitrines de magazines. Mais quand les portes s'ouvrirent sur leur petit groupe, elle savait que le grand chelem commençait et qu'il fallait qu'elle tienne bon.

***

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