Chapitre 2

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Amaya se réveilla en sursaut avant d’éclater en sanglots. Son visage portait les traces de l'angoisse, ravivée par le cauchemar qui l'avait hantée. Ce souvenir douloureux qu'elle s'efforçait d'enterrer au plus profond d'elle-même, remontait à la surface et rouvrait des blessures qu'elle tentait désespérément d'oublier.

— Ça n’a jamais existé… ça n’a jamais existé...

Son souffle était court et saccadé.

— J’en peux plus….

Les mains tremblantes, elle enfouit sa tête sous deux coussins pour masquer ses cris. Elle ne savait même plus pourquoi elle continuait à vivre. Elle n'avait pas de famille, ni de véritables amis. Quant à son petit ami, qu'elle aimait malgré tout, il n'avait jamais été qu'une ombre, perpétuellement malheureux. Tout comme elle, en réalité.


Elle se redressa difficilement et balaya la pièce du regard pour chercher désespérément la seule chose qui lui faisait tout oublier. Après quelques instants, elle l’aperçut sur la table basse. Elle se laissa alors glisser du lit avant de ramper au sol pour récupérer une petite fiole transparente contenant une poudre blanche. Elle la saisit et l'ouvrit avec tant d'empressement que le contenu se répandit sur le sol en formant un nuage de poussière blanche autour d'elle.

— Ça n’a jamais existé… Rien de tout ça n’est vrai, sanglota-t-elle avant de pencher la tête vers le sol pour inhaler l’héroïne éparpillée devant elle.


Dès les premières secondes, Amaya sentit l’effet de la drogue s’emparer d’elle. Ses paupières devinrent lourdes et une chaleur trompeuse se propagea dans son corps. La tension qui l’habitait depuis des jours fondit et un étrange sentiment de légèreté l’envahit comme si elle flottait au-dessus des ruines de son existence.


La douleur, les souvenirs et les peurs qui la tenaillaient disparurent, emportés dans un brouillard apaisant, mais mensonger. Son esprit refusait d’affronter la réalité et un sourire fragile étira ses lèvres. Elle sentit un soulagement factice, mais c'était tout ce qu'elle pouvait avoir dans l'instant.


— Ça n’a jamais existé…


Amaya s’endormit, emportée par une très grande fatigue. Lorsqu’elle ouvrit enfin les yeux, les rayons du Soleil se déposaient sur sa joue. Une panique soudaine s’empara d’elle en voyant l’heure sur l’horloge. Elle était en retard.


Elle se précipita dans la salle de bains, éclaboussa son visage d’eau froide pour chasser les derniers vestiges de sommeil et enfila en hâte des vêtements froissés. Son cœur battait à tout rompre alors qu’elle attrapait ses clés et claquait la porte derrière elle.


Après une course effrénée, Amaya se gara dans le parking de l’aéroport. Elle abaissa le pare-soleil et découvrit dans le miroir un visage pâle, des cernes marquées et un regard éteint. Elle tenta d’attacher ses cheveux, mais la coiffure improvisée accentuait son air négligé. Résignée, elle les laissa retomber en espérant qu’ils masqueraient un peu sa mine déplorable.


Amaya descendit de la voiture et se hâta vers la zone des arrivées. L’avion avait atterri depuis quarante minutes et la culpabilité de son retard la rongeait. Elle tenta d’ignorer les effets secondaires de la drogue, mais ils s’imposaient avec force. Ses mains tremblaient légèrement et sa vue floue avait du mal à s’adapter à l’agitation environnante.


Elle finit par apercevoir Clyde, adossé contre un mur, le regard rivé sur son téléphone. Une cigarette coincée entre ses lèvres, il semblait attendre impatiemment de pouvoir la fumer une fois dehors. Rassemblant les miettes de son courage, Amaya s’approcha timidement et s’arrêta juste devant lui.


— Salut, dit-elle.


Clyde, surpris, releva la tête et l'observa longuement avant de sourire. Amaya fit de même en admirant son beau visage qu'elle n'avait cessé de revoir en pensée. Ses yeux d'un bleu profond et ses cheveux mi-longs en bataille lui avaient terriblement manqué. Mais sa présence si réconfortante, lui ravivait des souvenirs douloureux.


— Hey ! Je suis content de te voir, répondit Clyde.


Amaya voulut lui dire qu'elle l’était également, mais les mots restèrent coincés dans sa gorge. La fatigue et l'émotion l'empêchaient de parler. Elle se contenta de lui rendre son sourire en espérant que son regard puisse exprimer tout ce qu'elle ressentait.


— Ça fait vraiment un bail qu'on s'est pas vus. Et, je dois t'avouer que ça m'a manqué, continua-t-il.


Ils se regardèrent un moment, hésitants en ne sachant pas s'ils devaient se prendre dans les bras ou garder leur distance. Finalement, Amaya prit la décision pour eux. Elle recula de plusieurs pas, brisant le contact visuel et commença à regarder autour d'elle pour chercher à dissimuler son embarras.


Ses yeux parcoururent la foule animée de l'aéroport. Le bruit des annonces et le mouvement incessant des voyageurs créaient une cacophonie angoissante et amplifiaient son malaise. Clyde, quant à lui, continuait à la détailler tout en respectant son besoin de distance.


— Je suis vraiment désolée du retard. Je… Je n’ai pas vu l’heure… Et... et il y avait quelques embouteillages sur la route...


Amaya avait beau afficher un sourire de façade, Clyde n’était pas dupe. Il savait qu’elle avait replongé dans la drogue. Son cœur se serra à l’idée de la voir s’autodétruire.


— T’inquiète, c’est pas grave. J’ai pas attendu très longtemps.

— Tu… tu es sûr ?


Clyde repéra les signes évidents de sa dépendance. Ses mains tremblaient, son regard fuyait et les ombres maquillaient ses yeux.


— Ouais. J’ai passé deux-trois appels en attendant.


Clyde tenait toujours autant à Amaya. Elle l’avait fasciné depuis leurs premiers échanges jusqu’à leur séparation. La voir ainsi, fragilisée par une bataille qu'elle semblait perdre, lui était insupportable. Il avait envie de la prendre dans ses bras et de lui dire que tout irait bien. Mais, il savait que ça serait inutile.


— Tu as fait bon voyage ? demanda Amaya.

Clyde haussa les épaules.

— Bof. Je ne suis pas le plus grand fan des avions.

— Tu veux prendre un café avant de quitter l’aéroport ? Je ne suis pas certaine d’en avoir à la maison.

— C’est peut-être l’occasion pour moi de tester tes thés, dit-il en souriant.

Amaya hocha la tête, mal à l’aise.

— Je ne pense pas en avoir non plus. Je… je n’ai pas eu le temps de faire les courses. J’étais un peu débordée ces derniers temps.

— Pas de souci.

Il regarda autour de lui.

— Bon, t’es garée où ? dit-il en tirant sa valise.

— Au sous-sol.

Clyde sourit de nouveau.

— Ça me rappelle des souvenirs.

— Des souvenirs ? répéta-t-elle, perdue.

— Quoi, tu t’en rappelles pas ? On s’est rencontrés en vrai dans un aéroport. Et j’étais garé dans les souterrains.

— Ah oui, c’est vrai, souffla-t-elle. Est-ce qu’on peut y aller ? Il y a un peu trop de monde dans cet endroit…

Les jambes d’Amaya peinaient à la porter alors que la descente s’amorçait. L’euphorie artificielle avait laissé place à un vide immense. La tristesse s’insinuait dans chaque recoin de ses pensées et la réalité cruelle revenait l’écraser. Clyde la surveillait du coin de l’œil, inquiet de son état plus que préoccupant.


Près de la voiture, Amaya fouilla frénétiquement dans son sac à la recherche de ses clés. Finalement, elles lui échappèrent des mains et tombèrent au sol dans un bruit métallique. Elle se baissa maladroitement pour les ramasser, mais ses gestes manquaient de coordination.


— Je conduis, dit-il en les saisissant avant elle.

— Non, non, c’est inutile.

— T’es sûre de ta connerie ?


Amaya détourna les yeux, incapable de soutenir son regard.


— Oui… Je suis juste fatiguée. Ça ira, ne t’inquiète pas, murmura-t-elle sans conviction.

— T’es défoncée, Amaya. T’as beau essayé de tout faire pour le masquer, je le vois.

— Je… Non… tu te trompes.

— Me mens pas. En plus, c’est pas une critique. C’est juste un constat. Allez, assieds-toi côté passager pour te reposer un peu. Je m’occupe de nous amener à bon port. Tu veux bien me filer ton adresse sur le GPS ?


Amaya obéit et cacha son visage entre ses mains avant de fondre en larmes. Elle laissait enfin éclater la douleur qu'elle avait tenté de contenir.


— Hey, murmura Clyde.

Il ne réfléchit plus et la prit dans ses bras en la serrant contre lui.

— Je suis là, maintenant, murmura-t-il. Et je vais tout faire pour t’aider.


Amaya se laissa aller et se blottit contre son torse pour sentir la chaleur de son corps. Les sanglots s'espacèrent progressivement, remplacés par des respirations plus calmes, tandis que Clyde lui caressait les cheveux.


— Je suis vraiment désolée… Je ne voulais pas que tu me vois comme ça.

— Tu n’as pas à te cacher devant moi. Je te l’ai pas déjà dit ?


Amaya secoua la tête, les larmes roulant encore sur ses joues. Elle se sentait incapable de lui avouer qu'elle avait touché le fond.


— Bon sang, pourquoi tu ne m’as appelé plus tôt, continua-t-il.

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