Chapitre 3

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Clyde, bien qu’assailli par une multitude de questions sur les raisons de l’absence prolongée d’Amaya, resta silencieux durant tout le trajet. Ses yeux fixaient l'horizon sans vraiment le voir, perdu dans ses pensées. Amaya, quant à elle, était trop préoccupée par ses douleurs profondes et la disparition de Jake pour engager la conversation. Elle serrait son sac à main contre elle, ses doigts crispés autour de la lanière, en cherchant à contenir le tourbillon d'émotions qui la submergeait.

Arrivés à l’appartement, la jeune femme tenta de ranger chaque pièce qu’elle lui montrait pour minimiser le désordre. Elle se sentait gênée par l'état des lieux, bien que Clyde ne s'en souciait pas.


Elle laissa ensuite Clyde dans la salle de bain pour qu’il puisse se laver après son voyage en avion. Pendant ce temps, Amaya faisait les cent pas dans son appartement en se rongeant les ongles nerveusement. Elle passait devant les cadres photos accrochés aux murs et jetait des regards furtifs aux souvenirs figés dans le temps.


— Tu veux qu’on s’y mette maintenant ?


Amaya se tourna vers Clyde. Il essuyait ses cheveux encore mouillés avec une serviette, des gouttes d’eau glissant lentement sur son front. Ses yeux la fixaient avec une intensité qui la désarma. Sans répondre, la jeune femme se dirigea vers le frigidaire pour regarder à l’intérieur. Le vrombissement régulier de l’appareil lui offrait une étrange sensation de réconfort. Alors qu’elle récupéra une des bières de Jake, elle fut assiégée par un souvenir avec lui.


***


Amaya et Jake étaient blottis l’un contre l’autre sur leur lit. La douce lumière du matin filtrait à travers les rideaux et créait une atmosphère paisible et intime. Jake perlait de baisers la joue de sa femme avant de lui caresser tendrement la joue. Le contact de ses lèvres apaisait les angoisses d'Amaya, comme un baume sur une plaie ouverte.


— Ce nouveau départ va nous faire du bien. Tu verras, murmura Jake.


Amaya releva la tête.


— Tu crois ? Parce que j’ai l’impression qu’où que j’aille, je reste cette petite fille dans la fosse.

— Maï…

— Tu devrais peut-être me laisser avant de couler avec moi.


Jake secoua la tête avant de l’embrasser de nouveau.


—T’as oublié que t’étais ma vie ? C’est peut-être horrible ce que je vais dire, mais c’est grâce à notre passé que je t’ai rencontré. La première fois que je t’ai vu, c’était en compagnie de la grosse tarée, elle t’entourait de ses bras comme si tu lui appartenais… Et quand on s’est regardés, nos regards se sont illuminés…. Et c’est à partir de ce moment-là, que j’ai su que tu serais mon point d’ancrage à cette réalité de merde… que tu serais ma vie, Maï… Sans toi, je ne suis rien. J’ai même arrêté la drogue pour toi.


— Jake, souffla Amaya, les larmes aux yeux.

Me balance plus ce genre de dinguerie.


Jake la serra plus fort contre lui, ses bras formant un cocon protecteur autour d'elle.


— On y arrivera, Maï. Ensemble, on peut tout affronter. T’as oublié ?

***


Le souvenir s'évapora aussi soudainement qu'il était apparu, laissant Amaya désemparée. Clyde prit la bouteille qu’elle lui tendait, mais son regard restait fixé sur elle pour tenter de déchiffrer les émotions affichées sur son visage.


— Amaya, qu’est-ce qui se passe ?


La jeune femme ferma un instant les yeux, incapable de parler. Les fantômes de son passé flottaient encore autour d'elle, plus présents que jamais.


— Amaya ? Amaya, bon sang ! Qu’est-ce que t’as ?

— Je… rien tout va bien…

— Me mens pas, je t'ai dis. Je vois quand y’a un truc qui cloche.

— On peut s’asseoir ?


Ils prirent place sur le canapé qu’Amaya avait préalablement rangé. Clyde ne la quittait pas des yeux, désireux de la voir s’ouvrir davantage. Il ressentait sa détresse mais ne savait pas comment faire pour lui délier la langue sans la braquer.


— Avant toute chose, je voulais te remercier d’avoir fait tous ces kilomètres pour moi.

— C’est normal. T’as pas à me remercier pour ça, répondit Clyde.


Elle joua nerveusement avec la manche de son pull, laissant entrevoir à Clyde des cicatrices récentes qui marquaient ses poignets. Même s’il souhaitait lui demander des explications, il ne voulait pas la refermer davantage.


— Bien sûr que si… Tout le monde ne l’aurait pas fait pour moi, dit Amaya.

— Dis pas n’importe quoi. Beaucoup de monde tient à toi.

Clyde but une gorgée avant de poser la bouteille sur la table basse.

— Comment tu vas, toi ? dit-elle.

Il sourit tristement.

— Disons que je m’accroche comme je peux.

Amaya baissa la tête, submergée par la culpabilité. Elle se sentait responsable de l’avoir laissé affronter ses démons seul.


— Je suis désolée de ne pas avoir pris de tes nouvelles, souffla-t-elle. Je le voulais, je te jure, mais je n’y arrivais pas…

— Ne t’en fais pas, Amaya. Je sais que ce n’était pas non plus facile pour toi.

— Comment va Élise et toute la famille ? demanda-t-elle subitement.


Clyde l’observa longuement.


— Élise et Charlie vont beaucoup mieux. Elles ont été suivies par un psy qui les a aidées à se libérer de cette sale histoire. Charlie s’est quand même un peu renfermée. Elle se sent toujours responsable de ce qu’il s’est passé.

— Elle ne devrait pas.

— C’est ce que je lui dis tout le temps.


Amaya sourit timidement.


— Vous avez vraiment une très belle relation, tous les trois.

— Je les aime tellement ces gosses. Si tu savais.

— Ça se voit. Et Gordon et Veronica ?

Le regard de Clyde se perdit dans le vide, comme s'il revivait les moments difficiles.

— Gordon ça va plus ou moins. Il a toujours pas mal de séances de kiné à faire pour espérer retrouver sa forme d’antan. Les médecins ont été clairs sur le fait qu’ils ne pourront jamais enlever les derniers morceaux de balle dans son cerveau. Peut-être qu’un jour, ils le tueront. Et rien que d’y penser, ça nous fout en l’air.


Amaya aurait voulu se blottir dans ses bras pour lui montrer son soutien, mais elle n’y parvint pas.

— Heureusement qu’on est là pour lui, continua-t-il en la détaillant avec beaucoup de tendresse.


Elle savait que Clyde l'aimait toujours autant, même s’il ne parlait pas de ses sentiments pour elle. Pourtant, elle s’en sentait indigne de cet amour.


— Et les autres ? demanda Amaya en hésitant à en savoir plus.

— Chester est toujours en taule, mais dans le pôle psy. D’après les médecins, il fait beaucoup de progrès et c’est très encourageant pour la suite. J’essaye de lui rendre visite au moins deux fois par semaine. Je sais que c’est étrange, mais il me fait du bien.


Amaya serra fortement son poignet droit.


— Excuse-moi, je n’aurais jamais dû te parler de lui, dit Clyde, gêné.

— Ça va, ne t’en fais pas. J’ai pris du recul sur cette histoire.

— Donc, ça ne te gêne pas que je le fréquente ?

— S’il te fait du bien, c’est tout ce qui compte pour moi.

Clyde sourit tristement.

— Merci.

— Et pour les deux autres ?

— Ils sont en isolement dans des unités sécurisées. Et je t’avoue que moins j’ai affaire à eux, mieux, je me porte.


Amaya baissa la tête.


— J’aurais dû être là pour toi, murmura-t-elle finalement, en levant les yeux vers Clyde.

— On aurait dû être là l’un pour l’autre, répondit-il.


Amaya se réfugiea près de la fenêtre. Elle sentait que son envie de reprendre une dose commençait à prendre le dessus sur sa raison.


— J’ai envie de t’aider, Amaya. Et pas que pour retrouver ton mec.

— Je sais, Clyde. Mais, tu ne le peux pas. Personne ne le peut… Même pas Jake… C’est ce que j’ai fini par comprendre.


Clyde se leva pour aller auprès d’elle. Il était de plus en plus inquiet.


— Bon sang, qu’est-ce qui s’est passé durant ses derniers mois ?

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