Chapitre 4

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Amaya regarda longuement Clyde avant de baisser les yeux. Elle avait encore beaucoup de mal à se replonger dans tout ce qu’elle avait vécu sans succomber à la tentation de la drogue pour oublier. Elle ferma alors les yeux et posa sa main sur la vitre pour chercher à ressentir la fraîcheur de la surface pour se calmer.

— Amaya, tu me fais vraiment peur, là… Réponds-moi, s’il te plaît, implora Clyde.

— Quand... commença-t-elle.

Elle soupira profondément avant de reprendre.

— Quand on est partis de l’hôpital après l’affaire, on a d’abord essayé de revivre dans notre appartement au Wyoming, mais ça n’a pas été possible… Je n’arrêtais pas d’avoir des flashs de ce que j’ai vécu et, ça a empiré quand on s’est fait cambrioler pendant qu’on dormait…

— Vous vous êtes fait cambrioler ? répéta Clyde avec inquiétude.

Même si Cody et Chelsea étaient enfermés dans des prisons hautement sécurisées, il savait qu’ils pouvaient toujours missionner des hommes pour tuer toutes les personnes auxquelles il tenait. Gordon en avait déjà fait les frais.

— Tout ça, c’est ma faute. Je ne ferme jamais la porte d’entrée à clé. J’aurais dû changer mes habitudes à cause de mon enlèvement, mais je n’y arrive pas…

Clyde n’oublierait jamais le moment où il avait été chez elle, le lendemain de leur premier baiser. Mais au lieu de la retrouver, il avait été confronté au silence pesant de son appartement. Les objets renversés et brisés, les meubles déplacés avaient été le signe d’une lutte violente avec son agresseur. Clyde chassa ce souvenir douloureux pour se concentrer sur la femme qu’il aimait.

— Même si Jake n’a jamais été d’accord avec ça, il m’a toujours soutenue dans mon choix…

Amaya se rassit sur le canapé, les épaules voûtées sous le poids de sa souffrance.

— Quand on a entendu des bruits de pas dans l’appartement, Jake est tout de suite allé voir. Mais l’individu s’est jeté sur lui pour le blesser avec un couteau… Je n’ai pas hésité, j’ai pris mon arme et j’ai tiré. Sauf qu’au lieu de le blesser, j’ai tué cet homme…

— C’était de la légitime défense. Tu n’as pas à t’en vouloir, tenta de la rassurer Clyde.

Amaya regarda ses mains tremblotantes. Le souvenir de ce moment était gravé dans sa mémoire.

— Sauf que je ne m’en suis jamais voulu. Au contraire, je n’ai absolument rien ressenti. Pas de culpabilité, pas de peine… Rien… Et c’est là que j’ai commencé à prendre peur, sur ce que j’étais capable de faire si on essayait à nouveau de me faire du mal…

Elle prit une profonde inspiration avant de continuer.

— Après ça, je suis allée voir mon chef pour lui dire que je voulais démissionner. Mais il n’a pas voulu de ma démission et m’a mise en arrêt jusqu’à ce que j’aille mieux. Sauf que ça n’a pas été mieux. Alors, on a déménagé dans une autre ville…

Amaya fit une pause. Ses yeux fixaient un point invisible devant elle.

— Le déménagement n'a rien changé. Les cauchemars, les flashs, tout continuait. Jake m’aidait comme il le pouvait, mais je le voyais souffrir aussi… C’était insupportable de le voir comme ça. Surtout qu’il n’a pas eu une vie facile, non plus. Malgré tout, on a essayé de reconstruire quelque chose, même si on se berçait d’illusion.

La jeune femme posa les yeux sur un cadre photo accroché au mur. Il représentait son couple lorsqu’ils étaient encore heureux. Leur visage souriant montrait une complicité évidente. Amaya sentit son cœur se serrer à la vue de cette image prise lors de leur premier voyage. Elle se souvenait de ce moment précis : le rire de Jake, la chaleur du soleil sur sa peau et cette sensation d’être aimée inconditionnellement.

— Et puis, un jour, j’ai craqué. J’ai repris de la drogue pour ne plus rien ressentir… Et plus j’en prenais, plus j’en voulais plus… J’ai même fait des choses que je mettais promis de ne plus faire pour en avoir, se confia difficilement Amaya.

— Amaya, t’as pas à culpabiliser. T’as traversé tellement d’épreuves que t’as essayé de…

— Arrête, Clyde, l'interrompit-elle. Arrête de croire que je suis fabuleuse, ce n'est pas le cas. Je fais énormément de mal autour de moi.

Clyde fronça les sourcils.

— Dis pas n’importe quoi. D’ailleurs, si t’as repris de la drogue, c’est la faute de ton mec, rétorqua Clyde.

Amaya baissa la tête, incapable de soutenir son regard. Ses mains tremblaient légèrement et elle serra les poings pour tenter de contrôler ses émotions.

— Absolument pas. Il avait même réussi à arrêter… C’est moi qui l’ai incité à reprendre, avoua Amaya.

— Pourquoi ?

— Parce que je ne voulais pas qu’il m’oblige à arrêter et parce que je voulais… Parce que j’espérais….

Elle essuya les larmes qui roulaient sur ses joues.

— J’espérais qu’on meurt tous les deux d’overdose… Parce que je… je savais que si je perdais la vie, Jake ne l’aurait pas supporter et se serait encore plus autodétruit… Je te l’ai dit, Clyde, je ne suis pas quelqu’un de bien. Je suis sûre que ma sœur, Lena, te l’a déjà dit.

Clyde s'approcha doucement d'elle avant d’essuyer ses larmes avec tendresse. Amaya ferma les yeux un instant en savourant la douceur de son toucher. La douleur en elle était toujours présente, mais la présence de Clyde allégeait quelque peu ce fardeau insupportable.

— T’es et tu resteras quelqu’un de bien, dit Clyde en plongeant son regard dans le sien.

— Pourquoi tu ne me vois pas comme je suis vraiment ?

— Comme t’es vraiment ? répliqua-t-il doucement.

— Une paumée qui détruit tout ce qu’elle touche…

Clyde lui caressa tendrement la joue.

— Tu n’es pas une paumée. T’es la nana qui m’as permis de refaire surface. Et contrairement à toi, je sais ce que tu vaux.

— N'importe quoi.

— T’es quelqu'un de bien, Amaya. Alors, je t’interdis de penser le contraire. Tu m’entends ?

Amaya rompit le contact, incapable de croire en ses paroles. Elle se sentait si monstrueuse à cause de ses actes qu’elle ne voyait plus d’humanité en elle.

— Amaya, je veux te l’entendre dire, insista-t-il doucement.

— Je… Je ne peux pas.

— Pourquoi ?

— Parce que j’ai fait beaucoup trop de mauvaises choses depuis notre séparation et que suis redevenue la personne écœurante que j’étais avant. Et si tu étais au courant de tout ce que j’ai fait, je suis convaincue que tu n’éprouverais pas ce que tu ressens pour moi, actuellement.

— Ce que tu as pu faire ne changera absolument rien, crois-moi.

Elle se recroquevilla sur elle-même.

— Après notre troisième déménagement, on ne maîtrisait plus rien du tout. On est complètement partis en vrille. Et c’est à ce moment-là que Jake a commencé à se comporter bizarrement. Il recevait des appels qu’il préférait ignorer en ma présence et il regardait toujours derrière lui comme s’il se sentait en danger.

— Il ne t’a jamais parlé de ce qui le contrariait ?

Amaya secoua la tête.

— Le jour où j’ai voulu avoir des explications, il a disparu en laissant tout derrière lui. Papiers, vêtements… Tout… répondit-elle, le regard perdu dans le vide.

— Tu es sûre qu’il n’a pas voulu disparaître volontairement ?

Amaya voulut pleurer pour décharger sa peine, mais plus aucune larme ne désirait couler.

— Jake ne m’aurait jamais abandonnée, murmura-t-elle.

— Il s’est peut-être planqué quelque part pour se défoncer, non ?

Amaya cogna la table basse si fortement que les éléments dessus tombèrent au sol.

— Je viens de te dire qu’il ne m’abandonnerait jamais ! Tu ne le portes peut-être pas dans ton cœur, mais c’est quelqu’un de bien. Et si je te dis qu’il lui est arrivé quelque chose, c’est qu’il lui est arrivé quelque chose ! s’emporta-t-elle.

Clyde leva les mains en signe de reddition pour essayer de la calmer.

— D’accord, d’accord. Donc, la dernière fois que tu l’as vu, c’était quand ?

— Il y a trois semaines… J’ai voulu le retrouver toute seule, mais je n’y suis pas parvenue. Je suis allée dans tous les endroits qu’il fréquentait. J’ai aussi interrogé les personnes qu’il connaissait. J’ai rien trouvé, mis à part…

Elle s’interrompit en secouant la tête comme pour chasser une pensée désagréable.

— Qu’est-ce qui se passe, Amaya ?

— Ça doit être mon imagination. C’est inutile d’en parler.

— Je t’écoute. Dis-moi ce que t'as.

— J’ai l’impression qu’on me suit. Mais je crois que je suis parano.

— Si t'as l’impression qu’on te suit, on doit en tenir compte. Ces appels mystérieux, le comportement de Jake… C’est sûrement plus que ton imagination. T'as remarqué quelque chose ou quelqu’un de spécifique ?

— Pas vraiment. Juste une sensation étrange, comme si des yeux étaient constamment braqués sur moi. Des silhouettes dans les coins de rue, des voitures qui semblent être partout où je vais. Rien de concret, mais assez pour me rendre nerveuse.

Clyde hocha la tête et comprit la gravité de la situation.

— On va trouver Jake et découvrir ce qui se passe. En attendant, je ne te laisse plus toute seule.

Amaya se sentit légèrement soulagée par ses paroles. Elle savait qu’elle pouvait compter sur lui, même dans les moments les plus sombres.

— Tu es sûr que tu veux rester ? Je ne sais pas combien de temps on va mettre pour le retrouver… Et tu as ta famille qui a besoin de toi.

— C’est avec toi que j’ai envie d’être.

Amaya observa Clyde et décela dans ses yeux tout l’amour qu’il avait pour elle. Elle se demanda alors comment il pouvait voir en elle quelqu'un de digne d'amour avec tous ses démons. Au moment où elle voulut répondre, le téléphone de Clyde sonna. Il répondit rapidement en jetant un coup d'œil à l'écran avant de s'excuser d'un geste.

— Ouais, la gosse. Ouais, je suis bien arrivé. Tu veux parler à Amaya ?

Clyde jeta un œil vers la jeune femme qui avait baissé la tête.

— C’est pas le moment, Élise. Une prochaine fois, dit-il.

Amaya tendit la main vers le téléphone avant que Clyde ne le lui donne.

— Salut Élise, dit Amaya en mettant le portable à l’oreille.

— Oh salut, qu’est-ce que je suis contente de t’entendre, répondit Élise avec enthousiasme.

— Moi aussi. Comment tu vas ? demanda Amaya en essayant de cacher son émotion.

— Beaucoup mieux depuis que tu as décidé de recontacter Clyde. On se faisait tous un sang d’encre pour toi, avoua Élise.

— Je suis désolée de vous avoir causé du souci. Ce n’était pas mon intention.

— T’inquiète, c’est du passé, maintenant. Comment ça va, toi ?

Amaya soupira.

— J’ai quelques problèmes, mais je fais tout pour les régler. Ne t’en fais pas pour moi.

— Tout le monde s’en fait pour toi… En tout cas, merci d’être revenue. Parce que Clyde était vraiment au plus mal sans toi.

— Il faut que je te laisse, mais je te promets que je prendrai soin de Clyde, assura Amaya, un sourire triste sur les lèvres.

— Oh ça, je ne m’en fais pas. Il doit être aux anges à tes côtés. Pense aussi à prendre soin de toi, Amaya, dit-elle avant de raccrocher.

Amaya resta un moment silencieuse. Les paroles d’Élise résonnaient en elle, lui rappelant qu’elle n’était pas seule et que des personnes tenaient à elle.

— Merci de m’avoir laissé parler à Élise, dit-elle enfin en lui rendant le téléphone.

— Elle s’inquiétait pour toi, tout comme moi.

— Je sais. Et ça me touche plus que je ne peux le dire, murmura Amaya.

Il posa une main sur son épaule.

— Clyde ?

— Ouais ?

— Si Jake ne s’en sort pas vivant, je ne pense pas être suffisamment forte pour survivre à ça, murmura Amaya, les larmes aux yeux.

Clyde sentit son cœur se serrer en entendant ces mots. Il savait qu'Amaya était au bord du gouffre et que ses paroles n'étaient pas à prendre à la légère. Il prit une profonde inspiration pour chercher les mots justes pour lui redonner espoir.

— Amaya, écoute-moi. Je sais que tu traverses une période très difficile. La peur, l’incertitude, tout ça, c’est normal. Mais tu es plus forte que tu ne le crois.

— Arrête de dire ça... Si j'avais été forte comme tu aimes le penser, je n'aurais pas fui mon chez-moi et je n'aurais pas retouché à la drogue.

— Tu confonds tout, là. Trouver une échappatoire, ne fais pas de toi une faible. Écoute, même s’il est absent en ce moment, Jake compte sur toi. Et moi aussi, je compte sur toi pour que tu restes à la surface.

— Clyde...

— Nous allons le retrouver, ensemble. Et si, par malheur, il lui est arrivé quelque chose, tu ne seras pas seule pour affronter ça. Je serai là.

Amaya secoua la tête.

— Je ne sais pas si je peux, Clyde. La douleur est beaucoup trop grande. Et Jake est tout pour moi. Sans lui, je ne vois pas de raison de continuer.

Clyde s’approcha d’elle, désireux d’être au plus proche d’elle.

— Amaya, Jake n’est pas la seule raison pour laquelle tu dois continuer. Il y a des gens qui tiennent à toi et qui ont besoin de toi.

— Ce n’est pas vrai…

— Tu m’as oublié ? Et Élise dans l’histoire, hein ?

Il prit une pause pour la regarder profondément dans les yeux.

— T’es une battante, Amaya. Il faut juste que t’en prennes conscience.

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