Chapitre 5

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La lumière de la Lune s’infiltrait par la fenêtre et dessinait des ombres vacillantes sur les murs de la chambre. Allongée sur son lit, les yeux écarquillés, Amaya fixait l’astre comme si sa lueur froide pouvait lui apporter une forme de réconfort. Son corps, secoué de tremblements incontrôlables, frissonnait sous l’assaut du manque et de l’épuisement. Des vertiges brouillaient sa perception et rendait chaque mouvement pénible et presque insurmontable. Pourtant, une impulsion soudaine la fit se redresser et l’arracha à son immobilité.

Elle vacilla un instant avant de se précipiter vers la table de chevet, poussée par une envie irrépressible. Ses mains tremblaient alors qu’elle fouillait frénétiquement dans le tiroir. Lorsqu’elle en sortit une petite fiole transparente, un soupir s’échappa de ses lèvres. La fiole contenait son salut. Sans attendre, elle versa la poudre blanche sur la surface de la table pour tracer des lignes précises.


Au moment où elle s’apprêtait à inhaler, la porte s’ouvrit brusquement. Clyde fit irruption et en une fraction de seconde, balaya la poudre pour la faire tomber au sol.


— Qu... qu’est-ce que tu viens de faire ? balbutia-t-elle, les yeux écarquillés.

— Tu n’as pas besoin de cette merde, répliqua Clyde.

— Quoi ? Mais bien sûr que si ! Laisse-moi tranquille ! Je ne vais pas tenir sans ça !


Elle fixa la moquette, où reposait sa drogue. Ses yeux, embués de larmes, cherchèrent ceux de Clyde, mais il ne flancha pas.


— Je répète, tu n’as pas besoin de ça.

— Qu’est-ce que tu en sais, hein ? hurla-t-elle. Je… J’ai…


Ses mots moururent dans sa gorge lorsque Clyde posa ses mains sur ses joues, l’obligeant à le regarder dans les yeux.


— Calme-toi.

— Ne me dis pas de me calmer, alors que tu m’empêches d’en prendre !

— Si tu en reprends, ça risque de te tuer. Et, ça tu vois, je ne le supporterai pas.


Le ton de sa voix la désarma et réduisit sa rébellion à un souffle. Elle hoqueta, cherchant ses mots.

— Clyde… je… j’en ai vraiment besoin pour tenir…

— Non, écoute-moi, coupa-t-il, insistant. Cette période où tu as disparu m’a complètement flingué. Je te voyais partout… t’entendais partout aussi… Et plus les jours passaient…


Il marqua une pause.


— Plus les jours passaient, reprit-il, plus je me disais que tu ne pouvais plus être en vie. Et la seule solution pour combler le manque de ta présence, c’était de m’exploser le crâne avec une balle de mon flingue.


Amaya resta figée, les lèvres entrouvertes. Ses pupilles se dilatèrent sous l’effet de la stupéfaction et ses mains tremblantes cherchèrent un appui sur le rebord du canapé. Face à son silence, Clyde détourna brièvement le regard, comme pour lui laisser un instant avant de reprendre.


— Mais je ne l’ai pas fait. Parce que tu m’as contacté ce jour-là. C’est peut-être un signe, tu ne crois pas ?


Elle cligna des yeux, désorientée.


— Un… un signe de quoi ? balbutia-t-elle.


Clyde esquissa un léger sourire avant de poser son regard sur elle.


— Un signe qu’on a besoin l’un de l’autre pour ne pas couler, murmura-t-il.


Amaya baissa les yeux.


— Écoute… je ne sais pas comment faire pour arrêter tout ça, souffla-t-elle. Parce qu’il est hors de question que j’aille dans un centre de désintoxication. Je n’ai pas le temps pour ça… Jake est peut-être en danger… Et je… je…


Sa voix se perdit lorsque Clyde s’approcha pour poser doucement son front contre le sien. Ce geste inattendu et intime fit naître une accalmie étrange entre eux. Le chaos intérieur d’Amaya sembla suspendu, comme si, l’espace d’un instant, elle pouvait respirer à nouveau.


— Écoute-moi, dit-il doucement. Tu n’iras pas en centre de désintox, je te le promets. J’ai contacté mon pote Josh. Tu te rappelles de lui ?


Elle releva un regard hésitant.


— Le légiste ?

— Ouais. C’est lui qui m’a fait les ordonnances pour ton sevrage et m’a expliqué ce qu’on devait faire pour te sortir de là. Tu verras, on va gérer.

— Tu… tu lui as dit pour moi ?

— Je n’avais pas le choix.


Elle détourna la tête, le visage envahi par la honte.


— Qu’est-ce qu’il va penser de moi ?

— Absolument rien, assura Clyde. Parce que ce n’est pas le genre de gars à juger.


Elle se dégagea doucement de son étreinte, mais ses mains reprirent aussitôt leurs tremblements. La douleur du manque s’intensifiait, creusant davantage son mal-être.


— Tu es d’accord pour que je t’aide ? demanda Clyde en se penchant légèrement vers elle. Parce qu’on ne pourra pas bosser ensemble si tu ne décroches pas.

— Je te promets que je peux travailler avec. Je ferai attention. Je prendrai juste la dose nécessaire pour tenir…

— Juste la dose nécessaire ? Tu te fous de ma gueule ?


Elle redressa la tête, blessée.


— Tu ne me fais pas confiance ?

— Je veux que tu arrêtes, point ! Il n’y a pas de quantité nécéssaire ou de connerie de ce genre !

Amaya se leva précipitamment et attrapa son sac à la volée.


— Où tu vas ? Tu comptes te défoncer ailleurs, c’est ça ? cria Clyde en la suivant.

— Je t’interdis de me suivre ! lâcha-t-elle en franchissant la porte.

— Pourquoi ? Parce que t’as honte ?


Elle se retourna pour hurler.


— Dégage !

— T’as voulu mon aide, Amaya. Maintenant, va falloir assumer !


Elle tenta de se libérer lorsqu’il lui saisit le bras, mais leurs cris attirèrent l’attention d’un voisin. L’homme sortit dans le couloir, manette de jeu à la main, alarmé pour les observer tour à tour.


— Amaya, ce type vous embête ? demanda-t-il en s’interposant.


Amaya hésita un instant, puis lâcha dans un souffle.


— Oui… Vous pouvez le faire partir ?

— De quoi tu te mêles, toi ? s’emporta Clyde.

— Foutez-lui la paix, répliqua le voisin.

— Qu’est-ce que tu crois ? Que je l’agresse ? Je suis en train de l’aider, là !


Profitant de la confusion, Amaya s’éclipsa et dévala les escaliers avant de s’engouffrer dans la rue. Elle courut, ignorant les appels de Clyde, jusqu’à ce que son souffle brûlant l’oblige à s’arrêter. Elle s’adossa à un mur décrépi pour chercher son téléphone dans son sac. Avec des gestes maladroits, elle composa un numéro.


— Qui c’est ? grogna une voix à l’autre bout du fil.

— C’est moi… Amaya…


Un ricanement satisfait se fit entendre.


— Ah, ma belle ! Ça fait un bail. Qu’est-ce que je peux faire pour toi ?


Elle ferma les yeux, honteuse.


— J’en veux. Tu peux m’en fournir ? demanda Amaya.

— Bien volontiers, ma belle, répondit l’homme. Passe à la maison.

— On ne peut pas faire l’échange dans une rue discrète ?

— Non, parce que tu sais ce que je veux en échange.

— Sauf que je n’en ai pas envie, rétorqua-t-elle, en serrant les dents.


L’homme ricana.


— C’est que t’en veux pas vraiment de ma drogue, alors. C’est dommage, parce qu’elle est excellente. T’as oublié que je ne la coupais jamais pour tes beaux yeux ?


Amaya serra les poings, prête à lui rétorquer quelque chose, quand un bruit de pas derrière elle la fit se retourner brusquement. Mais il n’y avait personne.


— Si je te fais la totale, tu me donnes tout ce que je veux ? lança-t-elle finalement, résignée.

— Bien entendu, ma belle. Tu me rejoins ?

— J’arrive.


Le cœur lourd et les mains tremblantes, Amaya se précipita dans les rues sombres jusqu’à la maison de son fournisseur. Son dégoût pour elle-même ne faisait qu’augmenter à chaque pas. Elle hésita une fraction de seconde avant de frapper à la porte. Un homme d’une quarantaine d’années, au visage marqué par des cicatrices, ouvrit.


— Allez, viens, ma belle, dit-il d’un ton mielleux, ses yeux brillants d’une lueur malsaine. On va s’éclater, toi et moi.


Amaya déglutit difficilement, mais entra. Elle se dirigea vers le salon impeccablement rangé, son regard attiré par la table basse où trônaient les fioles qu’elle convoitait tant.


— Alors, tu vois quelque chose qui te plaît ? lança-t-il en s’affalant sur un fauteuil en cuir noir. Tu sais, je me suis toujours demandé si t’étais une pro. Parce que t’as vraiment un truc avec les hommes.


Amaya ignora la pique et demanda froidement.


— Qu’est-ce que tu veux que je te fasse ?


Un sourire carnassier se dessina sur les lèvres de l’homme. Il déboutonna sa ceinture pour laisser tomber son pantalon à ses chevilles.


— Commence par me faire une bonne gâterie, dit-il, méprisant.

— Tout ce que tu veux.


Amaya sentit son estomac se nouer, mais elle avança lentement, résignée, avant de s’agenouiller. Avant qu’elle ne puisse faire un geste supplémentaire, la porte d’entrée s’ouvrit brutalement en claquant contre le mur.


L’homme sursauta et repoussa Amaya au sol pour essayer d’attraper une arme posée sur le bord de la table. Mais Clyde était déjà là, l’arme levée vers sa tête.


— Je te déconseille de bouger, lâcha-t-il froid.

— Putain, t’es qui, toi ? C’est quoi ton problème ? cria l’homme, paniqué.

— Je viens chercher Amaya, répondit Clyde.


Amaya, tremblante, se redressa difficilement. Les larmes lui montèrent aux yeux et elle évita le regard de Clyde.


— Pourquoi tu viens chercher cette pute ? cracha l’homme.


Clyde fronça les sourcils, son doigt effleurant la détente.


— Parle pas d’elle comme ça, prévint-il.

— Ah ouais ? T’es amoureux ou quoi ? Cette fille est complètement déglinguée. Elle est bonne qu’à sucer des queues.

— Ta gueule ! rugit Clyde.


L’homme le dévisagea avec défi, mais Clyde ne céda pas.


— Amaya, viens. On s’en va, ordonna-t-il doucement. Tu vaux mieux que ça, je te l’ai dit.

— Allez, puta, casse-toi, hurla l’homme. Et ne compte plus sur moi pour te filer quoi que ce soit. Si je te revois, je te défonce ta jolie petite gueule de salope. Et toi, connard, tu peux être sûr que je te tuerai.


Clyde le fixa sans ciller.


— Tu veux me tuer ? T’as qu’à essayer.


L’homme ricana, mais Clyde ne lui laissa pas l’occasion de riposter. Il attrapa Amaya par le bras et recula lentement, gardant l’homme dans sa ligne de mire jusqu’à ce qu’ils soient dehors.


Une fois en sécurité, Clyde rangea son arme et posa un regard grave sur Amaya, qui tremblait de tous ses membres.


— On rentre. Il fait froid. On va s’occuper de ça, ajouta-t-il en désignant l’égratignure sur son front.

Amaya hocha la tête et suivit Clyde docilement jusqu’à chez elle. Une fois assise dans la petite cuisine, elle sentit les premiers symptômes du manque s’insinuer dans son corps.


— Ça va ? demanda Clyde.


Elle releva les yeux vers lui, ses pupilles brillantes de désespoir.


— Je te l’ai dit, Clyde. Je suis une mauvaise personne. Tu devrais me laisser, toi aussi, et passer ton chemin. Après tout, je ne mérite l’attention de personne.

— Arrête tes conneries, rétorqua-t-il. T’es pas une mauvaise personne.

— Pourtant, tu ressens du dégoût en me regardant, insista-t-elle.

— Encore une connerie. Pourquoi je ressentirais ça ?


Elle détourna les yeux.

— Parce que j’étais prête à vendre mon corps pour avoir ma drogue. Et parce que… ce n’est pas la première fois.

— Je m’en fous. Ça ne change rien à ce que je pense de toi.


Amaya écarquilla les yeux, surprise par sa réponse.


— Alors, on fait quoi maintenant ? Tu veux bien me donner la chance de t’aider à te sevrer ?


Elle hésita, puis hocha lentement la tête.


— D’accord…


Un léger sourire se dessina sur le visage de Clyde.


— Super. Mais j’ai autre chose à te demander.

— Je t’écoute, murmura-t-elle.


Il la fixa avec une intensité qui la fit frissonner.


— Est-ce que tu peux me promettre de ne plus te scarifier ?

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