Les Pernicieux, 4
— Tout va bien ... Il est déjà douze heures !? s'exclame-t ‘il en regardant l'horloge affichant les seize heures d'une journée. Il faut que je rentre, mère n'apprécie guère que je traîne la nuit à treize heures passées ...
— Tu n'habites pas à côté c'est vrai, laisse moi te raccompagner jusqu'à la porte.
Ils se lèvent et le Pornaïm actionne un levier faisant monter le niveau de l'eau grace à l'afflux générées par les cascades. L'eau se retrouve illuminée du vert éclatant de l'émeraude. Le précipité de l'eau se trouve à la gorge du petit. Le Pornaïm désengage le levier, les cascades retrouve un flux d'eau normal.
— Mère ne va pas être contente ...
— Accroche toi à moi.
Le jeune Morkan s'agrippe tel un petit singe sur le torse de son ami. Le Pornaïm sort son corps de l'eau et flotte sur elle. Le grand poisson glisse sur l'eau en ligne droite jusqu'à la sortie à une vitesse folle. La porte s'ouvre, l'eau contenu s'en va et le Pornaïm continu de surfer à toute vitesse sur le peu d'eau restant au sol alors tandis que le Morkan le tient vigoureusement dans ses bras. Les longues glisses permettent au Pornaïm de se retrouver face à la Frontière côté eau.
Le Pornaïm saute dans l'eau. La puissance de ce plongeon en arc de cercle les fait sortir presque instantanément de la mer. Dans les airs, le Pornaïm descend en pleine accélération d'une chute de cinq mètres. Heureusement, M. Rhibandelle bloque l'impact du choc terrestre avec son dos.
— Voici.
— Merci ! J'adore quand vous faîtes ça !
— Rentre bien et surveille mieux le temps à l'avenir, histoire que tu ne passes pas « juste » pour dire bonjour.
M. Rhibandelle repart à la mer.
— J'adore ce papa, j'aimerais avoir le même ... murmure le petit.
M. Rhibandelle repart à la mer. Tim le regarde disparaître dans les vagues, son cœur partagé entre gratitude et vide. Il marche, tête baissée, vers la maison.
Chaque pas l’éloigne du réconfort et le rapproche de la rudesse du foyer.
Le chemin d'herbes bleues qui l'a conduit jusqu'ici lui rappelle des moments traumatiques. Il ouvre la porte et voit sa mère en train de manger une immense part de gâteau vanillé fourré à la fraise. Il pousse son regard plus loin et constate que sur les cinq, elle en a englouti trois, le quatrième étant dans sa main.
— C'est à cette heure-ci que tu rentres !?
— J'ai traîné en route, je lisais et ...
en la regardant il se tut.
Je vais dans la chambre.
— Puisque tu es arrivé à treize heures quarante, tu n'auras pas de gâteau.
En disant cela, elle se lève, faisant trembler le sol à chacun de ses pas et jette la gourmandise dans la cheminée allumée. Tim, se dirige en son lieu, sans dire mot. Il se met sur son lit et continue son livre en choisissant la page.
«Verset 7-1-1, Bélial le Prince aux sept âmes :
De son infamie et de sa puissance, il divisa son âme en sept parties. Toutes prenant une apparence et personnalité différente. La septième d'entre elles est inconnue de tous. Personne ne sait à quoi ressemble la plus puissante partie de son âme qui contrôle toutes les autres par la pensée. Ce procédé permet à ce Prince d'être à plusieurs endroits à la fois pour répandre le chaos. Plus un ennemi est puissant et plus elle assemble ses morceaux pour choisir un corps qui ... »
— Ha ! Tu es là petit frère, je t'ai cherché à la Frontière, où étais-tu ?
— J'étais ... Ici-même.
Tout en se rapprochant, elle le regarde attentivement.
— Tu mens !
— Non ... J'étais ici, je n'ai pas bougé depuis que tu es partie en m'ayant frappé si violemment.
— Je ne te crois pas une seule seconde ! Je te connais, aujourd'hui nous sommes le cinquième jour de la décade et comme à chaque fois, tu ne peux pas t'empêcher d'aller à la Frontière, mais cette fois c'est autre chose, j'en suis sûre ...
Il se mure dans le silence quelques instants puis réplique :
— Je ne pensais pas que tu me connaissais si bien ma douce sœurette.
À l'entente de ces mots, elle lui lance un regard noir et le menace du doigt tout en criant :
— Ne me prends pas pour une idiote ! Je te connais, lorsque tu parles de la sorte, tu tentes de m'amadouer.
— Mais non je ...
— Tais-toi ! Je vais dire à maman que tu es allé dans les bois.
— Non !
— Que tu es parti uniquement pour défier son autorité !
— Ne fais pas ça ...
— Alors dis-moi la vérité !
— C'est ... La vérité.
Elle lève les sourcils en signe de défi puis sort de la chambre, lui accourt.
— Maman ?
— Quoi fillette ? réplique-t-elle avec une moitié de pizza dans la bouche.
— Tim est allé dans les bois et a dit à tous que tu étais la pire mère qu'il ait rencontré de sa vie.
— Non mère ... Jamais je n'aurais dit une chose pareille je ...
Les yeux injectés de haine, c'est par les cheveux qu'elle attrape son fils et le projette dans sa chambre. Sa tête heurte la porte avec fracas. Tim gémit, ensanglanté, incapable de répondre. La voix de sa mère tonne, rauque, brute. Elle claque la porte, la verrouille avec une lenteur sadique. Tim est seul. Impuissant, il se relève et tape sur la porte.
— Tu ne sortiras pas de cette chambre, tant que tu n'auras pas appris ni compris que tu as... La meilleure mère du monde !
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