CHAPITRE 42.4 * VICTORIA

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NOTE AVANT LECTURE

À partir de ce chapitre, le récit proposé correspond à la direction que je souhaite donner à l’histoire de James et Victoria, qui les mène vers le dénouement de leurs 48 heures ensemble. Toutefois, ce n’est, pour l'instant, pas une version définitive. Plusieurs fins alternatives se bousculent encore dans mon esprit, et je reste indécise quant à la voie à suivre.

Je tiens également à préciser que les prochaines 48 heures, qui correspondent à deux tomes supplémentaires (24h pour se perdre et 24h pour nous sauver), sont déjà en gestation et existeront, ce qui signifie que ce n'est pas la fin de leur histoire ici =) James et Victoria auront encore des épreuves à surmonter ensemble !

Vos réflexions et impressions sur les chapitres qui suivent seront précieux pour m'aider à prendre une décision finale.



V.R.S.de.SC

♪♫ ♪♫

— Pourquoi ?

J’essaie de garder ma voix posée, mais elle trahit un cri du cœur, étouffé, mais puissant. Il n’a aucune idée de la vague de doutes que cette révélation a soulevée dans l’esprit de James. D’autant plus que je ne suis toujours pas sûre qu’il ait accepté mon explication.

Mati baisse la tête et joue nerveusement avec la chevalière qu’il porte à son majeur.

— Je voulais voir s’il te considérait comme une distraction ou si ses sentiments étaient sincères.

Et voilà qu’il fait passer son ingérence pour un acte héroïque !

— En le mettant devant le fait accompli, sans précisions ni contexte ? Bon sang…

C’est comme ça qu’on fait, hein ? Créer des catastrophes en douce et regarder les gens se débattre avec.

Je bouillonne, mais me force à demeurer implacable, à ne pas laisser ma tempête intérieure s’exprimer. Je lui tourne le dos, masse mon front un instant, pousse un long soupir. La tension se fait douloureuse, m’enserre le cœur dans un étau invisible. Mes pieds nus s’emmêlent dans la traîne de ma robe. Une onde d’agacement me traverse et je me dégage dans un froissement de tissu presque rageur.

— Tu n’avais pas le droit, lancè-je, mon corps entier pivotant vers lui. C’était à moi de le faire, pas à toi. James est convaincu que nous avons une relation. Il croit que toi et moi, c’est sérieux. Il...

Je m’interromps, mon regard verrouillé au sien. Il ne cille pas. Moi non plus. Chaque syllabe doit peser son poids, lui rentrer dans le crâne.

— La confiance est importante à ses yeux. À juste titre. Tout ce que tu as provoqué, c’est le faire douter de mes sentiments.

Mati adopte cet air-là, celui qui précède toujours ses phrases à double tranchant. Sa question jaillit, impatiente, affûtée, plus prompte que la réflexion.

— Et toi, Vic ? Tu es sûre de tes sentiments pour lui ?

Son ton me fait l’effet d’un électrochoc. Je cligne des paupières, interdite.

— Je dois comprendre quoi, exactement ?

Il se redresse, s’avance dans ma direction. Doucement. Trop doucement. Tel un type qui sait qu’il tient une carte maîtresse, mais qui se délecte avant de la poser sur la table. Il m’énerve quand il joue au grand boss, comme s’il était le seul à avoir les réponses à tout.

— Entends-moi bien. Je parle de ce que ça implique vraiment, Vic. Pas des belles promesses, mais du concret. Tu es prête à encaisser celui qu'il est au fond de lui ? lâche-t-il d’une voix plus posée, mais non moins incisive. L’aimer en dépit de son passé avec la drogue, des rechutes éventuelles, de cette partie de lui qui restera toujours en lutte contre ses démons ?

Ah, donc, maintenant, tout ça, c’est pour me rappeler à quel point James est un projet compliqué. Merci, je n’en avais pas assez conscience.

— Et cette jalousie qu’il contient à peine, qui menace d’exploser à la moindre étincelle , tu l’as vu, non ? Ce regard qu’il te lance, comme s’il allait te perdre d’une seconde à l’autre. Cette obsession de contrôle qui le ronge, cette colère sourde qui gronde sous la surface.

Fais chier… C’est précisément ce dont j’avais besoin : un petit soupçon de doute sur ce que je croyais solide. Quelle chance ! Dire qu’il pense me rendre service, là !

— Tu penses vraiment qu’il se contenterait de te voir partir sans riposter ? enchaîne-t-il. Tu crois qu’il pourrait simplement te laisser disparaître de sa vie si tu décidais que c’était fini ? Sois honnête avec toi-même, Vic, ce mec serait capable de réduire un autre en poussière pour toi. Et je ne suis pas sûr que tu mesures tout à fait ce que ça signifie.

Un rire sans joie me brûle la gorge. Il parle de James, vraiment ? Ou c’est de lui qu’il s’agit ?

— Oh, excuse-moi, j’ignorais que tu étais l’alpha et l’oméga des relations amoureuses. Depuis quand tu tiens la charte officielle des sentiments autorisés ?

Il joue au juge suprême, mais lui aussi est sur le banc des accusés.

Il ne réagit pas. Il m’observe juste, et ça m’énerve encore plus.

— Ce n’est pas à toi d’en juger !

Ma voix claque, tranchante. Il ne bronche toujours pas, mais quelque chose passe dans son regard. Une ombre, une hésitation. Merde ! Qu'est-ce qu'il ne me dit pas ?

Mati se détourne brusquement, les paumes vissées sur les hanches. Je le connais, je l’ai déjà vu faire. Dans deux secondes, il va faire voler un objet ou deux. Il a pas intérêt. Je ne suis pas Leslie. Elle lui mettrait une baffe. Je garde les miennes pour James.

Sa frustration est si évidente qu’elle se répand sur moi, se diffuse en énergie négative qui me suffoque presque. Ses lèvres se pincent, ses dents mordent sa joue. Il se retient de dire quelque chose qu’il pourrait regretter, j’en suis sûre. Sa mâchoire se contracte et je capte instantanément le moment où il décide de tout envoyer valser.

— Putain, Vic…

Un soupir lourd d’amertume lui échappe, avant qu’il ne m’adresse un regard que je sais déjà chargé de tout son mécontentement. Ses paroles s’échappent dans un souffle faible.

— Ouvre les yeux. Regarde la vérité en face, bon sang.

Mes sourcils se froncent tandis qu’un battement rapide, furieux, secoue ma poitrine. Il me plaque ses deux billes sombres dessus et la pression monte, irrémédiablement.

— Ouvrir les yeux sur quoi, Mati ? Sur quelle foutue réalité au juste ?

Il me scrute avec cette intensité contradictoire, une lutte entre une clarté saisissante et une confusion désorientée.

— Tu fonces tête baissée dans une relation aussi toxique que celle entre Leslie et moi. Peut-être… peut-être que ça n’en vaut pas la peine.

Je serre les dents pour contenir ma colère. Mais pour qui il se prend ?! De quel droit il étiquette mon histoire avec James ?

L’air vibre de tension. La corde craque un peu plus.

Son regard s’alourdit, gagne en profondeur.

— Moi, je ne t’aurais jamais fait douter de ce que tu représentes pour moi, lâche-t-il dans un murmure.

Mon souffle se bloque, une brûlure traverse mes veines.

Je secoue la tête, recule d’un pas, manque de trébucher sur ma foutue robe. Qu’importe si ma poitrine déborde, il n’apercevra rien d’autre qu’il n’a déjà vu ! C’est mon cœur qu’il met à nu, là.

— Non, Mati. Ne fais pas ça.

Un silence s’abat sur nous, lourd et suffocant. Ses prunelles passent de la douleur à la tristesse. La défaite se pose sur ses épaules.

— D’accord. Mais, si tu étais si sûre de toi, si amoureuse de lui, tu n’hésiterais pas autant.

J’ai l’impression qu’il m’enferme, m’étrangle. Ses mots ont résonné trop fort.

— Je n’hésite pas, répliqué-je, la voix plus sèche que prévu.

Il éclate d’un rire amer, fait les cent pas entre son bureau et le canapé.

— Tu sais pertinemment que c’est compliqué, ripostè-je sur la défensive, et…

— Ça pourrait ne plus l’être… me coupe-t-il avant que je n’aie le temps de finir.

Je l’observe, perplexe, essayant de comprendre où il veut en venir.

— Va au fond de ta pensée, Mati, parce que là, tu es juste en train de tout détruire pour rien.

Il s’arrête, l’air un peu perdu lui aussi, et je vois un éclair de doutes dans ses pupilles. Il se ressaisit, reprend la parole, sa détermination plus marquée.

— Ce n’est pas pour rien, justement.

D’un geste fluide, il se campe devant moi. Ses doigts trouvent le chemin de ma joue, inclinent légèrement ma mâchoire vers son visage. Son regard est un feu. Une invitation et une menace, tout à la fois.

— Peut-être… peut-être qu’on devrait arrêter de fuir tous les deux, souffle-t-il, ses yeux plantés dans les miens comme des clous.

Mon Dieu… Alors, Mati en était arrivé au même point que moi… À ce même carrefour des destins. Tous les deux, ensemble. Et soudain, je la devine, cette promesse silencieuse, comme s’il entrevoyait lui aussi un sentier sur lequel Leslie n’existe plus, où James est oublié. Où il n’y aurait que nous.

Un tremblement intérieur me traverse, une poussée de certitude, comme un retour brutal à la réalité. Ma résolution ressurgit en force. La vérité doit être dite. Maintenant. Avant qu’on ne perde tout. Avant que le mensonge ne prenne le dessus.

— Mati, dis-je d’un ton doux, mais ferme.

Mes doigts glissent sur la main qui encadre toujours mon visage avant de la retirer lentement. Je sens son contact s’éteindre en moi comme une bougie soufflée par le vent. J’inspire profondément, le cœur alourdi.

— James est revenu, et je… Ce que nous avons, toi et moi… C’est… Ce n’est pas le même lien. Mes sentiments pour lui sont clairs, Mati.

Clairs comme de l’eau de roche. Enfin, une eau de roche bien agitée, avec quelques rapides et un tourbillon en prime. Mais ma barque est prête à s'élancer dans les rapides. J'ai toujours aimé le rafting de toute manière.

Il se raidit, mais je continue, plus décidée que jamais.

— Et toi, je n’ai aucun doute non plus sur ce que tu ressens envers Leslie. Mais nous… ensemble, ce n’est qu’une illusion.

Il est l’heure d’enterrer ce « et si ». Pourtant, mes paroles m’étreignent le cœur. Bien que je ne veuille pas le faire souffrir, je suis déterminée à rester fidèle et à honorer ce que j’éprouve au plus profond de mon âme.

Un instant, la déception s’étale sur ses traits. Il accuse le coup. C’est surement le moment où il va me balancer une réplique qui me hantera pendant les dix prochaines années. Soudain, son souffle suspendu se relâche et il déverse sa vérité sur mon épilogue. Apparament, Mati a un autre script en tête et le pire, c'est qu'on est bien sur le même longueur d'ondes...

— Justement Victoria. Peut-être que ça ne l’est pas. Le réconfort qu’on trouve l’un dans l’autre… ça pourrait être suffisant. On n’a jamais osé explorer au-delà de ces rencontres passagères. On s’entend bien, on partage tellement. Des passions, des idées. Et surtout, nos aspirations… Ce n’est pas rien, Vi. Réfléchis, franchement.

Un léger frisson court le long de ma nuque. Il fait mouche, sur plusieurs aspects. Ses pensées ont convergé vers les miennes. Mêmes raccordements. Même conclusion. Un plaidoyer soigné pour… un plan B.

Nous deux, on s’accorde parfaitement sur le papier. Sur le plan physique, on s’attire. Sur le mental, on se complète. Et puis, émotionnellement… on n’est pas étrangers l’un à l’autre. Pourtant, quelque chose manque. On match, mais à quoi bon ? La vérité, c’est que la présence de James et Leslie dans le tableau supplante tout. Pour que ça ait une chance, il faudrait qu’on se libère tous les deux des chaînes de nos cœurs déjà conquis. Renoncer, abandonner, c’est là que mes désirs s’écrasent contre la réalité.

L’amour, cette merveilleuse machine à broyer la logique. Pas d’issue de secours ici. Ma décision est prise. Mon cœur, malgré tous les pièges de la raison, a tracé sa route. Et elle mène à James. Pas à Mati. Pas à une solution de facilité, un compromis. Un parcours fait de doutes, de risques, mais qui sera le nôtre, à James et moi. Et si tout doit s’effondrer, que ce soit par ma volonté et non par crainte des complications.

Son visage n’est plus qu’à quelques centimètres du mien. Il frôle ma peau du bout des doigts, un contact à la fois tendre et chargé de tension. Je me raccroche au tissu de ma robe et lutte pour calmer les battements affolés de mon cœur. Mais ce n’est pas de l’excitation qui pulse en moi. La sensation s’apparente à une brûlure de trahison. Le frisson interdit. James est juste là, à quelques mètres. Il m’attend. C’est lui que je veux.

— Mati… le suppliè-je doucement, tentant de garder une voix ferme malgré l’émotion. C’est ta colère qui t’aveugle et ta déception…

Un nœud m’étrangle, m’empêchant de finir ma phrase. Je le déloge en déglutissant avant de reprendre :

— Je… je comprends ce qui t’éprouve. J’ai traîné cette peine des semaines durant. Mais il est temps d’affronter nos vérités, de ne plus fuir. James, je… je...

Je m'arrête aussitôt, à deux doigts de dire à voix haute les mots fatidiques. Mais ce n’est pas Mati qui doit les entendre en premier. Je me ravise. Un silence s’installe, puis je me décide à poursuivre, espérant qu’il entende raison.

— James est…

Mais Mati m’interrompt, et sa voix, soudain plus forte, me prend de court.

— James ? Tu parles du type qui t’a largué sans explication, qui débarque dans ta vie comme si de rien n’était, la bouche en cœur ? Il t’a bousillé. T’as passé des semaines recroquevillée sur toi-même et là t’es prête à tout risquer à nouveau ? Qui te prouve qu’il ne va pas encore jouer avec toi et détaler, hein ?

La confiance ? Non, vraiment, merci pour le rappel. Son discours est dur. La douleur qui l’accompagne est flagrante. Mais derrière la rancœur, je lis surtout la peur, la peur de perdre encore une fois. Il n’attaque pas seulement par rancune. Il attaque par protection. Traduction : il me balance ses vérités à la figure pour me sauver d’un naufrage… ou peut-être juste pour ne pas sombrer seul.

— Je te propose une vraie solution, là. Je déconne pas, Victoria. Au diable Leslie ! Je cours derrière une chimère de toute façon… Toi, tu es une constante Vic. Tu es sincère, authentique, fidèle, sans artifices. Quelqu’un sur qui je peux compter, m’appuyer.

Une solution… c’est bien là que le bât blesse. D’ailleurs, pas sûre d’apprécier le « sans artifices ».

Mati me voit comme une direction à prendre pour s’éloigner de sa quête interminable d’elle, pas une destination. Moi, je suis la carte postale rassurante, la brise douce qui ramène à terre, l’idéal de stabilité face aux coups d’éclat. Un abri quoi. Tandis que Leslie est la bourrasque vive, la tornade qu’il poursuit avec une vivacité insatiable. Je suis le calme après la tempête, mais il rêve encore du vent furieux qui fait tout voler sur son passage. Bon sang, on ne rivalise pas avec une obsession. On la regarde consumer celui qui s’y brûle.

La distance entre nos deux silhouettes flirte avec une intimité dangereuse. Un sourire, à peine perceptible, empreint de désir maintenant assumé, se dessine sur ses lèvres.

— On ne va pas se mentir, tu me plais depuis le début. Toutes ces nuits où nos corps se sont exprimés à notre place, je ne les ai pas effacées.

La phrase s’inscrit dans l’espace entre nous, lourde de sous-entendus et d’un passé partagé que je ne peux ignorer. Je fixe sa bouche qui s’incline vers la mienne.

Mauvais timing. Mauvais contexte. Mauvais tout. Et pourtant… Moins de 48 h plus tôt, j’aurais succombé. Au feu de sa passion, à ce regard de braise, à cette attraction indéniable qui a toujours existé entre nous. Mon corps se souvient, frissonne, vacille un instant. Il suffirait que je me laisse faire, que je ferme les yeux. Que je retrouve l’ivresse familière de ses baisers, la chaleur de ses bras, la force rassurante de son étreinte.

Mais un malaise sourd se glisse dans l’instant.

Ses lèvres auront un goût d’erreur. Ses pupilles n’embrasent pas mon âme. Elles n’ont pas la profondeur de celles qui m’ont bouleversée. Son souffle effleure ma peau, doux, tentateur, et pourtant, il ne soulève rien qu’une brise tiède là où un autre déclenche des tempêtes.

Mati s’approche encore, son nez frôle le mien. Ses doigts se faufilent lentement le long du tissu de ma robe, se campent sur ma taille. L’air se charge d’un parfum électrique, suspendu entre passé et présent, entre ce qui aurait pu être et ce qui est déjà ancré en moi.

Un battement. Un doute. Un vertige.

C’est à ce moment précis que la porte du bureau s’ouvre doucement, où devrais-je dire dans un grincement presque sinistre comme un présage de ce qui est à venir.

James, l’homme à qui je m’apprête à me déclarer, se tient sur le seuil, paume toujours sur la poignée, figé dans une expression sautant de la surprise à la consternation. La scène qu’il découvre est presque irréelle : Mati de dos, son corps penché vers moi, ses mains arrimées à hanche, son visage à un souffle du mien. De son point de vue, il ne voit ni la confusion dans mes yeux ni le tumulte qui m’habite. Il ne perçoit que l’image brute de l’évidence : un homme sur le point de m’embrasser, et moi, pétrifiée, incapable de réagir, incapable de me défendre.

Un silence lourd et oppressant s’installe, alors que le regard tranchant de James se pose sur nous, plein de questions muettes et de désarroi. L’incompréhension cède rapidement la place à une tension électrisante. Mon cœur rate un battement, puis un autre.

Mon lion va rugir d’une seconde à l’autre.

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