CHAPITRE 46.2 * JAMES

15 minutes de lecture

J.L.C

♪♫ ♪♫

Toujours suspendu à l’arôme de son nectar, à la chaleur de son souffle, à la moiteur exquise de sa peau, je flotte un instant dans l’écho de notre fièvre. Le tumulte s’apaise puis, à regret, je me détache d’elle, relâchant enfin son corps vibrant.

L’urgence refait surface. Mes sens en feu, je lance des coups d’œil alentour, désireux de mettre la main sur quelque chose pour nettoyer les… traces de mon enthousiasme — avant que ce bureau ne décide de témoigner contre moi. Sauf que je tombe sur les dégâts collatéraux laissés par notre petite entreprise sauvage dans l’antre du grand boss. Avec ma veine, y’a sûrement une caméra planquée qui s’est régalée de chaque seconde, de mon triomphe à son abandon. Et si l’enregistrement existe, j’espère presque que Mati le découvrira. Qu’il mate, absorbe chaque détail, ravale sa rage et s’étouffe avec. Qu’il brûle en enfer en respirant nos ébats désormais incrustés dans les murs de son territoire. Parce qu’aucune parole ne frappera plus fort que ces images : Victoria est mienne. Fin de l’histoire.

Une jubilation intérieure m’envahit à l’idée d’avoir pris possession de cet espace, d’avoir fait l’amour à la femme de ma vie ici, au cœur de son bastion. Pour la seconde fois en moins de 48 heures… Qui dit mieux ? La soirée est loin d’être terminée…

— Bordel, vous êtes tombés dans un trou noir ou quoi ?

Leslie. Derrière la porte. J’avais presque oublié. Un rictus me chatouille les lèvres.

Ma Perséphone descend de son piédestal improvisé — et, bon sang, comme elle a été exceptionnelle, perchée là-dessus, offerte et impérieuse.

— Sérieux, toujours vivants ? Pas de malaise, de crampe, de défaillance hydraulique ? J’espère au moins que ça valait le coup, vu la durée du programme.

— Laisse-les tranquilles, Leslie.

Merde… je reconnais cette voix : la seconde copine s’est pointée.

— Mais… t’as raison, ajoute Nina. Ils sont sur le point de pulvériser le record. Vic, dis-nous si on doit aller se chercher du pop-corn ?

— Dieu du ciel… murmure la concernée.

Ses mouvements, à la fois précipités et gracieux, trahissent une légère nervosité alors qu’elle ajuste sa jolie robe, lissant le tissu sur ses courbes délicieuses.

Je saisis la boîte à mouchoir sur la table basse, en extirpe deux et la propose discrètement à ma partenaire. Puis, je me détourne pour effacer les preuves de notre liaison brûlante.

— Allez, la team « Séduction express », on se motive ! lance l’une des nanas derrière la porte, probablement Leslie, vu le ton moqueur.

— Deux secondes, les filles ! On… Je… Y’a pas le feu, non plus ! réplique ma petite dévergondée.

Des pouffements nous parviennent, suivis d’éclats de rire. Manqueraient plus que des applaudissements et je me transforme en tomate…

Les railleries fusent à travers le battant. Certaines me font marrer, d’autres, en revanche, un brin plus osées, me piquent la nuque et ravivent ma mémoire. C’est drôle comme je me sens à la fois exposé et étrangement flatté… je dois avoir un égo de fer, peut-être un peu rouillé, mais toujours assez solide pour encaisser.

— C’est plus un club, c’est un Love Hôtel maintenant, dit l’une.

— Faudrait dénicher à un panneau « occupé », argumente l’autre.

— Ou une pancarte « Salle des ébats » ou « Temple du vice ».

— Pourquoi pas : « QG des opérations charnelles » ?

— Nah, on a qu’à graver direct « Baisodrome » sur la porte, surtout quand Mati est en poste.

Putain de conclusion… Je me renfrogne. Jalousie quand tu me tiens… OK, j’ai gagné cette bataille : Vi me l’a affirmé, elle est à moi. Et même si elle vient de me montrer que je suis le seul qui compte, j’ai pas vraiment envie qu’on me rappelle l’historique de cet endroit, son propriétaire et ce qu’il y a fait avec ma copine.

Mon esprit revient à l’instant présent. Le club s’éveille. Je perçois nettement la toile sonore environnante : l’atmosphère festive, les rythmes groovy qui ont accompagné notre étreinte et pulsent à travers la pièce, les cliquetis des verres et des couverts, les raclements de chaises, les éclats de voix du personnel ou des clients qui envahissent les lieux.

Je me ressape en vitesse avant de me retourner vers celle qui accapare mes pensées. Agenouillée, Victoria tente de rassembler la paperasse éparpillée au pied du bureau. Tandis que j’observe la scène de biais, récupérant mon T-shirt abandonné au sol ainsi que son tanga, j’entends ma partenaire pester à voix basse. Le désordre est… significatif. C’est le bordel, mais c’est surtout le symbole d’une passion partagée.

Quand cette porte s’ouvrira, Vi va-t-elle rire de la situation ? S’embarrasser ? Ou bien garder son flegme légendaire ? Avec ses talents en gestion de crise, ma belle blonde va sûrement trouver une manière élégante de sauver nos fesses avec style. Enfin, je suppose… J’ai connu plus gênant, certes, mais là, je suis curieux de voir comment Victoria va nous sortir de ce guet-apens. Je ne suis pas en train de me dérober, c'est juste... me retrouver au milieu du tribunal des copines — surtout face à celle au verbe acéré — ça ressemble à un voyage en terrain miné. Je me sens déjà comme un hamster dans une roue, sauf que la roue, ce sont mes propres pensées, et les questions, mes pires ennemies.

D'un geste expéditif, j'enfile mon T-shirt avant de lui présenter son sous-vêtement avec un mélange de galanterie et d’amusement, comme un trophée récupéré dans le chaos. Puis, je me détourne pour traquer ma veste, lui offrant, par la même occasion, une fenêtre pour qu'elle se rhabille discrètement.

De l’autre côté du battant, les taquineries pleuvent, les sommations se traduisent en poings qui s'abattent sur le bois. Sans la moindre trêve, ignorantes du désordre toujours imprimé sur nos peaux, Nina et Leslie orchestrent une symphonie d'impatience avec la ferme intention de nous tirer de notre cachette. À les écouter, elles n’hésiteraient pas enfoncer la porte à coups d'épaules, héroïques et moqueuses, pour, soit sauver leur reine des griffes du barbare écossais, soit m'extirper des limbes d’une succube insatiable.

— Alors, Vic, t’as enfin récupéré ton souffle ou t’es encore en train de t’étouffer d'extase ? Et toi, James, pas trop essoré ? Elle t’a pompé tout ton jus ou t'es en PLS ? C’est une sacrée experte en épuisement masculin, tu sais !

Malgré moi, je m'esclaffe. Difficile de nier l’évidence. À chaque rencontre, je me jette à corps perdu dans le tourbillon qu'elle crée en moi. Vi est une ensorceleuse. Une déesse du chaos et du plaisir. Pour moi, et d'autres avant moi. Cette pensée me serre un peu les tripes.

Un coup d’œil vers la porte, un autre vers Victoria. Elle semble percevoir mon trouble et me ramène à elle.

— Ne fais pas attention. Elles disent n'importe quoi.

Ses prunelles accrochent les miennes, directes, sans esquive. L’ombre de la gêne les voile, mais son assurance tranquille me fait comprendre qu’elle mesure sa valeur. Les vannes de ses amies ne sont là que pour la taquiner.

— Elles adorent exagérer en plus. Je peux te promettre que tu es le seul à me mettre dans cet état, souffle-t-elle à demi-mot. Rien ni personne n’a cet effet sur moi.

Je sais ce qu’elle fait, alors, je lui renvoie son sourire. Elle cherche à calmer le jeu, à dissiper le fantôme d’une jalousie mal placée avant qu’il ne s’installe.

— Pas de deuxième round, hein ! Le chrono tourne, les amoureux !

— Troisième…, chuchote ma petite démone.

Un coup d’œil vers elle et mon cœur bondit. Putain, ce regard à couper le souffle me tuera !

— Oh ! et n’oubliez pas de laisser une caution pour le mobilier, reprend Leslie, d’un ton narquois. Ou envoyez-nous un faire-part si vous vous mariez direct dans ce bureau. Autant qu’on soit témoins de toutes les étapes !

Victoria ne leur répond toujours pas, mais lève les yeux au ciel en poursuivant sa tâche. Je lui file un coup de main. Repérant un cendrier massif que mes yeux découvrent pour la première fois, mais dont mes oreilles se souviennent pourtant, je me penche pour le ramasser.

Les meilleures amies n’en ratent pas une. J’aurais peut-être dû m’attendre à ce genre de comédie avec le duo infernal à l’affût derrière la porte.

— « Écosse-moi si tu peux », entends-je soudain. C’est un bon titre pour votre porno, non ?

Sacré imagination ! Victoria pouffe de rire, mais reste muette. Elle me fixe d’un regard mutin, ses iris pétillent d’amusement.

— « BaiseHard : le feu sous le kilt », annonce Leslie. Ce soir, en exclusivité, diffusion en direct depuis l’annexe du plaisir du Diamant Rose ! Avec option coulisses et making-of interactif… Whisky offert aux spectateurs, cornemuse en fond sonore, partouze possible selon affluence, port du kilt obligatoire !

Quoi ?! Ça va pas, non ! Pas de tournage, pas d’orgie et pas de… Victoria coupe court à ma réflexion en me volant un smack.

— Si seulement vous étiez aussi efficaces pour nous foutre la paix que pour balancer des conneries… réplique-t-elle en retour.

Elle se relève, dépose un classeur ramassé à la va-vite sur le bureau avant de se diriger vers son sac à dos.

— L’industrie du X manque de créativité, Les, tu devrais leur écrire des scénarios.

— Oh, la réalité est bien plus excitante que la fiction, rebondit la copine excentrique. D’ailleurs, j’avoue que vous m’avez un peu chauffée là. J’aurais préféré m’incruster dans la scène plutôt que de l’épier à travers la porte, mais, bon, ce n’est que partie remise ! De toute façon, deux femmes, c’est pas à la portée de tout le monde… même pour un grand guerrier comme ton Écossais !

Elle balance ça à voix haute, tranquille ? Non. Merci. Sans façon. Je me contente d’une seule. La meilleure. Les plans à trois, ça doit en faire bander des tonnes. Très peu pour moi. J’ai déjà trouvé mon ouragan personnel.

Je devrais riposter, mais, honnêtement, je crois ma chérie plus à même de gérer ses amies.

La joute verbale se poursuit entre ma belle et ses deux copines. Je fais mine d’être à l’aise. À la merci de leur verve railleuse, les filles derrière le battant sont en train de nous transformer en spécimens d’anthropologies et elles s’en donnent à cœur joie… Les voilà engagées dans un festival d’insinuations et de commentaires grivois qui me chauffent les oreilles. Malgré l’assurance de ma partenaire, je vois bien qu’elle vacille sous la mitraille. Elle finit par leur formuler son agacement sous la forme d’un « fermez-là » mi-pouffé, mi-ferme, accueilli par une profusion de ricanements et une nouvelle salve de boutades. Loin de les modérer, les reproches de ma louve attisent le plaisir taquin de Nina et Leslie à enfoncer le clou. Rien de méchant en vérité, juste la mécanique bien huilée de l’amitié et ses assauts bienveillants sur le ring des piques affectueuses. On dirait Isla et moi.

Je sais qu’elle est proche de Nina et Leslie, mais jusqu’où s’étend leur complicité ? Ma sœur est ma confidente à bien des niveaux, mais par sur le terrain glissant de l'intimité. Certes, on se charrie, mais jamais je n'irais lui lister les détails croustillants de mes parties de « baise ». Et hors de question que j’aie le moindre aperçu de ce qui se passe dans la chambre à coucher de ma jumelle et d'Antoine. Déjà que j’ai encore du mal à le regarder sans avoir des flashs indésirables… Bref.

À quel point partage-t-elle les coulisses de sa vie privée — disons carrément, de sa vie sexuelle avec ses meilleures amies ? Je n’ai pas eu d’histoire sérieuse depuis Amy — et je fuyais son cercle de sangsues comme la peste. M’exposer aux interrogations d’un groupe de nanas prêtes à me disséquer sous tous rapports, j’ai pas l’habitude. En temps normal, je laisse ces tracas derrière moi, et personne ne me demande de rendre des comptes. Mais la relation que j’envisage avec Vi… est différente. Ses copines vont me passer à la moulinette à coup sûr et je n’échapperai pas à la vague inquisitrice…

Est-ce qu’elles vont se faire des brunchs ou des tea parties pour décortiquer mes gestes, ausculter mes sourires, mesurer mes réactions au cordeau et peser mon comportement sur la balance de la sincérité ? Du romantisme ? De l’engagement ? L'ai-je suffisamment regardé dans les yeux ou je me suis trop égaré sur ses lèvres ou ses courbes ? Qu’est-ce que j’y peux si elle me donne envie de la dévorer à chaque seconde ? Putain, j’ai l’impression que je vais avoir un passe droit pour l’équivalent du baccalauréat de l'amour avec option « profondeur des sentiments ». Petit déjeuner au lit : un point. Bouquet de fleurs : deux points. Voyage à Milan : j’espère qu’il en vaudra au moins dix… Coup de poing dans le ventre de Mati : là, c’est compliqué. La violence, moins cinquante, clairement. En même temps, j’atomise le score de l’attachement, non ? Si j’avais été indifférent, je n'aurais pas réagi si vivement. Ça doit bien m’ajouter des crédits ?

Soudain, je sens un poids sur mon esprit. Une présence, un regard. Je relève les yeux et croise ceux de Victoria. Ses sourcils sont froncés, ses traits légèrement tendus.

— Ça va ?

Sa voix, douce, mais chargée d’une sollicitude palpable, m’atteint immédiatement.

Je me redresse, balayant les idées qui m’ont pris au piège. Je lui souris pour la rassurer, essayant de camoufler mes interrogations sous une façade cool.

— Ouais, t'inquiètes. Tu… tu as besoin d’aide ?

Assise sur le canapé, elle chausse ses escarpins, focalisée sur ses gestes.

— Merci, je vais m’en sortir, déclare-t-elle.

Je profite de l’instant pour enfiler ma veste.

Je ne peux m'empêcher de penser que j'ai vraiment raison de m'inquiéter. Leslie et Nina vont passer mon CV au peigne fin, trier mes défauts, échafauder un dossier complet sur mes antécédents, mon boulot, ma famille, et pourquoi pas, enchaîner sur mes finances et conclure sur mes prouesses sexuelles ? Y'en a plein qui font ça, élaborer des tableaux de chasse et attribuer des notes au pieu ! Vi, n'est pas du genre à comptabiliser. En théorie. Avec son côté méthodique, elle pourrait bien tenir un carnet secret, répertoriant mes performances dans chaque domaine. Mais non, pas de panique. Déjà, elle m'a un jour avoué qu'elle n'avait pas eu une pléiade d'amants... Par contre, si elle commence à établir des comparaisons, putain, je suis mort. Dans la catégorie dépravé-junkie-possessif, je coche toutes les cases. La médaille du type à éviter, je la rafle haut la main. Pourvu qu'elle m'examine sous le prisme de l'avenir et pas du passé. Merde... Si j'échoue tout en bas de son palmarès, le connard, lui, me cède au classement ! Fait chier !

Dos à moi, mon âme sœur se démène avec la fermeture de sa robe, les mains tremblantes.

— Laisse-moi faire, articulè-je d’un ton déterminé.

Par-dessus son épaule menue, elle me lance un regard furtif, mais d’une intensité effervescente. Sa bouche s’entrouvre puis se ravise, comme si une parole trop intime se noyait dans le silence.

Finalement, ses bras retombent et je prends place derrière elle. Mes doigts trouvent le curseur, ma paume, sa hanche. Concentré et un brin déçu de voir sa peau satinée disparaître sous le tissu, je m’applique à remonter la glissière avec délicatesse. Sa respiration se suspend imperceptiblement, puis se relâche une fois la tâche accomplie.

— On dirait que je suis aussi doué pour rhabiller que pour déshabiller, non ? plaisantè-je, pour détendre l’atmosphère.

Victoria laisse échapper un soupir, mêlé d’un rire nerveux. Malgré la tension résiduelle, notre complicité se réinstalle, douce et précieuse.

Profitant de cette proximité, je me presse contre son dos, couronne sa taille, réveillant des souvenirs encore bien vivaces dans mon esprit. Elle me fait toujours cet effet, cette faim incessante… Mes mains se faufilent jusqu’à son ventre, puis viennent enrober la rondeur de sa poitrine superbement sculptée par les broderies de la robe. Ses paumes se posent sur les miennes. J’embrasse tendrement son cou et chaque caresse de mes lèvres enflamme l’air entre nous. C’est sans compter sur les sorcières derrière la porte. Ou plutôt Madame Fouet à la ceinture et Madame Auréole d’ange.

— On vous apporte une couverture pour la sortie ou vous assumez en pleine lumière ? nous apostrophe Leslie.

— Vous avez fini votre numéro, ou je vous laisse quelques minutes pour peaufiner vos vannes ? répond ma chérie, amusée.

— Bah, faut bien tuer le temps en attendant que vous redescendiez sur Terre, non ?

— C’est pas comme si tu avais des choses plus urgentes à faire, lui signifie Nina.

Victoria pousse un long soupir.

— Le monde des Enfers réclame sa Reine, lui soufflè-je à l'oreille.

Ma muse pivote dans mes bras, puis, avec une tendresse infinie, encadre mon visage entre ses mains délicates. Nos lèvres se rejoignent. Un baiser empli de la profondeur de son affection, une réponse muette à la confiance aveugle que j’ai en elle.

— Tiens, on ouvre les paris ! enchaîne la brune. Vu que vous prévoyez de vous envoyer en l’air à chaque étage, on va miser sur le prochain spot. Le rooftop, c’est réglé, le bureau, validé. Restent les vestiaires au rez-de-chaussée, les toilettes… Perso, j’ai jamais testé la cave à vin, mais pourquoi pas ? Le problème, c’est que vous risquez d’y péter des bouteilles et ça va plaire à Mati.

Qu’est-ce que j’en ai à foutre de ce qui plait à ce type ! Je serre Victoria fort contre moi. Justement, l’idée de baptiser chaque recoin de son club m’effleure. D’ailleurs, rien que cette pièce, les options sont multiples. Debout contre l’armoire métallique, le vacarme que ça engendrerait me fait frissonner d’anticipation. Plus audacieux, contre la paroi vitrée, ses mains plaquées contre la surface froide, nos corps enchevêtrés en reflet, les fêtards en contrebas — loin d’imaginer que la danse à l’étage est d’une tout autre nature. Mon regard dérive vers le fauteuil de l’autre con et une vision s’imprime directement dans mon esprit : Victoria, mon poing enfoui dans ses cheveux soyeux, sa bouche experte sur mon membre palpitant de désir… Un sourire se dessine sur mes lèvres, mais je me ressaisis. Il faut que j’arrête de fantasmer tout le temps sur elle. De plus, pas besoin de traîner ici davantage. Franchement, je doute d’y remettre un jour les pieds !

Vi incline légèrement la tête sur le côté, m’offrant un accès privilégié à sa peau douce et sucrée que je m'empresse de mordiller. Son goût se dépose sur ma langue et j'en salive.

— Tu es magnifique dans cette robe, mo chridhe… Et tu vas tous les éblouir non seulement par ta beauté, mais par ton talent surtout. Tu es parfaite à mes yeux et tout le monde le verra.

Son corps se tend un instant, puis se libère sous l’effet de mes mots, comme si une pression secrète venait de se volatiliser.

— Merci, James.

Elle reste dans mes bras, la joue contre mon torse, silencieuse.

Loin d’être un simple compliment, cette déclaration vise à lui rappeler la force qui sommeille en elle, à lui insuffler le courage d’affronter la soirée, au cas où l’incertitude ou le stress la gagnerait. Je ne pense pas que ce sera le cas. Cette femme est une battante dans l’âme, une professionnelle aguerrie, prête à conquérir tous les défis et à dompter chaque épreuve. Je n’ai aucun doute : elle s’en sortira avec panache et brio, l’événement sera une réussite et elle en récoltera tous les lauriers. Par ses efforts, sa créativité, sa résilience, elle saura transformer chaque obstacle en opportunité. Au fond, je prie pour qu’elle consente à bâtir notre relation avec la même persévérance, la même sagacité, car seul, jamais je n’aurais le cran de porter ce rêve à bout de bras. Tout s’effritera comme un château de sable. Elle, ma force, ma constance, le socle de nos futures vies, le cœur battant de mes espérances. À condition, bien sûr, que je ne sabote pas tout, une fois de plus…

Lorsqu’elle se recule, je remarque quelques mèches blondes échappées de son chignon. Je remets de l’ordre dans ses cheveux, redresse sa couronne inclinée. Elle irradie d’une sensualité magnétique, irrésistible dans la lumière qui effleure sa peau et l’éclat de ses prunelles ambrées. Je suis tenté de la retenir ici, dans cette bulle suspendue, de ne pas la laisser s’en aller. Le monde dehors peut attendre. Non, il ne peut pas.

— Tu vois, ça n’a pas tenu, constate-t-elle faiblement, un brin chagrinée.

— Puisque c’est moi le responsable, autant dire que ça me va très bien, rétorquè-je, un clin d’œil malicieux en prime.

Victoria m’embrasse. Une fois, deux fois, trois, des baisers fugaces, légers, tels des papillons. Son sourire rayonnant, comblé, heureux me réchauffe comme mille soleils. Elle amorce un départ, se rétracte, revient vers moi et ses lèvres me ravissent. Même manège, sauf que, cette fois, je la plaque doucement contre mon torse, pose ma main au creux de ses reins. Ma bouche devient conquérante, ma langue déchaîne une intensité qui secoue mes entrailles. Elle se jette dans ma ferveur avec la même passion, ses bras autour de mon cou. Un dernier élan avant la séparation.

À contrecœur, je nous libère. Victoria déverrouille la porte. La musique et un courant frais nous happent. La tornade Leslie déboule en trombe, suivie de près par Nina. Eh merde… Elles me regardent déjà avec un air à la fois curieux, dubitatif et moqueur. Le calme et moi, on a bien dû se croiser un jour… mais aujourd’hui, le gong a sonné. Je vais morfler.

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