CHAPITRE 46.3 * JAMES

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J.L.C


♪♫… ♪♫




— Hallelujah ! raille Leslie d’une voix tonitruante, les bras levés comme si elle accueillait une révélation divine..


La grande prêtresse des commentaires explosifs fait une entrée triomphale. Ses talons fermes claquent sur le parquet, orchestrant sa progression vers le fond de la pièce. Sa queue de cheval fouette l’air au rythme de sa foulée martiale avec l’arrogance d’un métronome.


— La belle et la bête nous honorent enfin de leur présence ! James chéri, ne prends pas ça pour toi, on sait toutes que t’es plus prince que monstre… Quoiqu’à en juger par ce que j’ai entendu de l’extérieur, on peut se demander quel genre de bête sommeille en toi ! glousse-t-elle en m’adressant un clin d’œil.


Sourcil levé, je joue l’atteint, mais le rictus qui tord mes lèvres vend mon amusement. Espérons qu’elles me classent dans la catégorie des fauves charismatiques, pas des labradors en mal d’attention.


Un grincement métallique résonne lorsqu’elle force l’ouverture de l’armoire. Deux secondes plus tard, débordante d’enthousiasme, Leslie en extirpe quatre talkies qu’elle brandit comme un Graal technologique. J’ai rarement vu quelqu’un être aussi exalté par du matériel de communication. On dirait Moïse descendant du mont Sinaï avec les Tables de la Loi.


— Je les ai ! Wahou, Vic, si le look « je viens de me faire dévorer » était une tendance, tu serais en couverture de Vogue ! Super look post-coïtal, ma belle ! s’esclaffe-t-elle en détaillant Victoria de haut en bas.


Traduction : ma femme est magnifique. Devinez qui peut se targuer d’y être pour quelque chose ?


— Mouais, bof, souffle Nina. Disons qu’on est plus sur du « ouragan charnel catégorie 5 ».


Bras croisés, soupir outré, en digne tragédienne, la miss semble assister à un crime de lèse-majesté.


— Sérieusement, j’ai passé un temps fou à la maquiller, et là… Tout est parti en larmes…


Alerte rouge. Leslie pointe un doigt dans ma direction. Merveilleux.


— Je te préviens, t’as intérêt à l’avoir fait pleurer de plaisir et pas autre chose, sinon tu vas avoir des comptes à rendre, m’avertit-elle.


Autrement dit : être cuisiné jusqu’à l’os… L’ombre d’un sourire inquiétant ourle ses commissures. Un chat jouant avec une souris. Je suis la souris. Bon sang, Leslie ne s’embarrasse pas de subtilités : la menace est brute, franche et probablement dangereuse.


— Quest ce qu’il t’a fait Vic ? Parce que vu ta tête, soit c’était divin, soit il a merdé quelque part. Et vu comment il blanchit, j’ai ma petite idée…


Je suis censé justifier quoi exactement ? J’ai bien des arguments et des preuves en stock, mais désolé, y’a des limites à l’exhibitionnisme. Qu’est-ce que je disais déjà ? Ah oui, la vague inquisitrice s’apprête à s’écraser sur moi. Mieux vaut un plan d’évacuation. Oui, j’ai fait pleurer Victoria. Non, c’était pas l’orgasme. Oui, je suis un sombre con. Merci d’arrêter de remuer le couteau dans la plaie. Si quelqu’un veut creuser ma tombe, autant me passer la pelle tout de suite.


Avant que mes lèvres ne bougent, un pressentiment me saisit : je marche sur des charbons ardents. Chaque mot prononcé pourra être retenu contre moi. La moindre erreur, maladresse, geste mal calibré, parole égarée, et ces deux avocates de l’enfer me tombent dessus façon peloton d’exécution. Les regards de Nina et Leslie me transpercent, empreints d’une curiosité aiguisée et d’un jugement mordant, telles des hyènes prêtes à dévorer un gibier tout frais. Prudence absolue. Pas le choix. À peine ai-je le temps d’inspirer que Victoria m’intercepte, m'évitant de me fracasser tout seul. Son sourire effleure sa bouche, rassurant, tendre. Sa voix suit, douce et maîtrisée.


— C’est juste… un trop-plein d’émotions les filles, ça arrive. Rien qu’un peu de maquillage ne puisse effacer.


— Bon, si tu le dis, marmonne Nina, sceptique. Une touche de blush, du mascara et, hop, tu redeviens une icône glamour.


— Mouais, les émotions… Tout dépend du goût qu’elles laissent sur les lèvres… Nectar ou poison ? insinue Tornade en me fixant, œil torve et rictus carnassier.


Ah, génial. Un duo bien rodé : l’une procureure, l’autre, chef des opérations de camouflage. Quant à moi, je croupis sur le banc des inculpés. Je sens le traquenard à des kilomètres. Trop prompt à répondre ? Suspect. Trop lent ? Coupable. Option C : l’arme du silence et une expression énigmatique. Espérons que ça brouille les pistes.


— Oh, fais-moi confiance, c’était bien plus qu’agréable, assure ma jolie blonde, amusée. Tu veux vraiment qu’on débatte de mon degré de satisfaction ?


Bon, là, Vi me sauve carrément les miches… Je lui dois un verre. Ou un serment d’allégeance. Ou séance privée sous la couette. À elle de choisir.


— Vous voulez un compte-rendu croustillant, ou vous préférez me croire sur parole ? déclare ma fausse alliée.


Erreur de débutant. J’ai pensé trop vite…


— Version longue non censurée, s’il te plaît ! Comme d’habitude, s’exclame la brune, hilare.


— Tu nous connais, on ne prend que les éditions intégrales, prévient Nina.


Pivotant vers moi avec une lueur malicieuse, Leslie ajoute l’air de rien :


— Vic est du genre bavarde. Elle nous raconte toujours tout, tu sais. Chaque. Petit. Détail. Qu’il soit glorieux ou catastrophique.


J’aimerais bien répondre un truc bien senti comme : « Avec moi, jamais de débâcle, que des orgasmes. Sans-faute garanti ». Mais mon cerveau a grillé, là. On rembobine.


Pardon, quoi ? Vi vous raconte toujours tout ? Tout, vraiment tout ?! Les yeux de Leslie pétillent d’amusement alors qu’elle me scrute, savourant d’avance ma déroute. Mes neurones sont en plein dérapage. Elle bluffe. Quoique… cette confiance d’acier me fait douter. J’ai vu des joueurs de poker moins convaincants. Putain, elles sont synchros en plus. Nina hoche la tête comme si c’était une évidence.


Un frisson me parcourt l’échine. Elles déconneraient pas, quand même ? Leslie ricane, ravie de me voir déstabilisé.


À côté de moi, Victoria semble aussi impassible qu’une déesse de marbre. Son sourire en coin n’arrange rien à l’affaire. Acculé sous leurs regards conspirateurs, mon aplomb se liquéfie telle de la neige en été. Formidable. Ma partenaire me laisse mijoter à feu doux comme un stovie du dimanche. Je suis officiellement un rôti à cuisson lente.


Vi, sérieusement, c’est pas le moment de te transformer en énigme vivante. File-moi un indice, une grimace, un clignement de paupière, n’importe quoi.


Finalement, elle pivote et je capte les signes. Infimes, mais suffisants. Un battement de cils paresseux, un souffle amusé à peine audible, un frôlement furtif de nos doigts. Qui a dit que l’intuition masculine n’était pas en phase avec la finesse féminine ? OK, je l’admets. Elle a ce don de m’inciter à lire entre les lignes. Elle se redresse sans hâte, étire ses lèvres suaves, puis d’une voix mélodieuse, lâche :


— Détends-toi, James. Ce qui se passe entre nous reste entre nous… à moins que tu sois disposé à entendre un éloge épique sur tes performances, ton habilité, ton audace ?


Sous couvert de raillerie, j’entrevois surtout un petit teasing, de ceux qui font bouillir l’eau sous ma peau. Elle n’a pas idée du démon qu’elle réveille. C’est acté, Victoria vient d’être nommée présidente de mon fan-club. Je me charge du comité d’organisation sous les draps. Cette nuit, pour être plus précis.


Son regard brûle d’un éclat espiègle, et je pige immédiatement son manège. Je suis peut-être son rôti, mais c’est elle qui maîtrise le temps de cuisson. Je souris tant que mes zygomatiques en deviennent douloureux.


— Je botte en touche. Tu as ma confiance. Si tu comptes me mettre sur un piédestal, te gêne pas. Je sais que tu choisis toujours les bons mots.


En vrai, j’aurais été assez curieux de l’écouter vanter mes « talents ». Peut-être devrais-je me dégoter des lunettes de soleil pour cacher mon égo gonflé à bloc, mais je vais plutôt jouer la carte de l’humilité.


Mon attention se noie un instant dans son sourire. J’ai envie de la sentir contre moi. Mon bras s’immisce dans son dos, l’attire discrètement vers mon torse. En réponse, ses doigts effleurent mon ventre, une pression subtile, tendre avant que nos prunelles se connectent dans un échange silencieux, profond. Sa façon de me toucher défie toute comparaison, douce, enivrante, une sensation que personne d’autre ne m’a jamais procurée. Ma victoire scintille d’une beauté rare, éclatante, puissante. Une grâce qui me trouble chaque seconde. N’y résistant pas, je dépose un baiser sur sa tempe.


Leslie pousse un soupir exagéré, comme si elle assistait à la scène la plus clichée d’une comédie romantique trop sucrée. Pourtant, lorsque je la dévisage, à ma grande surprise, son regard porte une complicité tranquille. Je crois qu'elle sait.


— Tiens, beau gosse, donne ça au staff en bas. Vic et nous, on a… un projet à boucler, m’annonce-t-elle en faisant voltiger sa queue de cheval.


Sans me laisser l’occasion de protester, elle me fourre les talkies dans les mains.


— Oh ! Fais gaffe à ne pas croiser Monsieur Muscles. Il est d’humeur… massacrante.


Tu m’étonnes ! Deux revers dans les dents, et un uppercut dans le ventre.


— Je reconnais, c’est en partie ma faute. Mais toi aussi, mon vieux, t’as une part de responsabilité, il me semble…


— Qu’est-ce qu’il a dit ? intervient Victoria, son ton dévoilant un soupçon d’inquiétude.


— Juste que ton petit Écossais — enfin, il l’a traité de quoi déjà ? s’interroge-t-elle, sourcils froncés.


— D’enfoiré de première, précise Nina. Et d’abruti de mes couilles, également.


Franchement, rien de bien méchant, c’est soft.


— Ouais, voilà. Que Monsieur ici présent était sur le point de te sauter dessus. Du coup, on lui a demandé dans quel sens, et il a répliqué qu’on n’avait qu’à venir vérifier par nous-mêmes.


Victoria, rouge de confusion, ouvre des yeux ronds comme des soucoupes.


— Attends, t’étais derrière la porte depuis combien de temps ? s’étrangle ma petite démone.


— Alors, à mon avis, vu les grognements de ton homme, je dirais… quand t’étais occupée à lui offrir une « cure de bien-être buccale ». T’avais drôlement l’air d’apprécier, hein, James ? C’est fou les prodiges qu’on peut accomplir avec une bouche, non ? Qui aurait cru que ça pourrait être si… thérapeutique ?


Comment se faire exploser en plein vol, volume 1. Le respect de la vie privée, elle connait ? La prochaine fois, je vais poser des limites sur ce genre de conversations. Malgré tout, j’essaie tant bien que mal de réprimer mon amusement, mais à l’intérieur, je me marre comme un gosse pris en faute.


Et puis, une pensée me traverse… Vi maîtrise l’art de la « cure buccale » à la perfection. D’ailleurs, j’ai presque envie de le clamer tout haut, histoire de découvrir la réaction de Leslie. Un rapide coup d’œil vers ma chérie, rouge comme une pivoine, me convainc que je ferais mieux de m’abstenir. Un soufflet, ça ne me tente pas vraiment.


— Bon, allez, ramène ces talkies, toi ! me presse Tornade. Au fait, où est ta panoplie démoniaque ? Tes cornes ? Ta queue ? Enfin, pas celle-là ! Je sais parfaitement où elle était il y a cinq minutes ! me chambre-t-elle.


Victoria lui assène une tape sèche sur le bras.


— Aïeee ! Tu vas pas le nier, quand même ! s’indigne Madame J’ai-pas-ma-langue-dans-ma-poche, feignant l’offense. Vous venez de baiser comme des lapins !


— Ça suffit, Les ! T’as pas un pauvre bougre à aller fouetter ? lui rétorque ma reine des Enfers.


— Si, des tas ! s’extasie la concernée, des étoiles plein les yeux, comme si la perspective était la plus alléchante du monde.


Elle extirpe son jouet de sa ceinture, une lanière en cuir marron, qu’elle propose à Victoria.


— Je pourrais te le prêter si t’aimes ça, toi aussi. Ou lui…


Elle aussi ? Intéressant. Donc, Leslie aime… Putain, il y a vraiment des discussions qui devraient rester à l’abri des oreilles. Franchement, zéro envie de connaître les préférences sexuelles des copines de ma nana. En plus, j’esquisse à peine les secrets de ma chérie. Nos corps se sont apprivoisés, c’est vrai, mais tant d’expérimentations nous attendent encore…


Bon, ce n’est pas que cet échange m’ennuie, mais un coup d’œil distrait à ma montre, me révèle que le temps a filé : dix-neuf heures passées. Mon téléphone au chaud dans ma poche affiche deux appels manqués de ma sœur. Autant dire que mon départ imminent se profile, même si l’idée de quitter ma belle Perséphone me donne un arrière-goût de frustration.


Je m’approche d’elle, m’abîme dans la profondeur de ses sublimes iris dorés avant que ma voix ne s’éteigne dans un murmure.


— J’y vais, a gràidh.


Elle bascule la tête en arrière, me couve d’un sourire tendre et d’un regard qui me charpente l’âme. Pourquoi partir ? Après tout, qu’importe si je suis déguisé ou non ! Hélas, je laisse ma main glisser doucement sur sa mâchoire, ma bouche capture la sienne dans un baiser langoureux, savourant cet instant fugace où l’univers se concentre uniquement sur elle.


— À plus tard.


Son visage s’illumine. Du bout du pouce, je trace un adieu sur ses lèvres grappillant un dernier contact. À contrecœur, je m’arrache à elle, franchis le seuil du bureau. Mes yeux insoumis refusent pourtant d’oublier et retournent effleurer sa silhouette. La femme que j’aime trône au milieu de la pièce, baignée d’une aura aussi fascinante que mystérieuse. Mon cœur palpite un peu plus fort, une vague sourde fait trébucher mon souffle et une onde étrange, entre désir et regret, secoue mes entrailles. J’ai l’impression… non, il est grand temps d’expulser ces pensées sombres de mon esprit. Je reviendrai et elle m’attendra.

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