CHAPITRE 42.3 * VICTORIA

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V.R.S.de.SC

♪♫ ♪♫


C’est un homme épuisé, vidé de sa substance qui me fait face, le poids de ses pensées ancré dans ses traits. Il se livre sans détour, et malgré l’aridité de ses aveux, une vague d’empathie m’engloutit. Je m'approche de lui, ma main glisse sur son bras, s'arrime à sa nuque. D'un geste, je masse ses muscles, distillant une forme de tendresse que j'aimerais salutaire.


Car il faut que je sois honnête avec moi-même. Entre Mati et moi, les frontières de l’amitié se sont effilochées, notre connexion a sapé les limites que nous prétendions respecter. L’attraction que j’éprouve pour lui dépasse le physique. Elle est aussi émotionnelle. Un enchevêtrement de sentiments contenus que j’ai bridés pour les empêcher d’éclater au grand jour ou de se développer. L’idée d’aller au-delà n’a jamais été qu’un murmure étouffé sous des couches de raison.


En vérité, son cœur n’a jamais été vacant. Il est scellé ailleurs, rivé à une autre. Et n’importe qui : ma meilleure amie. Tant qu’il s’accroche à elle comme un homme qui refuse de lâcher une cause perdue, que son ombre danse encore dans le creux de ses silences, il n’a jamais été question pour moi de me glisser dans ce rôle. L’éternelle deuxième option, la présence qui meuble l’absence, le lot de consolation d’un mec qui panse ses blessures sur un corps qui n’est pas celui qu’il désire vraiment. M’impliquer davantage avec quelqu’un qui passe son temps à cherche l’être aimé dans chaque interstice du monde, très peu pour moi. Je ne suis pas une femme d’entre-deux, de demi-mesures et d’illusions consenties.


Et pourtant, après notre escapade de la semaine dernière, il y a eu un bouleversement discret, comme si une brèche s’était ouverte dans le tissu de ma propre certitude. C’était peut-être stupide, mais je me suis surprise à penser que tout serait plus simple avec un homme comme lui à mes côtés. Peut-être que je pourrais, après tout, tordre le destin sous la pression de mes désirs et le pouvoir de ma volonté. D’un geste, d’une décision, j’ai la capacité au fond de moi de saisir cette opportunité de bonheur à portée de main.


Mati et moi. Notre entente coule de source, notre dynamique est instinctive. Pas besoin de mode d’emploi. Aucune clé secrète à trouver, tout est là, sous nos yeux. Complicité, complémentarité, respect, admiration et cette petite étincelle de passion. Un feu discret, mais permanent, qui réchauffe, en quelque sorte. Tous les ingrédients d’une relation sincère et solide sont réunis. Avec Mati, pas de rebondissements imprévisibles, pas d’instabilité, ou seulement celle que je lui connais déjà : cette aura séductrice, cette soif de liberté vissé à la peau que Leslie a toujours perçu comme une menace.


Mais, au delà des apparences, Mati est d’une loyauté inébranlable. De ceux qui ne font rien à moitié. Quand il aime, c’est viscéral. Absolu. Comme avec Leslie. Il est prêt à sacrifier tout ce qu’il est pour devenir celui qu’elle pourrait aimer, à changer, à se réinventer, à briser ses habitudes, à effacer son passé pour mieux la conquérir. Et je l’admire d’autant plus que j’espère ardemment que James en fasse autant. Avec Mati, ce ne sont pas juste de vaines paroles ou des actions creuses, c’est une réalité que j’ai observée. Lui, il attend, avec patiente et obstination, qu’elle lui ouvre son coeur pour qu’il dépose le sien à ses pieds. Pour toujours. Je n’en doute pas.


Alors oui, l’idée m’a traversé l’esprit. Fugace, dangereuse. Et pourtant, bien là. Peut-être que ce qu’il m’offre pourrait suffire. Peut-être qu’une relation, bâtie sur notre authenticité, pourrait finir par m’ancrer à lui, et lui à moi. Moi aussi, je peux aimer intensément. Peut-être assez pour qu’il s’éloigne enfin d’elle. Je pourrais le revendiquer. Le faire mien. L’extraire à ce doute permanent, à ce fantôme qui l’obsède. Prétendre à un « nous », un vrai, un qui tiendrait la route.


Et le comble dans tout ça ? C’est James qui, par son absence, a déclenché ce chemin vers Mati. C’est lui qui a déchaîné ce tourbillon, brisé mes certitudes comme un vent furieux. Il a fissuré mes convictions, perturbé ma boussole de vie, entrouvert une porte que je m’acharnais à garder fermée. Rien de tel que de se faire secouer le cœur pour comprendre qu’on a du sable dans les yeux. Avec lui, j’ai voulu croire. Croire en nous, en l’inconnu, en cette fièvre qui me poussait à lâcher prise. Moi qui avais toujours cultivé le contrôle, j’ai failli sauter sans filet. Bon, je m’apprête à le faire à nouveau avec lui, mais… ça aurait pu être avec Mati.


James avait quitté l’équation, emporté par les vagues du silence et du doute. Il m’a laissée seule avec mes illusions, avec le goût amer d’un vertige avorté. Et dans ma chute, j’ai trouvé Mati. Une main tendue dans mon chaos, une ancre familière dans la tempête. Peu à peu, l’idée s’est propagée : si ce n’était pas James, peut-être que l’alternative c’était lui. À défaut d’avoir ce que je voulais, j’ai pensé prendre ce que j’avais.


L’ouragan James m’a détruite et, par réflexe, dans ma quête de stabilité, j’ai considéré Mati. Mais l’homme que j’aime m’est revenu, et mon amour pour lui n’est pas une projection, il est pur, tangilble, solidement enraciné dans mon coeur. Mati est un mirage, James une vérité. Un seul regard, un seul souffle, et tout est devenu clair : c’est lui. Il n’a jamais cessé d’être celui que je cherchais.


Et pourtant, une question me ronge. Une incohérence que je ne peux plus ignorer. Parce que, si moi, j’ai trouvé ma voie, Mati, lui, continue de tourner en rond. Il est temps que je le confronte à ses propres contradictions. Malheureusement, sa réponse n’est pas celle que j’attendais.


— C’est… c’était quand la dernière fois que vous avez… enfin, tu vois ?


Mati se fige sur place. Son dos, jusque-là courbé dans une posture lasse, se tend d’un coup. Un raidissement léger, à peine visible, mais présent.


— C’était…, souffle-t-il, hésitant, avant de se raviser.


Sa mâchoire se serre, sa paume glisse sur sa nuque. Un frisson, un geste machinal.


— C’était la semaine dernière, juste avant… notre nuit ensemble.

L’information met une éternité à percuter. Mon cerveau peine à raccorder les fils. Puis, le puzzle s’assemble d’un coup et le décalage entre ce que je pensais et ce que je découvre balaye mes certitudes comme un blizzard glacé. Je voulais parasiter James de ma tête, il fuyait Leslie. Deux naufragés d’un même océan, animés par la même urgence d’oublier.

Je me redresse, le corps lourd. Cette nuit était censée être ma bouée. Et non un putain de radeau surchargé qui prend l’eau de toutes parts. Pas un refuge partagé, pas une douleur en miroir, ni un chagrin en écho ou un endroit où la souffrance se duplique. Des fois, vaut mieux un psy qu’un gilet de sauvetage.

— Alors, toi aussi, tu… Et, toi et elle, vous…

Le murmure me brûle, faible, étranglé, emprisonné dans mes entrailles. Je n’arrive pas à parler. La vérité m’éclate en pleine figure, avec une brutalité qui m’arrache un soupir. Et dire que Leslie est au courant pour Mati et moi… Et James, il… Un doute m’assaille. James savait, mais comment ça se fait ?

Les questions se bousculent dans ma tête. C’est évident, ce qu’il s’est déroulé entre Mati et moi n’était rien d’autre qu’une évasion passagère pour échapper au froid du regret et à la désillusion de l’amour. Un acte qui, à bien des égards, semble dérisoire face à nos réalités respectives.

— Ouais, Vic. Je suppose que nous deux, on est juste des âmes blessées, à la dérive, cherchant un port d’attache… Même si c’est temporaire.

Le poids de ses mots fait écho en moi. Deux cœurs en fuite, deux solitudes qui se sont brièvement entremêlées pour combler un vide. J’ai utilisé son corps, son souffle, sa chaleur et il en a fait de même avec moi. On avait besoin l’un de l’autre. Mais moi, aujourd’hui, je suis enfin prête à me lancer. James m’attend. C’est de lui que j’ai réellement besoin.

Le lien entre Mati et Leslie persiste bel et bien. Tout se précise dans mon esprit, se découpe avec une netteté crue. Il n’était pas apte à me donner ce que je croyais à notre portée. Si j’avais laissé ma tristesse me guider, je serais tombée dans ce piège de la « remplaçante ». Je réalise que ce n’est pas moi qu’il cherchait à sauver, mais lui-même. Dois-je lui en vouloir ? Absolument pas. Au contraire, je suis soulagée. Après tout, dans le fond, ses actions ne sont que le reflet de mes propres failles, pas vrai ?

Je détourne les yeux, mais mes pensées me rattrapent, bousculent l’instant. Je n’ai rien à me reprocher, pas vraiment. Tout ça, c’était un enchevêtrement d’émotions humaines. Si c’était à refaire, je… Non. Si tout s’était joué dans une logique purement rationnelle, peut-être que je n’aurais pas succombé. Pas ce jour-là en tout cas. Mais dans cet état où je m’efforçais de me reconstruire, Mati était présent, prêt à me tendre une main qu’aucun autre n’aurait pu m’offrir.

Cinq fois. Lui et moi. Cinq collisions, éphémères et brûlantes, cinq plongées hors du réel, où, consumés par l’ivresse du moment, rendus à la fièvre et au vertige, nous avons cédé. Ces éclats de nuit déferlent, vifs, hachurés, s’échouent sur ma conscience.

Un premier acte de rébellion, d’exorcisme charnel, de renégociation avec ma propre peau, où chaque contact redessinait mes frontières. Un chaos choisi pour chasser Nicolas de mes veines à jamais.

Un écart nocturne, un faux pas sous l’effet de l’épuisement et de l’alcool après des heures ensemble à jongler avec des deadlines. Les détails s’esquissent en pointillé désormais, noyés sous la brume d’une bonne vieille bouteille de rhum.

Une catharsis à peine formulée, gravée dans l’opacité de son regard après un nouvel orage avec Leslie, juste avant qu’elle officialise sa relation avec son footballeur. Voilà le déclic de son impulsion à vouloir trouver en moi celle qui lui échappe.

Puis un élan sincère, dépouillé de stratégies, délesté du poids des pourquoi, hors du tumulte. Juste nous. Ou alors un magnifique mensonge qu’on s’est servi en guise de tranquillisant.

Je fronce les sourcils, un grain de sable vient gripper l’engrenage de ma mémoire. Ma bouche parle sans que je l’y autorise.

— Lorsque je suis revenue de La Réunion… Est-ce que… est-ce que Leslie était dans l’équation ? Est-ce à cause d’elle que tu… ?

Ma voix se perd, incertaine, comme si elle redoutait la vérité qu’elle convoque. Cette nuit-là, je n’avais pas cherché de raison, seulement le plaisir d’un corps familier, sans hésitations ni conséquences. Mais lui ?

Mati inspire profondément avant de verrouiller ses prunelles sur les miennes, sans ciller.

— Non, Vic. Rien d’autre que nous. Pas d’arrière-pensée, pas de foutu jeu d’échecs. C’était… réel.

Réel… ni calculs, ni fantômes. Au moins une fois. La plus authentique, sans mise en scène. Un miracle, dans cet univers où tout semble relever d’un scénario pré-écrit.

— Je regrette Victoria, je ne veux pas que tu penses que tu…

Je l’interromps, une main levée pour couper court à ses paroles.

— Rassure-toi, Mati, je ne te juge pas. J’essaie juste de… je ne sais pas. J’analyse toujours trop. Je… Donne-moi, une minute. J’ai besoin de....

Mes mots se dissolvent avant même de quitter mes lèvres, pris dans un tourbillon intérieur. Malgré tout, une vague de culpabilité m’étreint, me paralysant dans une zone floue entre remords et résignation. Mais pas que…

Mati retourne à son observation silencieuse de la salle, visiblement rongé par l’envie de parler. Mais pour quoi dire ? En attendant je ne sais trop quoi, je me replie un peu plus dans l’obscurité de mes pensées, mes paupières tombant comme un rideau lourd sur ma conscience.

Loyauté, désir, fierté blessée… un embouteillage de sentiments qui se cogne dans ma poitrine, dans un désordre frustrant. Bon sang, comment démêler ce sac de nœuds émotionnel ? Un vertige me saisit, un tiraillement muet entre la responsabilité et la conviction, entre devoir et volonté d’affirmation. Oui, on ne devrait pas franchir certaines lignes. Mais parfois, il faut le courage de s’écouter, d’assumer ce que l’on veut au lieu de s’effacer derrière des principes qui ne font que masquer nos propres contradictions. Et tant pis pour le tableau d’honneur des vertueux, je rendrai ma médaille plus tard.

Si j’ai couché avec Mati, c’est parce que j’en avais envie et je ne m’excuserai auprès de personne d’autre que lui. Et encore, dans ma quête de satisfaction et de réconfort, Mati a servi d’exutoire, mais l’évasion était consentie et la réciprocité établie désormais. Pas de victime ici. Nous sommes tous les quatre — aussi bien Mati et Leslie que James et moi — des adultes rationnels et avertis. Par conséquent, tous en capacité d’endosser nos choix et leurs répercussions.

Enfin, en théorie. Parce qu’en pratique, c’est plus facile à dire qu’à faire. Car, à l’instar de mes propres errements, je ne peux m’empêcher de m’interroger sur Leslie.

Merde… Je pensais qu’elle avait enterré ce chapitre, entamé le processus de guérison. Visiblement, le déni est un sport olympique où Leslie et moi rivalisons pour la médaille d’or. Certes, j’avais capté que son nouveau plan cul régulier faisait office de pansement, mais je croyais qu’il suffisait à la détourner des débris de sa relation avec Mati. Sander, ce footballeur qu’elle avait repoussé puis attiré à force de défis et de jeux de pouvoir, jusqu’à ce qu’il devienne sa victoire. C’était sa stratégie d’attaque, mais aussi de défense. Une parade complète. Elle allait jusqu’à le suivre lors de ses déplacements quand il partait disputer ses matchs avec le TFC, ou à s’affichait avec lui en public main dans la main, comme pour prouver à tous que leur histoire se cimentait.

L’apparente sérénité de ma meilleure amie, sa distance par rapport à tout ce passé avec Mati… J’aurais dû voir à travers ce rôle qu’elle se donnait, cette performance qu’elle répétait pour nous convaincre. Meilleure actrice dans le rôle d’une femme qui a tourné la page. Tellement elle.

Nina et moi, on avait pris ça pour un signe, un changement de cap. La liaison entre elle et Sander durait depuis cinq mois, mais ce n’était qu’une façade, et j’ai négligé les fissures invisibles. Bon sang, elle avait prétexté un problème de planning, de carrière, de kilomètres entre eux, avant de mettre fin à leur idylle juste après le transfert de Sander. Rien de tout ça en vérité. Non, c’était Mati. Comme toujours… Inévitable, indétrônable, le facteur X de toutes ses relations.

— Pendant qu’elle était avec Sander, vous deux, vous avez continué à…

— Oui, me coupe-t-il tout de suite.

Bon, très bien, je n’ai pas besoin d’en entendre plus.

La vérité se déploie, impitoyable et simple : rien à effacer, rien à expliquer. Il est trop tard pour le verbe, trop tard pour ces palpitations qui s’acharnent à réécrire l’histoire. Ce qui persiste, c’est ce que l’on décide d’en faire, la sagesse ou l’oubli. Ou la répression passive-agressive, mais il paraît que c’est toxique.

Peut-être que tout se résume à cette audace : accepter ce qui est, sans détour, sans illusion. Mati et Leslie s’aiment. À leur façon. Chaotique, tordue, épuisante. C’est la seule évidence à retenir. Leur dilemme réside dans un tempo dissonant, des pas en décalage, un rythme qui n’évolue pas. Mais c’est leur danse. J’ai joué la médiatrice un moment, essayant de concilier leurs attentes, de les aider à accorder leurs violons. J’ai fait de mon mieux. Et puis j’ai compris que certaines partitions sont vouées à sonner faux.

Puis j’ai pris mes distances, suivi le chemin inverse, choisi de m’abandonner à mes propres impulsions plutôt que de m’égarer dans le pseudo-code de l’amitié. À force de vouloir réparer les autres, on finit par se perdre soi-même. J’ai préféré garder quelques morceaux intacts. J’assume pleinement ce choix, sans me chercher d’excuses, sans détourner le regard.

Aujourd’hui, il est temps pour moi de me retirer de cette scène, sans savoir si j’ai interprété une tragédie ou une comédie. Ça m’est égal. J’ai une nouvelle pièce en vue et mon retour sur les planches est acté. Le rôle de ma vie m’attend peut-être.

Peu importe ce qu’il adviendra avec James, que notre histoire soit prédestinée à l’échec ou à l’éternité et, bien que j’ai envisagé l’hypothèse d’une chance avec Mati, cette issue est condamnée. Il restera mon meilleur ami. Point. Je n’essaierai plus de forcer le cours des choses, de façonner mon avenir ou d’influencer le leur.

L’heure est venue de tout mettre à plat, de démêler l’entrelacs des émotions, de clarifier une bonne fois pour toutes nos positions. D’abord avec ma confidente, puis avec Mati. Et comme si tout se resserrait, un doute me revient en mémoire.Une question qui me chiffonne depuis tout à l’heure. Commençons par là.

— Mati…

Le concerné relève la tête. Son regard est vif, son front marqué par des plis de réflexions. Lui aussi a cogité. Ma langue se délie.

— James. Est-ce que c’est toi qui lui as parlé de nous ?

Mati ne répond pas immédiatement. Top trois des réactions suspectes. Un, ses yeux fuient, cherchent une échappatoire, une gêne palpable envahit son visage. Deux, un silence lourd nous enveloppe. Trois, il se mord la lèvre inférieure, un geste incriminant en soi.

— Oui. C’est moi.

Eh merde…

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