CHAPITRE 46.1 * JAMES

8 minutes de lecture

ATTENTION PASSAGE ÉROTIQUE


BEAU DÉSORDRE


* *

*


J.L.C


♪♫ ♪♫




Son parfum, pur vertige olfactif, à la fois subtil et foudroyant, tendre et intense, rare et inimitable m’absorbe, me délivre. Je chavire, le visage enfoui au creux de son cou. Elle est mienne. Pas par possession. Par l’instant. Mon coeur cogne trop vite, secoué par un tambour qui ne m’obéit plus, hésitant entre la course et la chute, otage docile de son tempo. Elle l’entend, c’est sûr, ce vacarme dans ma poitrine. Impossible autrement.


Victoria me vide et me remplit. Je la veux encore. Toujours. Trop. Jamais assez.


Puis, lentement, le monde réel reprend ses droits. Ma peau, la sienne, l’ardeur qui se dissipe à peine, le murmure d’une extase rémanente. Mon sexe palpite en elle, doucement, telle une onde tardive. J’aimerais glacer le temps. La garder autour de moi. Juste une seconde ou un siècle. Nom de Dieu, une éternité.


Paume ouverte, je remonte mes doigts le long de ses vertèbres, une à une, comme un pèlerinage sacré, une caresse paresseuse et adoratrice. Ma belle se love un peu plus près, cherche ma chaleur. Elle aussi refuse la séparation. Ma bouche effleure le velours de son épaule, aveu discret d’un attachement trop tenace pour se délier d’un coup. Enfin, je me redresse, embrasse sa tempe. Son soupir, ô combien érotique, accueille ma revendication et je m’en délecte. Ma Victoria. Ma reine. Mon ange. Je n’arrive pas à me détacher. C’est dans ces moments-là, après la tempête, que je mesure combien elle est devenue essentielle, un souffle vital qui me manque dès que je m’en éloigne.


Peu à peu, je reprends pied, ma respiration se régule. Un picotement court dans mon dos, un reste de nous, mais pas seulement l’écho de notre étreinte ; quelque chose de plus vif embrase mon épiderme. Intrigué, je fronce les sourcils, remonte ma main sur mon omoplate, là où le feu couve. Un rictus fugace, empreint à la fois de surprise et de plaisir coupable, étire mes lèvres. Sous mes doigts, des égratignures, fines et enflammées. Elle s’est perdue en moi, et j’en porte la preuve à même la peau. La grande maîtresse du contrôle, hein ? Ses ongles crient tout l’inverse. J’adore quand son corps la trahit. Mon égo jubile.


Je m’écarte légèrement. Nos regards s’aimantent. Victoria cligne des yeux, hébétée, un brin gênée, et balbutie :


— Je suis... désolée.


Sa voix est un souffle incertain. Ses joues s’empourprent tandis qu’elle baisse les paupières, prise en faute.


Il existe mille manières d’être marqué. Certaines sont plus brutales, d’autres beaucoup plus exquises. Les siennes ? Des caresses signatures. Des griffures que je réclame sans réserve. Disons que c’est l’équivalent sexy d’une brûlure de soleil : ça pique mais ça rappelle que la chaleur en valait la peine.


Rassurante et possessive, ma paume coulisse le long de son bras. Hors de question qu’elle se sente coupable de son désir.


— Tu sais bien que ce n’est pas la première fois…et j'espère que ça ne sera pas la denière.


Elle tique, mordille sa lèvre inférieure.


— Tu ne m’entendras jamais m’en plaindre en tout cas, ajoutè-je d’un ton joueur.


Elle relève le menton. Une joie espiègle brille au fond de ses pupilles.


— Peut-être que… j’ai été un peu trop… expressive.


Sa confession, à peine audible, contient néanmoins un mélange de malice et de fausse modestie.


— Jamais de la vie.


Son joli minois me défie tout autant que le mouvement subtil de ses jambes qui se referment autour de mes cuisses, et la douce contraction de ses muscles intimes qui me garde toujours en elle.


— Tu insinues… que tu en redemandes ? minaude-t-elle encore.


La réponse n’est-elle pas évidente ?


— Disons que si tu veux recommencer…


Je ne termine pas ma phrase. Pas besoin. Son sourire parle pour elle.


Apparemment rassérénée par mon diagnostic, elle promène ses ongles sur mon épiderme avec un rictus coquin qui en dit long sur ses ambitions. Les arabesques chatouilleuses esquissées me font frissonner. Arrivée aux traces de griffures, elle les redéfinit avec la pulpe de son index comme pour les effacer tout en les gravant plus profondément.


De mes mains curieuses, je délimite son territoire, m’égare sur sa gorge, ses cuisses, ses seins, décris chaque courbe, ligne, frémissement avec ravissement et fierté. Sa peau est tiède, palpitante, offerte. Je la dévore du regard jusqu’à ce que ses iris ambrés me figent sur place. Ses cils papillonnent, sa lèvre inférieure subit l’assaut impatient de ses dents et une teinte carmin fleurit sur ses joues. Elle est exquise. Elle me foudroie puis m’achève d’un simple coup d’œil, languide, encore un peu brumeux, saturé d’une vulnérabilité invitante, insupportable de tentation.


Dans son état de grâce — où il ne tient qu’à moi de la repêcher ou de la faire sombrer davantage — ma Victoria rayonne d’une aura si charnelle, si aguichante que mon être tout entier se ranime et en redemande déjà. Une soif que rien ne peux étancher, peu importe combien je plonge dans l’abîme de son corps. Putain, c’est plus puissant qu’une dose.


Entre bien-être et prière, sa bouche ourlée de désir et de folie partagée se desserre et me cède un soupir diablement sexy. Nos respirations se confondent, nos lèvres se taquinent jusqu’à ce que ma ténébreuse séductrice vienne me provoquer d’un mordillement sucré de malice. Il ne m’en faut pas plus pour fondre sur elle en un baiser sensuel. Tout devient silencieux, à l’exception des battements de mon cœur, et des siens.


Tout à coup, je suis celui qui supplie. Son prénom s’échappe en murmure. Mes mots, parés de la beauté sauvage du gaélique, traduisent mon amour vers son coeur. Mes reins déjouent ma volonté, convoquent une faim implacable avant même que mon esprit ne trouve un semblant d’emprise.


Mon regard descend, longe la délicatesse de sa clavicule, dévale vers l’arrondi insolent de sa poitrine. Elle est trop sublime, trop irréellement accessible. La pression monte et mon sexe se fait acier. De l’index, je frôle son bourgeon érigé. Une provocation discrète. Une confirmation muette. Un spasme subtil traverse son vagin.


Et merde. Je vais la reprendre.


D’un geste primal, je m’empare de ses cuisses, les soulèvent à nouveau et les ancrent à mes hanches. Victoria se cramponne à mon cou, prête à suivre le mouvement. Le souffle court, son corps se courbe, se prépare. Putain… elle est tellement là, toute à moi. Ma main épouse le galbe admirable de son sein. J’adore ses seins. Mon petit ange se cambre, sa nuque bascule en arrière, et je la possède. Un va-et-vient brutal, sauvage. Telles des vagues déchaînées battant la terre, nos chairs s’abîment l’une dans l’autre. Mon esprit se vide. Juste la sensation. Et elle. Parfaite. D’ailleurs, je ne pense plus, je ressens. Un grondement animal remonte du fond de mes entrailles et inonde l’espace. Je perds tout contrôle, tout repère. Ses gémissements — longs, aigus, cassés — me frappent plus fort que mes coups de reins. Ça me fout en l’air.


Le bois du meuble proteste et grince, témoin de notre frénésie. Des trucs tombent, renversés par le chaos de nos corps. J’accélère. Elle crie, ondule, réclame. Sa passion brûle la mienne dans un duel d’avidité. Je serre les dents, je serre ses hanches. Non, j’ai envie de m’enfoncer dans son ventre. Pas. Assez. Plus. Fort. Merde…


— Vous avez fini là ? C’est bon ? Parce que de ce côté-ci, on entend tout.


Bordel ! Je sursaute lorsqu’une voix perçante rompt mon assaut. Putain de timing à la noix ! À croire que l’univers prend son pied à nous flinguer le nôtre.


Victoria se redresse d’un coup, échappe à mon étreinte. Ses yeux s’écarquillent de surprise. Elle jette un regard incrédule dans mon dos.


— Toc toc ? Qui est là ? piaille à nouveau la femme derrière la porte. Toujours en vie ou vous avez fusionné définitivement ?


— Leslie… ? souffle ma belle, un éclat de panique dans l’intonation.


Ses pommettes se teintent de plus belle. Rouges. Couleur de son désir, de son embarras, de l’instant brisé. L’ombre de la réalité s’abat sur nous.


— Bah oui, blondasse ! Laisse-moi deviner… mauvaise posture ? Allez, fin de récréation ! répond la copine, avec une pointe d’impatience teintée d’amusement. On m’a envoyée en mission récupération. Les talkies. Toi. Tout de suite. Habillée. À moins que tu sois… trop indisposée ?


Bon sang, non. C’est pas possible. J’ai besoin de finir, de la faire mienne. Le monde peut cogner, crier, crever. Il n’y a qu’elle, qu’elle, qu’elle.


Victoria secoue la tête. Un feu vacille dans sa gorge, entre complainte et protestation. Son regard affolé croise le mien avant qu’elle ne se tourne vers la porte, la voix étranglée.


— Deux minutes, Les… j’arrive.


— Deux minutes, mon cul ! Ça fait une demi-heure que vous transformez cette pièce en film X !


Victoria lâche un souffle agité, ferme les paupières une seconde, illusion fragile d’un contrôle qui lui file entre les doigts. J’ose même pas remuer. Enfin, si un peu. Peine perdue. Pour tous les deux. Elle me veut. Son envie piétine toute hésitation. Ses ongles s’enfoncent dans mes joues, sa bouche s’écrase contre la mienne, exigeante et incendiaire.


— Bouge, je t’en supplie… murmure-t-elle.


Ses désirs sont des ordres. La promesse reprend là où elle s’était brisée. Paumes plaquées sous ses fesses, mon bassin s’acharne à effacer l’interruption. Ses yeux brillent d’une lueur folle, elle me saisit par la nuque, avale mes râles. Son baiser a le goût de l’interdit, du manque, de la frustration. On suffoque tous les deux.


Lèvres pincées, elle s’arque en arrière, une main tendue pour l’équilibre, l’autre vers la voie de l’extase. La vision signe mon arrêt de mort. Son abandon, une sentence sans appel. Ma cadence explose, frénétique, forgée par l’urgence de la posséder jusqu’à l’oubli. En trois coups de boutoir, tout s’embrase : je me déverse en elle, muscles bandés, neurones totalement en faillite, asphyxiés de plaisir. Mais ma démone n’a pas joui. Intolérable. Elle m’appartient.


Dépouillé mais décidé, je la relâche à contrecœur, encore vibrant d’ondes résiduelles. Avant qu’elle ne proteste et m’empêche de l’honorer, je me précipite entre ses cuisses, enfoui mon visage en elle. Ma langue glisse sur son sanctuaire, captant chaque spasme naissant. Un petit cri étouffé fend l’air, ses doigts se nouent à mes mèches, me rivent avec force à son désir.


Ses jambes enlacent mes épaules, son corps est un tourbillon qui m’aspire. J’offre tout, sans retenue, jusqu’à la dernière parcelle de moi-même. Le miel de sa fièvre inonde mes sens et je deviens tout à elle, perdu dans cette frénésie silencieuse. Son orgasme éclate en vagues, mon nom accroché à ses soupirs, fragile pourtant absolu.


Lentement, je me relève, quitte les ombres de son plaisir, mais pas de sa peau. Ma bouche sème des braises sur l’intérieur de sa cuisse, légères, taquines, douceurs trompeuses après l’orage. Sensible, elle tressaille, son ventre se contracte à chaque effleurement. Quand enfin elle se rassoit, à peine ai-je le temps d’esquisser un sourire qu’elle me corrompt d’un baiser délirant. Remerciement ? Châtiment ? Les deux ? Je m’en fous, j’aime ça.


Elle est pure violence, une marée sans clémence, un cataclysme envoûtant. Féroce. Magnifique. Le putain de pied de ma vie. Nos saveurs fusionnent, ses ongles me griffent, ses dents m’entaillent, et mon propre feu répond en un râle puissant.


— Shhh… souffle-t-elle contre mes lèvres, mi-moqueuse, mi-haletante.


Trop tard. J’ai grogné. Et j’emmerde le monde entier.

Annotations

Vous aimez lire D D.MELO ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0