CHAPITRE 35.3 * JAMES
J.L.C
♪♫ … ♪♫
Je termine mon inspection avec un sourire en coin, fusion de malice et d’admiration sincère.
— Verdict ? demande-t-elle.
— C’est simple, tu mets tout le monde hors compétition. Avec ou sans vêtements…
Je pourrais essayer d’être plus raffiné, mais à quoi bon ?
Victoria roule des yeux. Attisée par ma remarque, elle s’approche encore de moi, une once d’humour dans ses prunelles, puis se penche, son souffle chaud caressant mon oreille.
— Je sais que tu préfères quand je suis nue…
Pourquoi diable me dire ça maintenant ? À voix haute ! C’est de la triche. Comme si mon esprit n’était pas déjà en surchauffe… Des types se sont écroulés pour moins que ça en plus. Moi, je tiens bon. Enfin… à peine. Un frisson court sous ma peau, instinctif, primal. Cette fois, elle ira jusqu’au bout de sa provocation.
— J’avoue que t’imaginer dans le plus simple appareil ne me déplaît pas non plus, ajoute-t-elle en effleurant la commissure de mes lèvres.
Je souris comme un couillon. Quand nos corps ne font plus qu’un, nulle sensation physique n’égale cette intensité vivifiante.
— Mais, la plupart du temps, tu me verras habillée, James. L’humanité a instauré des règles. On ne se balade pas tout nu.
Son regard s’ancre dans le mien, abyssal, facetté de malice et de promesses tacites. Tout se dissout. Plus de bruit, plus de monde. Seulement elle. Son sourire affûté, ce défi murmuré à même mon âme.
Mes neurones grillent instantanément. Je tente de répondre, mais mes pensées s’effilochent.
— Ouais, bien sûr… Les vêtements, c’est… euh… pratique, ça maintient un peu de mystère… bégayè-je.
Bravo, mec. Formulation digne d’un lauréat du prix Nobel. Dans quelques secondes, je vais me mettre à baver…
Pour essayer de renouer avec le contrôle, je me racle la gorge et déglutis. Franchement, si elle passait son temps à poil, mon cerveau reptilien prendrait les commandes à tous les coups. Et putain, des coups, il en pleuvrait. De toutes sortes. De délicieux coups de reins contre ses délicieuses courbes divines… Retour à l’âge de pierre garanti. Des coups de poing en supplément… Parce que la moindre paire d’yeux braquée sur elle appellerait des représailles. Je finirai par me transformer en Cerbère de boîte de nuit. Tous devraient comprendre que mon trésor, moi seul le garde. Mon instinct possessif, aussi implacable qu’injustifié, ne me laisserait pas tranquille, m’ordonnerait d’éduquer les inconscients à coups de phalanges brisées.
— Quoique, là-dessous, la taquinè-je en remontant ma main de sa cuisse vers sa fesse, il n’y plus beaucoup de mystère…
Discrètement, elle glisse ses ongles sous mon T-shirt et égratigne mes abdos en faisant la moue.
— Oh… Si je ne suis plus un mystère pour toi, je suppose qu’il ne reste plus grand-chose à découvrir. Quel dommage !
Elle feint la déception. Moi, l’indifférence. Spoiler : on est tous les deux en train de mentir.
— Tant pis pour toi, James. Je comptais t’amuser un peu, mais, visiblement, t’es plus du genre à forcer le coffre qu’à chercher la clé.
Cinq minutes que je fanfaronne et me voilà K.O. en une phrase. Un éclat de rire m’échappe. Je cale ses jambes par-dessus les miennes et ma belle se blottit contre moi. Une chaleur instantanée s’étend entre nous. La sensation d’avoir celle que je désire dans mes bras me submerge comme une marée montante. Je m’incline vers sa jolie frimousse, relève son menton du bout des doigts pour ancrer nos regards. Mon souffle s’accélère.
— C’est un ultimatum, mo chridhe ?
Entre défi et instinct, mes mots flottent. Elle mord sa lèvre avec une sensualité quasi intolérable. Sa paume coulisse lentement de mon ventre à mon cou.
— T’as bien raison sur un point… plus je me montre, plus je te contrôle.
Cette affirmation indéniable débusque mon sourire.
— Je sais, Vi. Et j’adore ça…
Ma main plonge dans ses cheveux, les tire délicatement en arrière pour exposer sa gorge à ma soif concupiscente. Ma bouche fond sur sa peau offerte, savoure la douceur exquise, s’imprègne de son parfum sucré et de son goût aussi. Un mélange capiteux de miel et de fleurs, relevé d’une pointe saline et l’écho persistant du fruit défendu.
Sous mes caresses, son corps se tend, ses ongles s’accrochent à mes avant-bras, tracent des sillons brûlants. J’oriente mon appétit vers sa clavicule, déverse des baisers langoureux jusqu’au lobe de son oreille. Elle gémit faiblement et s’agrippe avec fermeté à mon T-shirt.
— Peu importe ce que tu portes, tu me plairas toujours, annoncè-je, ma voix luisant d’une tendresse vibrante.
D’accord, peut-être que « excitant » et « pyjama licorne en pilou » ne font pas bon ménage. J’aimerais croire que j’ai des seuils de tolérance, pourtant, avec elle, pas le moins du monde. Nuisette, sweat XXL ou culotte de grand-mère, c’est du pareil au même. Qu’elle soit habillée pour séduire ou pour hiberner, elle réussirait à me mettre à genoux, et pas pour prier.
Je me force à m’écarter de la tentation, juste assez pour pouvoir l’admirer sans retenue. Sa gaieté m’accueille et ses doigts traquent ma barbe.
— Ah, oui ? murmure-t-elle en se glissant davantage contre moi. Il n’y a pas une tenue que tu trouverais, disons, plus stimulante ?
Elle n’est jamais aussi ensorcelante que quand elle cherche à tester mes limites, à me faire fondre, à éveiller en moi cette folie insensée qui m’incite à franchir les frontières de la raison.
— Tu te souviens la fois où tu as enfilé mon T-shirt l’été dernier ? J’ai adoré. Je rêve de te voir dans une de mes chemises, sans rien en dessous.
— Facile à faire, réplique-t-elle, toujours aguicheuse. Autre chose ?
À dire vrai…
— Enveloppée dans un tartan.
Même planquée derrière ses lunettes, je remarque l’ombre d’un sourcil curieux, témoignant de sa surprise.
— Tu en a un avec toi ?
Le parfum de ses cheveux m’aspire dans un tourbillon fugace alors que mon menton se niche sur son épaule.
— Non, et maintenant que tu m’as mis l’idée en tête, je le regrette amèrement.
— Tu sais ce qu’il te reste à faire…
Super, encore une mission à ma charge. Colis express ? Vol de nuit ? La kidnapper et filer direct à Ridgebroch ? Non, mieux, en tisser un de mes propres mains, ici, tout de suite.
Un jour, elle me demandera la lune, et j’irai la décrocher, sans poser de questions.
Nos visages s’attirent, se scrutent, tandis que nos doigts vagabondent, câlinent, cartographient le corps de l’autre avec un mélange d’audace et d’hésitation. En toute innocence, bien entendu. N’oublions pas qu’on se trouve dans un lieu public, sous l’œil avide d’un groupe de jeunes dont le regard s’agrippe à nous depuis un moment.
— Et sinon, un fantasme, peut-être ? chuchote-t-elle.
Les avouables ou ceux qui nécessitent un accord de non-divulgation ? Si on ouvre la boîte de Pandore, on risque de ne plus pouvoir la refermer.
— Des tas… mais rien qui exige une tenue spéciale.
Ses yeux pétillent, mais ses lèvres n’esquissent rien d’autre qu’un sourire.
Ses petits kimonos en satin dont elle se parait l’été dernier sur des dessous épurés en coton ? J’en ai raffolé. Tout comme j’ai adoré la découvrir en combinaison de surf, dans sa robe de flamenco, avec son joli body pailleté, cette étoffe fine et aérienne qui n’a pas fait long feu sur elle. Mes dents s’en sont chargées…
— Ta peau seule suffit à enflammer mes instincts, Vi. En revanche… si toi, tu affectionnes ce genre de… frivolités, ne te prive surtout pas pour moi.
Tout ça pour dire que je suis à sa merci.
— Pas tellement en vrai. J’étais simplement… curieuse, voilà tout. Mais… je prends note de ton suffrage, déclare-t-elle avant de me voler un baiser espiègle.
J’accepte mon sort. Sa sentence risque fort d’être fatale, mais quel doux trépas... Si, sur l’échiquier du plaisir, Victoria et moi avons trouvé le bon rythme, elle n’est jamais à court de surprises, à l’instar de l’effeuillage sacrément érotique offert cette nuit. Quels scénarios indécents pourraient fleurir dans sa jolie tête ? Meneuse de revues lui irait à merveille. Tout de cuir harnachée, elle ferait se damner les saints. Mieux vaut taire la vision qu’à réveiller en moi le trench-coat aperçu sur sa patère hier, et les circonstances dans lesquelles je rêverais le voir porté, ni celle du foulard en soie qui trônait dans le tiroir de sa table de chevet et avec lequel j’ai eu une irrépressible envie de m’amuser.
J’aimerais lui dire que j’ai un faible pour les petits détails sensuels, ceux qui en disent long sans trop en faire, qui suggèrent au lieu d’exposer : une épaule dénudée, une fente ingénieuse dévoilant la courbe d’une jambe, un dos nu échancré, une nuque qu’un chignon délaisse. Quant aux looks, j’apprécie ceux qui se devinent en filigrane, la simplicité et la spontanéité, les promesses plutôt que les aveux. Pas fan des déguisements, des uniformes fantaisistes et autres artifices destinés à un rôle.
Je remonte ses lunettes sur le sommet de son crâne, capturant son regard, pour me noyer à nouveau dans l’embrasement de ses prunelles automnales. Les secondes égrainent des images d’elles, toutes plus ravissantes les unes les autres. Mon esprit déraille…
Je confesse sans détour l’avoir fantasmée dans une veste de smoking sophistiquée portée à même la peau, un gros pull cosy sur des bas noirs sulfureux, un ensemble sportif minimaliste. Je n’ai rien non plus contre les accessoires discrets, un porte-jarretelles dissimulé sous une robe affriolante, l’éclat d’un bijou niché dans le sillon de sa poitrine, de hautes chaussettes mi-cuisse à l’innocence faussement sage… Mais l’excitation réside davantage dans l’inattendu, qu’il émane de mon imagination errante ou, mieux encore, de ses propres désirs vagabonds.
— Si tu as quelque chose en tête, tu as carte blanche, murmurè-je. Je n’ai pas peur des surprises. J’entrerai dans la danse avec enthousiasme, quels que soient les pas.
Enfin… à quelques exceptions près, mais comment lui dire ? Si elle m’embrigade dans un show façon Magic Mike, pourquoi pas. L’adrénaline des lieux interdits ? Volontiers. Des jeux de domination ? Possible. Sauf les pratiques dégradantes. Asservir, dicter, ligoter ou fouetter, pas ma tasse de thé. Des privations sensorielles ? Poignets liés, paupières occultées, sur elle ou sur moi, de quoi susciter la sensualité et pimenter nos rapports, ça se tente. Par contre, et là, j’oppose un veto absolu, laisser délibérément un autre homme partager notre lit, plutôt m’étrangler avec mes propres draps ! Et je ne l’insulterai pas en suggérant une tierce femme.
Les interludes à plusieurs, l’échangisme, les orgies… avec Victoria, c’est impensable, indigeste, écœurant. Rien que d’y songer, mon estomac se retourne. Plus jamais je ne me rabaisserai à nouveau à ce genre de dérives. Amy m’y a initié, j’y ai consenti, et je mentirais en affirmant ne pas y avoir pris de plaisir. Mais j’en ai surtout souffert. Oui, la chair peut s’égarer sans jamais toucher l’âme. Oui, l’instinct et les sentiments ne dansent pas toujours sur le même parquet. Le corps peut jouir en solitaire, le cœur, lui, réclame l’exclusivité.
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