Prologue
— Mais qu'est-ce qu'elle fabrique ?
La voix de Joshua résonne, tranchante, dans l’air chargé d’électricité statique du dernier étage. La pièce, plongée dans une pénombre nerveuse, est un sanctuaire d’écrans lumineux. Trois informaticiens tapotent frénétiquement sur leurs claviers. Aucune réaction à cette interruption brusque, comme si les mots de Joshua n’étaient que des échos lointains.
Isolé dans un coin obscur, Joshua, l’unique agent de surveillance, se tient légèrement avachi dans son fauteuil tournant. Le reflet bleuté des écrans danse sur son visage fatigué, creusant les ombres sous ses yeux. Le silence est ponctué par le cliquetis sec et hypnotique des touches, une mélodie monotone qui enveloppe l'équipe de la bibliothèque lyonnaise de la Part-Dieu.
Les yeux de Joshua restent rivés sur son moniteur. L’écran affiche l’image granuleuse d’une jeune femme, une silhouette fluette égarée entre les rayons. Une trentaine d’années, des gestes presque mécaniques... pourtant, il y a ce quelque chose d’étrange dans son comportement, un soupçon d’incongruité qui accroche son attention.
Mais la lumière du dehors commence à faiblir, et avec elle, sa patience.
— Vivement le week-end ! Quelqu’un veut m’accompagner au pub ?
Un sourire las étire ses lèvres alors qu’il se redresse, cherchant un soupçon de camaraderie parmi ses collègues. André, un homme au crâne dégarni, ne lève qu’un instant les yeux.
— Ah, j’irais bien, Josh, mais ma femme m’attend. Tu sais, c’est le rituel du vendredi soir, avec l'arrivée de bébé, dit-il avec une touche de fierté voilée.
— Pas grave, pour une fois, je vais y aller seul histoire d’attirer de jolies femmes. Ce n’est pas ce qui manque, dit Joshua en hochant la tête avec exagération. Juste une chose : une jeune demoiselle s’amuse à déposer des marque-pages dans les livres de la bibliothèque. Je me demande bien qui c'est.
Il pivote sur son siège, allumant un sourire narquois. André arque un sourcil, intrigué.
— Ah bon ? Elle est encore là ? Fais voir !
Un éclat illumine son visage. Il s’adosse, visiblement amusé.
— Moi, je me rappelle très bien. Elle est venue une fois me demander conseil, persuadée que le réseau était infecté par un virus. Tout ça parce qu’elle voulait utiliser les postes de travail en libre-service, dit-il, le ton chargé d’un amusement moqueur. Toujours avec son chignon rebelle sur la tête. La niaise, c'est Tina, je crois. Et elle vient tous les jours.
Les traits de Joshua s’étirent dans une expression sournoise, comme un prédateur prêt à bondir.
— Dans ce cas, on te tient, Tina !
Ses collègues, basculant la tête en arrière laissent alors échapper un rire unanime.
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