Raphaël
Ah, les hommes ! Sérieusement, pour être cons, on bat tous les records ! L'avantage, en vieillissant, c'est que j'accepte mon état d'ignorant, pas des plus futés. Mais il y avait une personne qui était encore dans sa jeunesse, beau, baraqué et bien membré, avec une endurance olympienne au lit : Raphaël. Oui, je suis jaloux de ce Raphaël, il est parfait en tout point, et je suis sûr qu'il n'a pas mal au dos !
Camille, Elodie et Mathilde étaient devenues les meilleures amies du monde, avec une passion pour les soirées entre copines. Et un jour où les trois inséparables avaient décidé d'organiser une soirée, j'ai reçu un message de l'homme parfait :
- Raphaël : Magic ?
- Moi : En commandeur ?
- Raphaël : OK.
- Moi : OK.
Le dernier "OK" n'était pas nécessaire et rallongeait inutilement la conversation avec Raphaël, mais j'étais d'humeur bavarde. Une soirée organisée aux petits oignons. J'allais encore me prendre une dérouillée par le jeune, mais j'avais commencé à accepter qu'il était parfait en tout ce qu'il faisait.
Il arriva vers les vingt heures avec sa boîte de cartes et le regard penaud. Magic, tu parles ! Oui, il voulait une séance de psy gratuite, on ne me la faisait pas à moi.
— Oula, pas la grande forme ! Tu as seulement levé cinq cents kilos au lieu des sept cents habituels à la salle de sport ?
— Ça, c'était l'échauffement. Je peux te poser une question ?
— Le genre de question où il faut de la bière ?
— Plus fort.
— N'en dis pas plus.
Je sortis une bouteille de whisky imbuvable qu'on m'avait offerte, à presque cinquante degrés. J'en servis deux verres de taille non raisonnable et on s'assit à table.
— Dis-moi tout, au moins je ne me prendrai pas une branlée à Magic.
— J'ai l'impression de faire mal les choses, de ne pas être à la hauteur, de ne pas être aussi bien que toi avec Camille. Que je vais tout faire planter avec Elodie ou je ne sais quoi.
Il marmonnait à moitié en buvant à petites gorgées son verre.
— Ah oui, je vois. Le fameux "je ne fais rien de bien".
— Oui, pour toi tout semble si parfait et simple.
— Oula, détrompe-toi, loin de là.
— T'es avec Camille, vous avez une maison, vous vous entendez super bien, à chaque fois qu'on vient c'est des super soirées. Et moi j'ai l'impression d'être loin d'être au niveau.
— Je vais dire une phrase de vieux, mais t'es jeune, normal que tout soit différent. On a quand même dix ans d'écart. À ton âge, j'aurais rêvé d'être toi : beau gosse, baraqué, et tu es avec Elodie. À ton âge, j'étais un geek, seul, qui passait son temps à jouer à l'ordinateur et aux jeux de rôle. Et des fois Camille passait, pour faire l'amour pendant des sessions interminables de deux minutes.
Je bus une grande gorgée de ce whisky décidément imbuvable.
— Avec Camille, tout n'a pas été rose tout plein. On s'est engueulés plus que de raison, on s'est réconciliés sur le plan de travail encore plus de fois. On a pris le temps de se connaître, de vivre ensemble, de se découvrir. Mais ce n'était pas facile et simple, surtout pour moi. Camille gagne trois ou quatre fois mon salaire, elle a dans ses contacts le ministre des Finances, elle bosse comme une dingue et moi je me suis retrouvé avec elle, pauvre petit ingénieur informatique qui a trop la flemme et la trouille de se barrer de son boulot chiant. Alors, question peur de ne pas être à la hauteur, je t'avoue que j'ai une certaine connaissance dans le domaine.
— Je savais pas pour le boulot de Camille.
— Elle aime garder cette partie pour elle, son travail c'est son univers.
— Comment t'as fait ?
— J'ai arrêté de me poser trois mille questions.
Il me regarda avec un air de merlan frit. En vrai, j'aurais eu la même tête à son âge si on m'avait dit la même chose.
— T'es bien avec Elodie?
— Carrément.
— Je veux dire, en dehors de te taper une milf ?
— Comment ça ?
— Le cul, c'est top, mais je veux dire à côté, t'es bien avec elle ?
— Oui, juste la différence d'âge qui, des fois, me fait poser des questions.
— T'es bien avec elle, alors on s'en fout de l'âge. Ta situation de soumis avec elle te convient ?
— Elle est top en domina, c'est juste que des fois je...
Il marqua une longue pause.
— Oui, je crois voir ce que tu veux dire. Faut profiter de la vie et de l'instant.
— Tout à fait. Des questions, t'en auras toujours. Je suis le premier à me demander tous les jours en voyant Camille : "Bordel, elle fout quoi avec un geek comme moi alors qu'elle pourrait être dans un penthouse géant à Paris avec des connards guindés ?" Mais pourquoi se poser la question si la réponse c'est qu'elle aime juste bien être avec un geek pervers ?
Je bus une toute petite gorgée de liquide immonde avant de reprendre.
- Alors, quelle est la question à la con que tu te poses tous les jours en voyant Elodie?
Il finit son verre d'une traite, un sourire aux lèvres.
— Pourquoi elle reste avec un gamin qui ne fait que dire "oui maîtresse" et qui n'est pas capable de jouir en elle ? Un jeune paumé qui ne sait pas ce qu'il veut, quoi faire, où aller. Et si j'étais juste un passe-temps pour elle, pour combler ses envies de cul ?
— Et à ton avis ?
— Elle m'envoie des messages tout le temps, on va au ciné, au resto, elle me parle de l'avenir, de sa société, elle me parle de prendre des parts quand j'aurais mon diplôme. Et j'ai même quelques tiroirs à moi chez elle et ma borsse à dents
— La brosse à dents, ça veut tout dire ! Tu vois, des questions qui ont déjà des réponses.
— Merci.
- Maintenant que t'es sûrement bourré avec la quantité de whisky que tu viens de t'envoyer en deux deux, je te mets une branlée à Magic ?
- Tu peux essayer l'ancien.
— Je jouais à Magic que tu savais pas dire "areu areu".
— La défaite n'en sera que plus cuisante !
Je l'aimais bien ce Raphaël. Derrière son aspect monsieur parfait, il avait un bon fond et il me mis deux branlées de suite à Magic sans sourciller.
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