Nuit 1

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Katerina

Je n’avais plus ressenti ça depuis des mois, ce petit frisson qui anticipe le plaisir – plus depuis le Simnia, plus depuis Adeliya. Pochtimat’ me dirait que je fais une belle connerie. Elle me le dira bien assez tôt.

Le bras de la fille se resserre autour du mien, nous approchons de ma chambre. Enfin, celle de Gummygun, pour être précise. Bariolée, à l’image du personnage, avec son immense lit rond aux draps striés, comme l’un de ces bonbons rouge et blanc que je m’enfilais, petite, ses mobiles de sucettes, son lustre en soucoupe, son ensemble table et chaises aux allures de réglisses, les murs flanqués de distributeurs en tout genre, sans oublier l’alliée de mes plus exquises gâteries, j’ai nommé la fontaine à chocolats.

— Encore heureux, j’ai pas de diabète ! rit-elle en entrant.

Elle n’a pas sa langue dans sa poche, ça tombe bien, j’ai besoin de légèreté ce soir.

— Comment tu t’appelles, ma belle ?

— Non. Pas cet abus de langage avec lequel tu les flattes toutes. Je ne suis pas belle, ok ? T’as qu’à être inventive.

Je fonds. Encore une qui n’a pas conscience de ses charmes. Toute la belle assurance qu’elle a dégainé pour m’interroger à table : envolée ! Maintenant, elle sue des paumes et son regard m’évite.

— Détends-toi, j’veux te faire passer une bonne soirée.

Elle s’assoit sur le lit, sa main agrippe le drap. J’adore son vernis pétant et cette ribambelle de bracelets colorés. Je ne manque pas de le lui faire savoir en glissant mes doigts sous les siens.

— Ah, ça ? C’est moi qui les fabrique. Si ça te plaît, je pourrai t’en faire un…

Je craque. Pourquoi ? Parce qu’elle n’a rien d’une cliente. Même les plus ingénues, elles ne me parlent jamais comme si on risquait de se revoir pour siroter un boba en terrasse.

— J’aime bien ces perles avec des lettres. Tu en as ?

Sa seule réponse, un sourire fuyant, m’assène le coup de grâce. Je suis en miettes : un bonbec concassé. J’ai reçu des centaines de personnes dans cette piaule et je ne sais même pas par où commencer.

— Bon, Loupette, si tu me disais ce qui te ferait envie. Je suis à ton service.

— C’est à cause de mes lunettes ?

Comme si ça lui faisait honte, elle les retire et les dépose sur le guéridon, là où j’ai laissé son livre.

— T’y es pas. C’était pour ta loupe d’enquêtrice. T’étais bien là pour jouer les détectives ?

— C’est vrai. Et toi, tu ne m’as pas dit la vérité.

Comment l’a-t-elle deviné ? J’étais sûre d’être aussi crédible que quand je simule.

— Ça t’en bouche un coin ? Quand tu m’as répondu, tu as machinalement serré le poing pour dissimuler ton vernis. C’est donc bien elle qui te l’a fait ?

On ne peut rien lui cacher. J’espère que je n’aurais pas à faire semblant, je m’en voudrais de la décevoir.

— Je te donnerai toutes les infos que tu veux. Après ma prestation.

Sa main se dérobe à la mienne, se joint à l’autre entre ses cuisses. J’ai été naïve. Elle voulait juste me coincer.

— Je ne suis pas sûre de… Je n’ai encore jamais… donc je ne peux pas te dire ce qui me fait envie.

Ce ne serait pas la première vierge qui s’en remet à mon expérience mais, je ne sais pas, elle, je ne peux pas juste lui expliquer, ni l’ouvrir en douceur aux plaisirs de sa chair. J’ai comme l’idée qu’elle se vexerait, si je me contentais de l’effleurer. C’est une énigme pour moi.

Une énigme, comme elle les aime. Alors, pourquoi pas lui donner une enquête ?

— Et si je te montrais ce que moi j’aime ? Tu pourrais deviner ce qui me plaît le plus. Ou même mettre le doigt sur ce que tu veux, toi.

Elle accepte, dans un hochement de tête trop ferme pour sa mine toute timide. Je suis trop contente, trop chanceuse. C’en est presque flippant.

Je déboutonne mon chemisier, retire mes bas et mes chaussures. Pas trop vite, on a le temps. J’y mets la tendresse irrésistible d’une guimauve, quand je guide sa main dans mon décolleté, lui fais caresser ma cicatrice, pincer là où ça m’excite. Au moment où je pose sur sa joue l’un de mes baisers sucrés, elle ne tremble presque plus. Elle me pétrit à m’en faire gonfler de joie, par-dessous mon soutif, et fait pile ce que je n’osais pas : elle m’embrasse. Avec autant d’appétit que si j’étais une sucette. Tellement qu’elle pourrait bien avaler tout le sucre de mes lèvres. Elle se pourlèche en s’éloignant et se moque un peu de moi.

— Wow. Même le gloss ? Tu pousses loin ton délire.

— Et t’as donné ton livre préféré pour délirer avec moi.

Elle me sourit. Franchement cette fois, sans détourner les yeux. Son silence me supplie d’embrayer, alors je lui sers la suite. Je glisse ses doigts sous mes jupons, le long de mes cuisses ; les presse contre ma chatte, en attendant qu’ils s’y coulent tous seuls. Je lui montre chaque point, chaque recoin d’où je vibre, chaque mouvement qui me retourne, chaque moyen de me frustrer. Je mouille tellement que je fais les mêmes bruits qu’une gelée anglaise. Ça l’amuse.

Les vêtements tombent plus vite que des emballages de friandises. Nos corps se serrent, s’engluent. Je ne veux pas la lâcher. Ma peau contre la sienne a la blancheur de la vanille.

— Je veux que tu me lèches.

Elle ne précise pas, alors je lape comme une demeurée tous les endroits où je n’ai jamais promené ma langue. Elle rit plus qu’elle ne jouit et, bizarrement, ça me va. J’aime son rire haché, presque étouffé. J’aime les cercles que tracent ses ongles dans mes cheveux. J’aime la chaleur dont elle m’emmitoufle.

Et je crois que je l’aime, un peu trop vite, un peu trop fort. Que faire ?

La suivre, partout où sa main me mène. Maintenant, il y a tant de choses qu’elle veut, tant de choses qu’elle demande ou qu’elle souhaite essayer. Elle veut me goûter sous tous les angles, dans toutes les poses, certaines des plus impensables, même pour moi. Où est-ce qu’elle pêche ces idées ? Cette fille, elle pétille sous les papilles comme une première fois.

Avec elle, je n’ai pas à simuler.

Avec elle, mes désirs ne sont pas laissés aux vestiaires.

Avec elle, la nuit est à peine tombée que l’aube se lève déjà.

Si je la laisse filer…

— Tasha, murmure-t-elle, à bout de souffle, dans le creux de mon oreille. Et toi ?

— Mon vrai nom, c’est Katerina.

Je déglutis. Trop vite, trop fort, et je m’étouffe avec ma salive. Tasha me tape direct dans le dos.

— Eh, je sais que je suis à couper le souffle, mais me claque pas entre les doigts.

Mais quelle débile ! Plus je ris, moins je respire. Quand l’air revient, il a le froid du Kamtchatka, un arrière-goût d’adieu. Elle remet ses lunettes. Enfin, j’ose lui demander :

— Ça te dirait de venir chez moi ?

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