28 - Chloé : j’attends un enfant
Ce matin, à ma reprise du travail après trois semaines de vacances, je me suis levée, j’étais submergée par un tourbillon d’émotions contradictoires. Le retard de mes règles avoisinait maintenant presque quatre semaines. Il avait déclenché une vague d'incertitude qui me tourmentait sans répit, chaque minute rendant l’attente plus insupportable.
A midi, je n’avais rien pu avaler. Aucun des plats proposés au restaurant administratif ne m’avait tentée. Le dégoût pour des aliments que j’adorais, comme les fraises dans le présentoir, accentuait mon malaise.
Quand Jules est rentré à l’appartement, après sa journée de travail, il m’a surprise à renifler le flacon de parfum qu’il m’avait offert pour la Saint-Valentin. Je n’ai pas pu m’empêcher de froncer les sourcils, refermant précipitamment le bouchon du flacon posé sur la table basse, à côté de moi.
— Tu sais, ce parfum que tu m'as offert pour la Saint-Valentin... je ne sais pas pourquoi, mais il a une odeur étrange ces derniers jours.
Jules s'approcha, saisissant le flacon, dévissant le bouchon et le reniflant à son tour.
— Vraiment ? Je ne vois rien d'anormal.
Et il le rapprocha de mon visage. Je secouai la tête, sentant une légère nausée m'envahir. Presque une odeur d'égout. Je ne pouvais pas lui dire cela aussi brutalement, mais je me retins de vomir.
— Peut-être que c'est juste moi... Peut-être que je suis en train de devenir folle ?
Jules posa délicatement le flacon sur la table et prit mes mains dans les siennes.
— Tu ne deviens pas folle, Chloé. Tu traverses une période difficile, mais je suis là, on affrontera ça ensemble.
Comprenant que de son côté, il ne ressentait rien de similaire à moi, je préférais me blottir dans ses bras réconfortants pour lui cacher mon visage mais, même dans cette étreinte chaleureuse, l'incertitude persistait et je ne pus garder cela pour moi.
— Jules, quelque chose d'étrange se produit en moi ces derniers temps.
— Étrange comment, Chloé ?
— C'est difficile à expliquer, mais j'ai cette étrange sensation qu’il se passe quelque chose en moi, comme si notre enfant prenait vie.
Jules, perplexe, me regarda avec attention.
— Notre enfant ? Mais Chloé, tu sais bien que ce n’est pas possible, non ?
— Je sais bien que je ne peux être enceinte, c'est ce qui est si déroutant. Je sais que cela peut sembler fou, mais c'est ce que je ressens au plus profond de moi.
Jules, intrigué, fronça les sourcils.
— Que veux-tu dire, Chloé ?
— Je ne sais pas exactement... mais j'ai l'impression que notre enfant est... en route. Je suis sûre que l’embryon a pris vie !
Le visage de Jules se remplit de surprise et d'incrédulité.
— Attends, tu veux dire que...
— Oui, c'est comme si j'avais un sixième sens qui me permettait de ressentir notre enfant, même s'il se trouve dans le ventre d'une autre femme … que l’on ne connaît pas encore.
Jules resta silencieux un instant, essayant de comprendre.
— C'est... incroyable. Mais aussi troublant. Comment est-ce possible ?
— Je n'en ai aucune idée. Mais je ressens cette connexion, cette pulsation de vie, comme si notre enfant nous unissait déjà, même à distance.
Cet échange me permit de prendre conscience de ce que mon corps s’escrimait à me dire sans succès : Notre enfant est en vie. Il faut que la docteure Toutenu nous le confirme au plus vite.
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