30 - Gabin : rencontre du 3ème type

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Dans les limbes, alors qu’Elaya et moi explorions cet espace étrange, un grand fakir tout enturbanné apparut sur un tapis volant.

Elaya, curieuse comme toujours, se tourna vers lui.

— Qui es-tu, toi, et c'est qui ta maman ?

Virevoltant joyeusement, le fakir répondit avec un grand sourire.

— Moi, je suis Théo et ma mère, Pardi ! c’est la même que la tienne : Léa !

Elaya resta figée, déconcertée. Sa maman, Léa, si douce, si aimante, qui lui chantait des chansons… Et Théo ? Ils partageaient la même mère ? Elle fronça les sourcils.

— Mais… Comment ça, la même ? Tu veux dire qu’on est frère et sœur ?

Théo, hocha la tête, son expression devenant plus sérieuse.

— Oui, on a la même maman… Mais tu sais, elle s’occupe surtout de moi. Je suis né bien avant toi. J’ai plus d’un an maintenant, et elle passe tout son temps à veiller sur moi… et toi, bien sûr. Mais après ta naissance, ce sera différent.

Elaya fronça les sourcils, cherchant à comprendre.

— Différent, comment ?

Théo soupira légèrement, conscient que ses mots allaient peut-être la blesser.

— Léa ne pourra pas être là pour toi comme elle l’est pour moi. J’ai besoin d’elle tout le temps.

Elaya, troublée, se tourna vers moi :

— Mais…tu m’avais dit qu’on sortait des limbes le jour J, à la naissance. Comment se fait-il que Théo y soit encore un an après ?

Je lançai un regard interrogatif à Théo qui répondit sans détour :

— Sur Terre, je ne suis pas aussi fringuant. À la naissance, j’ai eu des problèmes. Et puis, je me suis rendu compte que j’étais encore dans les limbes, pas véritablement sur Terre. Est-ce la perte de mes facultés motrices qui a fait que mon esprit est resté coincé ici ?

Elaya comprit ce que Théo essayait pudiquement de dire. Son cœur se serra légèrement.

— Tu veux dire… que tu es en situation de handicap, et qu’elle ne pourra pas s’occuper de nous deux dans ces conditions ?

Théo soupira doucement, conscient de la dureté de ses paroles.

— Elle t'aime, Elaya, tu peux en être sûre. Mais après ta naissance… elle ne sera pas là pour toi comme elle l'est pour moi. C’est compliqué. Léa doit se consacrer à moi tout le temps. Mais tu auras quelqu’un d’autre. Tu verras.

Elaya se sentit déstabilisée. Elle avait toujours cru que sa mère la protégerait, qu’elle serait toujours là pour la guider. Cette révélation lui donnait l’impression de tomber dans un gouffre.

— Mais pourquoi ? Pourquoi elle ne m’élèverait pas ? Je… je l’aime tellement, murmura-t-elle, les yeux embués. Qu’ai-je fait de mal ?

Théo tenta de la rassurer à l’aide d’un sourire.

— Ce n’est pas toi, Elaya. C’est juste que… Léa a fait un choix. Moi, j’ai besoin de beaucoup d’attention, et elle doit être là pour moi.

Pendant ce temps, moi qui avais écouté en silence, je pris la parole avec un ton plus léger, presque désinvolte.

— Et sur moi, tu as un scoop ? Fakir ?

— Nos deux mères, Léa et Olivia, se voient souvent, répondit Théo. Elles nous emmènent dans leur centre, ta sœur Gaby et moi. C’est comme ça que j’ai commencé à comprendre certaines choses…

Elaya et moi, intrigués, le regardâmes avec des yeux ronds.

— Des choses ? Quelles choses ? demandais-je, mes inquiétudes remontant à la surface.

Théo se redressa légèrement, prenant un ton plus grave, mais restant direct, comme un enfant qui ne mâche pas ses mots.

— J’ai perçu des signes d’alerte, Gabin, poursuivit-il en me regardant droit dans les yeux. Des trucs qui clochent chez ta mère. En fait, Olivia n'est pas plus attachée à Gaby qu'à toi.

— Eh bien, ça ne me dérange pas vraiment si ma mère ne veut pas de moi. Franchement, je ne la supporte plus, de là où je suis. Je n’ai plus de place, je me sens vraiment à l’étroit ! Je vais être bien content quand je sortirai de son ventre, loin d’elle.

Théo me sourit, philosophe.

— Finalement, je ne sais pas qui de nous trois a la situation la plus enviable ?

— Je haussai les épaules, ne réalisant pas totalement la gravité de ce que cela signifiait pour chacun d’entre nous.

— Bah, je suis sûr que tout ira bien pour toi, Elaya. Tu as toutes tes capacités et une mère qui t’aime ! dis-je pour la rassurer.

Mais Elaya ne savait plus quoi penser. Malgré l’atmosphère des limbes, jusque-là douce et rassurante, elle sentait pour la première fois un poids sur ses épaules.

Théo, voyant la tristesse dans les yeux d’Elaya, tenta de conclure sur une note plus positive.

— Ensemble, on s’en sortira.

Elaya esquissa un petit sourire en voyant l’enthousiasme de ses deux amis. Les limbes avaient encore cette étrange capacité à rendre tout possible, même au milieu des doutes… Tant qu’ils resteraient réunis.

Malgré tout, elle savait qu’elle devrait être forte pour affronter ce qui l’attendait.

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