31 - Léa : une grossesse à trois

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Ce n’était pas ma première grossesse, mais cette fois, c’était un bonheur partagé à trois. Cette petite vie qui grandissait en moi, tant attendue par ses futurs parents, était une source de joie immense. Pour la mère d’intention, devenir maman sans ressentir ces frémissements dans son ventre n’avait certainement pas été simple.

Aujourd’hui, la consultation avec la docteure Toutenu marquait une étape importante : la première rencontre visuelle et auditive avec notre enfant, à travers l’échographie du cinquième mois. Notre enfant car il est aussi un peu le mien puisque je le porte.

Je suis seule dans la salle d’attente. J’aime bien arriver en avance pour bénéficier de l’effet de surprise.

Il paraît qu’on innove, comme me l’a dit la Dre Toutenu il y a six mois. On est entré dans le XXIe siècle, et rien ne sera jamais plus comme avant… Mais, en réalité, on avance dans le brouillard. C’est à nous de fixer les règles. Mais, comme toujours, tout dépend des personnes.

Quand le couple entra dans la salle, je ressentis un énorme soulagement.

Son nom me revint immédiatement : Chloé. Je me souvenais comme si c’était hier de notre première et dernière rencontre. Elle était alors tellement triste dans cette même salle. Au début, elle semblait aussi coincée que les autres, mais après mon altercation avec la dame si bien nommée « Lheureux », elle était intervenue en ma faveur et lui avait bien rivé son clou, à cette « belle ».

Son homme, par contre, était beaucoup plus réservé et je ne l’aurais pas reconnu s’il ne m’avait assailli dès son entrée d’un flot de questions-réponses.

— C’est bien vous ? m’apostropha directement Jules apparemment très physionomiste. Euh… Lara ou Léa ? Cela fait combien de temps déjà ? Du coup, six mois puisqu’on a commencé le traitement un mois après la première consultation. Vous aviez un nourrisson … un peu … euh ! Et vous êtes à nouveau enceinte ?

Sans me laisser le temps de réagir, Chloé attrapa son mari par le poignet et l’entraîna hors de la salle d’attente. « Tu es vraiment incroyable ! Attend un moment ici s’il te plaît » lui assena-t-elle. Et elle revint vers moi le regard voilé.

— Quelle émotion de vous rencontrer enfin, me dit-elle en larmes. Dès que je vous ai aperçue, j’ai su que c’était vous ! Cela me fait chaud au cœur de savoir que vous avez été choisie pour porter notre enfant, et avec un regard en direction de la porte, « Excusez Jules, il met plus de temps à ressentir les choses… qu’à les dire. »

— C’est une grande fierté pour moi aussi de pouvoir vous aider à réaliser votre rêve, lui confiais-je en lui prenant les mains. Moi aussi, j’ai su dès que vous êtes entrée…

— Viens, s’exclama Chloé à l’attention de Jules. Léa va changer notre vie. C’est bien elle qui porte notre enfant !

— Jules, quel plaisir de vous revoir enfin ! lui dis-je quand il entra hébété. Cela me fait chaud au cœur de partager ce moment avec vous.

Et sans ajouter un mot qui aurait été superflu, on se leva spontanément sans vraiment le décider, et on se serra fort tous les trois.

Ne formant plus qu’un, je ressentais à l’intérieur de mon ventre les pulsations de vie de notre enfant et j’ai bien conscience qu’il en était de même pour Chloé. À cette différence près, que pour elle, c’était la première fois.

Quand la Dre Toutenu nous surprit dans cette étreinte, je vis bien que derrière son masque chirurgical, elle aussi était émue. Pour la forme, Chloé lui reprocha plus tard de ne pas lui avoir révélé mon nom avant cette échographie. Que craignait-elle ? Que l’embryon ne « prenne pas » ? Que nous soyons trop complices et nous montrions ensemble ? Tout cela est à présent oublié, gommé comme les souffrances de l’accouchement dès que l’enfant pousse son premier cri.

Elle lui en voulait néanmoins de ne pas lui avoir fait entendre le bruit du cœur au 3ème mois. Sophie se justifia par mon état instable du premier trimestre, mes malaises, troubles du sommeil et de l’appétit. La mère d’intention n’avait pas sa place à ce moment, lui expliqua-t-elle.

Mais, maintenant tout est revenu dans l’ordre. Tous mes petits désagréments ont disparu et ses grosses angoisses se sont envolées. Nous ne formons qu’un seul corps : nous sommes les mères à l’écoute ! Car l’enfant est bien tangible. Nous le voyons, l’entendons et le sentons. Enfant, que dis-je ? C’est notre petite fille que nous voyons surgir sur l’écran. C’est notre enfant qui se matérialise brutalement sous nos yeux ébahis et dans nos oreilles.

— A partir de maintenant et jusqu’à l’accouchement, avec Léa, nous allons vous aider à ressentir les délices de la grossesse.

Tout en disant cela, Sophie Toutenu prit une main de Chloé et de Jules, et les posa sur mon ventre. Je me mis à entonner « Joyeux Anniversaire, Elaya. Aujourd'hui, c'est le jour où tu es né, c'est le jour où tu as pointé le bout de ton nez. »

— Je n’ai qu’une exigence, déclara Léa. C’est de continuer de l’appeler Elaya… après. Je ne supporterais pas qu’on l’appelle autrement. Et elle non plus, ajouta-t-elle.

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