34 - Gabin : l’arc en ciel des pirates

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Comme une paroi qui se déchire, une brèche s'ouvre, libérant la poche des eaux. Une lumière vive m'agresse, me transperce, et une douleur fulgurante me traverse. Je suis soudain plongé dans un univers éclatant, saturé de lumière et de sons inconnus. Autour de moi, des voix s'entrelacent avec des bruits métalliques et mécaniques. Je ne comprends pas ce que c'est, mais tout semble froid et hostile.

J’ai dû communiquer ma panique à Elaya, car une voix familière et inquiète parvient à moi.

— Gabin, que se passe-t-il ?

Sa voix résonne comme une mélodie dans le vide. Je veux lui répondre, mais la lumière m’aveugle, et je lutte pour maintenir le lien avec elle. Pourtant, je sens qu’il s’étiole.

— Elaya ! Je nais ! Pourquoi ai-je provoqué cela ?

Un sentiment de détresse m’envahit. Je m’efforce de me souvenir, de retrouver un ancrage. La mélodie revient, celle que mon père chantonnait chaque soir, posant sa bouche contre le ventre qui m’abritait : « Papa Tango Charly ». Elle était mon refuge, et je m’y raccroche, désespéré.

Des mains surgissent, me saisissent, me manipulent. Je suis extirpé, tiré hors de mon sanctuaire. Les visages autour de moi sont flous, avalés par la lumière crue. Une panique sourde monte en moi, mais elle n’est pas que mienne. Je ressens leur nervosité.

— Tatiana, viens vite m’aider, le bébé arrive ! implore un homme.

Je veux rester avec Elaya, m’accrocher à sa voix apaisante, mais la distance entre nous s’élargit inexorablement.

— Allô, Elaya, Tango, Charly. Ici Gabin, tu m’entends ? dis-je pour amortir le choc de notre inévitable prochaine séparation.

Je lutte contre la lumière qui m’appelle, contre ce froid qui m’arrache à toi.

— Je ne veux pas te quitter. Reste avec moi, je t’en supplie.

— Gabin, je suis là ! Je t’entends ! Ne pars pas !

Sa voix tremble, douce et inquiète, comme un fil tendu entre nous. Je m’accroche à ses mots, mais la lumière devient plus forte, impitoyable.

— Elaya, je t’aime. Je ne pouvais partir sans te le dire. Tu es ma lumière, celle qui m’a guidé dans l’obscurité.

— Gabin, je t’aime aussi ! Ne me laisse pas !

Ses mots résonnent, mais je sens la distance grandir, comme une marée qui m’éloigne inexorablement.

— Je te retrouverai sur Terre, Elaya. Je te promets. Même si je dois traverser mille mondes, je reviendrai à toi.

Mon cœur se brise alors que je prononce ces mots, et je sens le lien qui nous unit se tendre et céder.

Les silhouettes des soignants se déplacent rapidement, et je sens la pression de la réalité. Je dois avancer, mais je ne veux pas abandonner Elaya. Elle est mon ancre.

— Gabin, ne m’oublie pas !

— Jamais, Tu es en moi, à jamais.

Soudain, un arc-en-ciel éclatant jaillit, vibrant d’une lumière irréelle, balayant les paroles empreintes d’amour : un fragile pont entre les vivants et les morts. À cet instant précis, alors que je venais au monde, espérant enfin rejoindre ma mère, Olivia, je réalisai qu’elle s’éloignait déjà. Elle glissait vers un univers où mes cris ne pourraient jamais l’atteindre.

L’arc-en-ciel s’effaça lentement, emportant avec lui celle qui m’avait porté mais qui n’avait pu m’aimer. Privé également d’Elaya, je me retrouvais seul, plongé dans la lumière crue d’un monde nouveau et étranger.

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