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Il y a un chemin pédestre juste en face de moi, mais les compères font mine de l'ignorer et m'enjoignent de les suivre dans une tout autre direction. Ils m'aident à me faufiler entre des barrières interdisant l'accès à une zone protégée. Je suis Kader et nous nous enfonçons dans une végétation plutôt dense ; Estéban ferme la marche en réajustant les branchages derrière nous.
Après quelques minutes de marche, nous arrivons à une toute petite cabane montée sur pilotis. Ils m'expliquent que c'est une ancienne cabane de pêcheur, que les écolos ont virés tout le monde et qu'ils les ont oubliés en partant.
- En vrai, ils avaient annoncé que tout serait "nettoyé" avant la fin de l'été. Ils ont fait tout un foin, ont fait venir la presse, la fanfare et tout le toutim à l'autre bout du lac pour dire qu'ils avaient réussi. Et puis, ils sont partis emmerder quelqu'un d'autre. Personne n'a intérêt à ce que cet oubli se sache : ni eux, ni nous. Du coup, on se fait tout petit pour ne pas se faire remarquer derrière les arbres.
- Et la voiture ? Elle ne vous a jamais trahi ?
- Il y a un chemin qui mène à une clairière où les gens pique-niquent. Personne ne peut soupçonner que les écolos ont bâclé le job.
Personne, sauf le chat qui semble faire partie de la combine. Il s'installe sur un coussin à l'ombre et se met à ronronner.
Les deux hommes m'ont dit qu'on se baignerait à poil. L'idée ne me déplait pas complètement, mais j'aime bien les faire mariner un peu. Alors je lance :
- Bon, à poil !, en retirant mon short et mon top.
Mon maillot est aussi petit que joli. Très fière de l'arborer, je rigole intérieurement quand j'entends un gros bruit. Je me retourne : Kader a fait un malaise. Estéban lui lève les jambes en me demandant d'aller lui chercher de l'eau.
- C'est l'émotion. Il rigole, il rigole, mais il n'en mène pas large, mon poto. Il a crû que tu allais vraiment te dénuder devant nous.
Tandis qu'il reprend ses esprits, Kader essaye de nous parler :
- Béa ! Oh oui, Béa !
- Putain. Encore cette Béa ! Quand est-ce qu'il arrêtera de rêver de cette folle !
Kader se réveille enfin. Il demande :
- Béa est là ?
- Non. Arrête de penser à elle, maintenant ! Mets ton maillot. Un peu d'eau froide te fera du bien.
À mon grand étonnement, Estéban sort deux caleçons de bain de la petite cahute. Était-ce un jeu, quand ils m'ont dit qu'on se baignerait à oilpé ? Ils commencent à m'intriguer sérieusement ces deux, enfin… surtout Estéban.
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