Dernières préparations
Si le soleil des Terres Libres s’endort avec plaisir, pour continuer à veiller sur nous, de mon côté, je ne lui suivra pas. Une boule d’angoisse m’envahit, rien que de penser que je risque de ne plus jamais le recroiser.
Ma mère m’a conditionnée depuis trois ans, à une délicate mission. Même Jordy, mon petit-ami, m’encourage à y aller. Je me retourne avec plaisir, dès que ses bottes de cuirs en peau de crocodile, tapotent le parquet de ma chambre.
— Pas la peine de me conter tes pensées Nala. Tout ira bien, tu vas le mettre dans ta poche comme on l’a simuler ensemble. Une goutte de poison fourni par Maître Soko, ta fuite, un courrier, nous donnerons le signal pour tous les libérés.
Sa main dans mon dos, m’apaise un peu, je dois me l’avouer. Seulement….
— Jordy, peu de personnes sait vraiment ce qu’il se passe. Tu as jouer le type puissant et dragueur.
— Et ? Marx Wood est décrit comme calculateur, sûr de lui, d’une froideur aussi agréable que du marbre. Je pense l’avoir parfaitement maitrisé non ?
— Non, pardon jeune homme de briser tes illusions. S’il ne prive pas de se dévoiler, personne ne saura comment il va réagir quand Nala sera là. Ni, si mon projet marchera.
Ma mère reste égale à elle-même. Une femme qui agit pour nous tous, dans une douceur maternelle mais sans omettre d’agir brutalement si nécessaire lorsque des rebelles de la Terre Brulées, nous attaquent. Quoi que, pour le moment, deux restent en prison et c’est elle qui passe le relais aux surveillants.
— Jordy ? Peux-tu annoncer à Will qu’elle va partir dans quelques instants ?
— Oui Madame.
Il me laisse un baiser sur mon front avant de saluer de tête ma mère. Cette dernière vérifie mon sac posé sur mon lit qui contient peu d’affaires. Elle semble s’en contenir.
— Maman ?
— Oui ma chérie ?
— Si père était là, il en penserait quoi ?
— Il aurait refusé évidemment d’envoyer son sang à l’abattoir.
— Pourquoi tu n’y va pas le confronter ? Entre dirigeants, vous pouvez….
— Il suppose que j’ai repris le flambeau. Tant que les frontières ne sont pas en guerre…Au-delà de sauver des vies torturées, je ne t’ai jamais dit clairement l’origine de la fracture de notre pays.
— Il est vrai que j’ai grandi jusqu’à mes quatorze ans dans l’ignorance. Mise à part aller au front, draguer un fou pour réunir les hommes, jamais tu as voulu me répondre à mes autres questions ! Même père !
— Pardonne moi par avance. Ça me semblait inutile comme information. Je pensais qu’en répétant que des gens étaient violentés, obligés d’après ce qu’on raconte de commettre des actes horribles, suffirait à te convaincre d’y aller.
— Je t’écoute alors.
— En deux mots, car les minutes défilent. Voldara existe depuis déjà cinq cents ans et à l’origine, tout le monde était en paix. Seulement, un clan, il y a deux cent deux ans, les Wood, ont perturber l’équilibre des choses. Il venait, d’après ce que l’on sait, d’une île voisine, en proie déjà à des conflits et des trafics en tout genres. Exilé, les Wood ont rapidement importées leurs valises de violences et de pouvoir.
— Ils se sont donc rapidement imposés.
— Exactement. Gagnant du terrain petit à petit, jusqu’à que tes ancêtres, quatre vingt dix ans plus tard, ont négociés un traité de paix et une frontière qu’on peut quand même traverser librement. Seul, les actes de guerres sont interdites au risque que tout s’effondre. Ton père a donc continuer, comme Marx, de respecter ça.
— Des rebelles ont commis un attentat, il y a six jours ! Ils ont franchis la limite !
— Marx considère que ce n’est pas de lui. Tu l’as bien vu s’exprimer. Dans tout les cas, ce genre d’actes, bien que rare ne restera jamais impunis et c’est dans mon plan secret que cela va se jouer. Des années de calme et les Wood osent vouloir s’étendre. La guerre se manifestera dans la manipulation. L’avantage, c’est que personne ne connait ton nom.
— Ok, je saisis mieux maman. Et si cela, tombe à l’eau ?
— J’irais moi-même.
— Et moi ?
— J’agirais en fonction des chemins qui s’offrent à nous.
— Pourquoi tu n’y vas pas toi ? Tu es encore belle.
— Ho, c’est gentil mais, je dois veiller ici. On compte sur toi Nala. Je peux concevoir que les nouvelles seront rares et la lumière aussi, cependant, j’ai toujours imaginer, que l’amour peut changer les plans des hommes. Je t’aime ma chérie, je crois en toi. Tu as toute ma confiance.
— Merci maman.
— La voiture est prête Mesdames.
— Merci Will, veuillez prendre son bagage. Je vais vous donner la sacoche de vivres.
Heureusement que le croque-mort m’accompagne jusqu’à l’hôtel ! Je me demande si :
— Will ?
— Oui jeune demoiselle ?
— Vous êtes déjà allés là-bas ?
— Un secret.
Son sourire et son clin d’œil m’informe qu’il me dira tout sans que les oreilles de ma mère l’intercepte. Après des derniers adieux déchirants, je reste silencieuse, disant au revoir, à la nature verdoyante, aux enfants joyeux et aux animaux chantant. La liberté totale, celle que je devrais désormais construire et là garder pour rester en vie.
— La route est si longue Will ?
— Dans sept heure jeune demoiselle. Vous êtes bien courageuse d’affronter les loups.
— Je veux le voir mort et que nos semblables connaissent leur libre arbitre. Au fait, je pense que vous voulez m’avouer quelque chose, je me trompe ?
— Votre mère vous a menti sur un point important.
— Encore ?! Pourquoi elle le ferait d’ailleurs ?!
— On protège souvent par le mensonge, surtout en étant parents. C’est moi, qui me suis proposé pour l’a rassurer. Je suis déjà rentré dans ces Terres où le sang, les lampadaires fatigués, la misère se côtoient. La frontière se renforce depuis les attentats. En cinq ans, quatre ont été commandités par les Wood. Votre mère les nomme les Rebelles pour éviter d’accuser directement un responsable. On s’insurge mais là-bas, dès l’acte commis avec succès, on s’empresse d’ouïr les louanges du loup !
— Donc si la frontière se renforce, personne ne peut passer ? Comment vous avez fait alors ?
— En fait, il y a des contrôles. Si je peux rentrer, c’est que mon métier le permet. Peu de postes permettent cette liberté. Vous serez mon assistante.
— Mais, de l’autre côté, personne ne va aussi vérifier mes papiers ?!
— Encore un passe-droit des croques morts ! On peut virer la personne à tout moment ! Pour sortir, vous montrez ce document qui aura attesté de votre fonction, c’est rare qui vérifie cela. En général, une première fois dans leur base de données, seul votre nom compte.
— Ok, une bonne chose alors. Mais, combien de fois on peut rentrer une fois enregistrée ?
— Pas de limite.
— Et pour mes courriers ? J’imagine que tout sera aussi sous radar ?
— C’est délicat, je vais essayé de faire le transfert. On s’arrangera pour les modalités, n’oubliez pas que vous devez, si possible, donner des nouvelles, deux fois par an. Le délais est large étant donné le contexte.
— Merci pour cette éclairage. Une fois à l’hôtel, vous savez où sera le Club 44 ?
— Bien sûr, l’endroit préféré de notre cible. Je pense que vous devez d’abord vous reposez, ça fait déjà pas mal d’informations à digérer. Je vous lance un peu de musique classique.
— Merci encore Will, je vais dormir un peu en effet.
Je bâille en jouant avec le médaillon où dort mes êtres chers. Le sommeil m’emporte jusqu’au déjeuner. Le réveil fût en douceur pour reprendre des forces en mangeant un pain au graine de sésame accompagné de porc venant de la ferme de Jordy, le tout baigné de sauce moutarde cuisiner avec amour par ma mère.
Will le déguste la même chose, sans émotion, sur le capot à mes côtés, rivés sur les deux tours bétonnées qui se dressent au loin. Je ressens l’ambiance de mort, je crois même percevoir au loin, des hurlements.
— Il fait nuit ou c’est vraiment que le soleil n’est pas le bienvenu ? Pourtant, ma montre affiche neuf heure.
— Il a aussi peur que vous. La nature est bien étrange, quoi que, plus humaine que la majorité des hommes.
— C’est si terrible là-bas ?
— Votre mère vous envoient à l’abattoir.
— Je suis forte ! Et puis, elle me fait confiance ! Je vais réussir cette mission ! Avec vous aussi !
Il me rit sincèrement tout en me serrant mon épaule. Je me rends compte de cette proximité, je l’ai jamais vécu avant. Depuis mes six ans, il est notre chauffeur autant qu’il passe prendre les décès que lui confie des familles. Qui est-il vraiment ?
— Pourquoi riez-vous ?
— Je ne me moque pas de vous.
— Alors pourquoi ce rire ?
Il relâche la pression pour s’hydrater avec un peu de vin avant de me tendre la bouteille. D’un geste, je lui refuse et il comprend que j’attends son aveu :
— Je ne doute pas de votre caractère. Cependant, il existe d’autres manières de partir au combat que de celui de tenter de rendre amoureux, une porte de prison.
— Vous l’avez déjà rencontré ?
— Non, jamais. Vous savez, il couche avec des filles par plaisir, adore torturer des prisonniers et que chaque rue est surveillé. J’ai bien peur que la mission tournera court, soit la fuite, soit, pire, la mort.
— Hum…on verra bien ! Au fait, pourquoi avoir choisi de ramasser les cadavres ? Est-ce pas trop dur ?
— Je suis né là-bas, grandi à m’occuper d’eux, des âmes qui n’ont plus de lien avec la lumière. Nos émotions doivent être de pierre, c’est un job comme un autre. Heureusement, quand je vais dans les Terres Libres, j’ai le loisir d’échapper des larmes.
— Et que vais-je apprendre ?
— Déplacer les corps, remplir des papiers et tous les disséquer pour les revendre au marché de la Fosse.
— De la Fosse ?! Mais, qui achète ça ?! Et les corps de chez nous, vous ne les envoyer pas là-bas j’espère !
— Chaque région à ses règles. Il y a autant de monde aux Terres Brulées qu’aux Terres Libres. La Fosse est un immense marché répartie sur un quartier du même nom. Tout se vend, même les enfants dès huit ans, pour faire du ménage voir, être adoptés. L’esclavage est de mise avec des contrats venant de Karnossa, Draknor Tarkhann et Vordem.
— Les îles de trafiquants, ma mère m’en a fait la leçon un jour. Ça m’a révolté quand je l’ai su malheureusement, elle m’a raconté qu’on ne peut pas tout libérer. Sachant qu’il faudrait qu’il y ai eu déjà un passé avec eux. Une guerre ne n’improvise pas.
— De bien sages paroles. Bon, en route jeune fille, tu me laisses parler.
J’acquiesce, mes pensées tournant en boucle avec d’autres questions en suspens.
La frontière se dresse devant moi, gigantesque et impénétrable, un mur de béton gris hérissé de barbelés électrifiés. Des projecteurs découpent l’obscurité en faisceaux tranchants, et les silhouettes armées des gardes patrouillent au sommet des tours. Un frisson me parcourut l’échine. Ce n’est pas seulement un mur, c’est une séparation entre deux mondes : l’un que je connais, l’autre qui risque de m’avaler.
Will marche à mes côtés avec mallette en cuir élimée, contenant nos papiers et, accessoirement, ma fausse identité.
— Garde ton calme, me murmure-t-il en serrant son manteau contre lui. Ne parle que si on t’interroge.
Nous approchons du poste de contrôle principal, un bâtiment froid où une rangée de soldats en uniforme noir filtrent les entrants, devant nous, deux personnes. L’odeur de métal, de sueur et de poudre flottent dans l’air.
Un garde massif aux yeux froids lève la main, nous arrêtent d’un geste sec.
— Motif de passage ? demande-t-il d’une voix dure.
Will ouvre sa mallette avec une lenteur calculée et tend les papiers.
— Nouvelle recrue, dit-il d’un ton neutre. Apprentie croque-mort, validée par le Bureau des Professions Funéraires.
Le soldat prend les documents sans un mot et les fit glisser dans un scanner holographique. L’écran projeta aussitôt une image de moi, mon faux nom s’affichant sous des données de travail et d’antécédents factices.
— Mets ta main ici, m’ordonne-t-il en désignant un lecteur biométrique.
Je pose ma paume en sueur sur la surface froide. Mon cœur tambourine dans ma poitrine. Si mes empreintes n’étaient pas enregistrées correctement…Une lumière verte clignote enfin.
« Autorisation validée »
Le garde hoche la tête mais ne nous fit pas encore signe d’avancer. Il me détaille, des pieds à la tête, son regard s’attardant sur mon visage trop jeune pour ce métier.
— Elle a l’air trop propre pour manipuler des macchabées, grommela-t-il.
Will ne cilla pas.
— Elle a encore tout à apprendre.
L’homme laissa planer un silence pesant, avant d’hocher la tête et de taper un code sur son écran de contrôle. Derrière lui, une porte blindée s’ouvre lentement dans un sifflement mécanique.
— Passez. Mais ne vous attardez pas.
Nous avançons sous les regards perçants des soldats. Une fois la frontière franchie, je laisse échapper un souffle que j’ai trop longtemps contenu. Je suis là, étudiant la capitale des horreurs : Noxis
Dès que nous franchîmes la frontière, une odeur de fumée, de rouille et de chair brûlée m’assaille. L’air est lourd, chargé d’une humidité poisseuse, comme si la ville elle-même suintait le vice et la mort.
Face à moi, Noxis s’élève dans un enchevêtrement anarchique de bâtiments décrépis et de tours massives, éclairées par des néons rouges et violets qui pulsent comme des artères malades. Des câbles pendent entre les immeubles, et des enseignes publicitaires grésillent, promettant des plaisirs que seul un inconscient viendrait chercher ici. Enfin, plus un fou.
Les rues sont surpeuplées, envahies par une faune de survivants aux visages creusés par la faim ou la drogue. Des mendiants aux yeux éteints se tassent dans les recoins sombres, tandis que des groupes d’hommes armés patrouillent en ricanant, le doigt sur la gâchette.
Un marché improvisé s’étale sur un trottoir à droite au loin, où des vendeurs à la voix rauque échangent des seringues usagées, des armes et même des morceaux de chair humaine sous le manteau.
— Bienvenue à Noxis, lâcha Will en allumant une cigarette, le regard à nouveau dur. C’est ici que les faibles crèvent et que les autres survivent. Ton regard dévie sur le petit étal, ce n’est pas la Fosse.
— Et, où se trouve Marx ? Et puis, mon hôtel et notre lieu de travail ?
— En face, la grande tour qui domine le ciel, c’est le Palais Noir. En route. Aucune question de plus.
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