Une annonce inattendu

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Après cela, Louise n’arrivait pas à trouver le sommeil. Elle se tournait dans son lit, le regard fixé sur le plafond noir. Les images de la soirée, de Müller et de Johann, se mêlaient dans sa tête, comme des fragments éparpillés auxquels elle n’arrivait pas à donner de sens. Johann, avec sa façon de la faire rire, sa présence chaleureuse qui la faisait se sentir moins seule dans cette situation difficile, contrastait tellement avec Müller. Lui, avec sa froideur apparente, son silence pesant. Son attitude, cet étrange regard qu’il lui avait lancé quand Johann était près d’elle. Était-ce de la jalousie ? Elle n’arrivait pas à le savoir. La tension entre les deux hommes était palpable. Pourquoi cette attitude distante et pourtant, parfois, si protectrice ?

Le lendemain, les gestes quotidiens de Louise étaient devenus automatiques, difficiles. Elle s'occupait de sa mère sans réfléchir, ajustant les couvertures, préparant les repas sans y prêter attention. Ses pensées étaient ailleurs.

Quand la journée touchait à sa fin, dans la cour, l’air semblait plus lourd que d’habitude. Louise arrangeait quelques outils près de l’écurie, mais son regard revenait sans cesse vers Johann.

Il était là, appuyé contre le mur, les bras croisés, l’air étrangement figé. D’habitude, il trouvait toujours quelque chose à dire, une remarque légère, un sourire en coin. Mais pas cette fois. Son visage était tendu, et son regard fuyait le sien.

Elle sentit immédiatement que quelque chose n’allait pas.

— Vous faites une drôle de tête, Johann, lança-t-elle en tentant un sourire.

Il ne répondit pas tout de suite. Son regard se perdit vers les toits du village, comme s’il cherchait ses mots dans l’ombre du soir qui tombait.

— Ce n’est rien, finit-il par dire.

Mais c’était faux. Il avait cette façon nerveuse de serrer la mâchoire, d’expirer bruyamment par le nez, comme lorsqu’il contenait quelque chose qui le rongeait de l’intérieur.

Louise s’essuya les mains sur son tablier et s’approcha légèrement.

— Si, il y a quelque chose.

Johann ferma les yeux une seconde, l’air las.

— C’est juste que…

Il s’interrompit, secoua la tête, puis passa une main sur son visage.

— Laissez tomber.

Il tourna les talons, fit quelques pas vers la porte de la cour, puis s’arrêta brusquement.

— Nein !

Sa voix avait claqué dans l’air, brusque, frustrée. Louise sursauta légèrement, surprise par cette soudaine explosion.

Johann se retourna vers elle, les yeux brûlants d’une colère contenue.

— Je pars, Louise.

Elle fronça les sourcils.

— Comment ça, vous partez ?

Il la fixa une seconde, comme s’il hésitait à en dire plus, puis lâcha dans un soupir :

— Je suis affecté ailleurs. Dans le nord.

Elle ouvrit la bouche, mais aucun son n’en sortit.

— Quand ? demanda-t-elle enfin, la voix plus faible qu’elle ne l’aurait voulu.

— Demain.

Un silence pesant tomba entre eux.

Louise sentit son cœur se serrer. Il ne disait pas tout. Ça se voyait, ça se sentait.

— Pourquoi ?

Johann eut un rire amer, haussa les épaules d’un geste brutal.

— Pourquoi ? Ah, ça… Il paraît que l’armée a besoin de moi ailleurs. Curieux, non ? Après touts ces mois passés ici, soudainement, je deviens indispensable à l’autre bout du pays.

Louise baissa les yeux.
Elle n’avait pas besoin qu'il en dise plus pour comprendre.

Johann secoua la tête et posa les mains sur ses hanches, regardant ailleurs comme s’il s’efforçait de contenir quelque chose de plus violent.

— Vous savez ce qui est le pire, Louise ? Ce n’est même pas de partir. C’est de ne même pas avoir mon mot à dire.

Sa voix s’était brisée légèrement sur la fin.

Louise sentit une boule se former dans sa gorge.

Elle voulait parler, lui dire quelque chose, n’importe quoi. Mais les mots lui échappaient, et son silence semblait peser autant que l’annonce qu’il venait de lui faire.

Johann inspira profondément, comme pour calmer sa propre tempête intérieure.

Puis son regard se posa enfin sur elle, et son expression se radoucit.

— Je suis triste de partir, avoua-t-il dans un souffle.

Louise baissa les yeux, les mains crispées sur son tablier.

— Vous allez me manquer, murmura-t-elle finalement.

Un sourire triste , attendrit, déçu, passa sur le visage de Johann.

Il hésita une seconde, comme s’il allait dire autre chose. Mais il se contenta de reculer d’un pas.

— Prenez soin de vous, Louise.

Il se détourna et quitta la cour, laissant derrière lui un vide qu’elle n’avait pas anticipé.

Et lorsqu’elle leva les yeux vers la maison, une ombre se dessinait derrière la vitre du premier étage.

Müller.

Toujours là. Toujours à observer.

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