Révélation

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Des semaines passèrent. Le climat s’était apaisé. Chaque rencontre était devenue plus légère, presque agréable. Hans, d’ordinaire si réservé, avait même ri à plusieurs reprises en compagnie de Louise. Il cherchait dans son regard un écho amical, une complicité naissante. Lorsqu’il l’y trouvait, il se détendait davantage, comme si, pour la première fois depuis longtemps, il pouvait relâcher cette rigueur qui l’habitait.

Un après-midi, alors que Louise s’affairait à changer les draps du lit de Hans, son regard fut attiré par un cadre photo posé sur la table de nuit. Elle ne s’en était jamais souciée auparavant, mais cette fois, quelque chose l’intrigua. S’approchant, elle examina l’image de plus près.

Hans y apparaissait plus jeune. Un sourire lui vint malgré elle lorsqu’elle le reconnut. Il se tenait aux côtés d’un homme plus âgé – sans doute son père – et d’une femme. La photographie, légèrement défraîchie, manquait de netteté. Par réflexe, Louise la prit entre ses mains pour mieux l’observer.

Le visage de la jeune femme était fin et harmonieux, encadré par de longs cheveux blonds. Elle était magnifique. Une étrange sensation envahit alors Louise, une pointe de jalousie irraisonnée. Son ventre se noua. Elle fronça les sourcils, contrariée par ses propres pensées. Pourquoi es-tu jalouse, sombre idiote ? se dit-t-elle intérieurement.

Un bruit derrière elle la fit sursauter. Elle se retourna brusquement. Hans était là, immobile, les yeux fixés sur elle. Il semblait surpris, presque figé sur le seuil. Instinctivement, Louise reposa le cadre avec une douceur précautionneuse, comme si elle craignait d’avoir transgressé une frontière invisible.

Hans s’approcha lentement, observant la photo, puis relevant les yeux vers elle, cherchant à lire ce qu’elle pensait. Après un silence, il déclara, d’un ton calme, presque devinant son trouble :

— C’est ma sœur.

Louise cligna des yeux, soudain gênée par l’absurdité de ses propres émotions.

— Oh… bien sûr… Vous avez une jolie famille. Et votre mère ?

Un voile d’ombre passa dans le regard de Hans. Il détourna légèrement la tête avant de répondre :

— J’ai perdu ma mère lorsque j’étais enfant.

— Oh… Je suis désolée, murmura Louise, sincèrement peinée.

Il hocha la tête, acceptant sa compassion sans détour. Puis, après un court silence, il ajouta, d’une voix plus douce :

— C’est difficile d’être loin d’eux… mais c’est plus facile parce que je suis ici. Chez vous.

Louise releva les yeux vers lui, intriguée. Que voulait-il dire ? Leurs regards se croisèrent, et elle chercha à deviner l’émotion cachée derrière ses paroles. Elle n’eut pas le temps de poser la moindre question. Hans, comme s’il profitait de cette brève ouverture, se lança dans une confession qui semblait lui peser depuis longtemps.

— Vous savez, si le sous-officier Hoffman est parti, ce n’est pas de mon fait.

Louise, prise de court, plissa légèrement les yeux.

— Pardon ?

— Je n’ai aucun pouvoir sur son affectation. S’il a été envoyé ailleurs, ce n’est pas de ma faute.

— Je vous rassure, il n’a jamais dit que…

— Non, mais il l’a sous-entendu. Je le sais. Il l’a fait dans l’unique but que vous me détestiez. Et ça a marché…au moins un temps.

Sa voix s’était faite plus grave, plus contenue, comme s’il retenait une amertume enfouie depuis trop longtemps.

— J’espère que ce n’est plus le cas. Hoffman est un manipulateur, Louise. Son départ n’a rien à voir avec moi. Il est parti parce qu’une jeune fille de votre village se cache en ce moment… avec un enfant de lui dans le ventre.

Louise eut un mouvement de recul. La révélation la heurta de plein fouet. Pendant un instant ses pensées s’emmêlant, tentant de démêler le vrai du faux. Cette vérité, brutale et inattendue, bousculait tout ce qu’elle croyait savoir sur Johann Hoffman. Elle comprenait maintenant pourquoi il avait toujours cherché à mettre Hans en porte-à-faux. Et, plus surprenant encore, elle réalisait que Hans n’était pas le méchant de cette histoire. Peut-être même ne l’avait-il jamais été.

Tout ce temps… il avait tenté de la protéger. Et non l’inverse.

Elle se sentait égarée, perdue dans le flot d’émotions contradictoires qui la submergeaient. Pourquoi lui avoir révélé tout cela ? Pourquoi maintenant ? Que cherchait-il à lui dire au-delà des mots ?

Les jours suivants, Louise erra dans un tourbillon d’incertitudes. Ses pensées la trahissaient, son cœur oscillait entre la confusion et une étrange chaleur nouvelle. Tout ce qu’elle croyait acquis se fissurait. Hans Müller, cet homme qu’elle avait craint, repoussé, jugé trop vite… devenait, peu à peu, un mystère qu’elle ne savait plus comment appréhender.

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