Une lettre
Un jour, sans crier gare, alors qu'elle n'attendait plus rien, quelqu'un frappa soudainement à la porte. C'était le postier, qui lui tendait une enveloppe. Elle l'observa un instant, intriguée par la provenance de la lettre : Saint-Pons. Un frisson la parcourut, et ses yeux se levèrent vers le postier, comme s'il avait deviné l'importance de ce que contenait cette missive.
Elle prit la lettre d’une main tremblante, remercia le postier d’un geste distrait, et referma la porte derrière lui avec précipitation. Le cœur battant, elle se rendit immédiatement dans la cuisine, à l’abri des regards. Là, elle ouvrit l’enveloppe avec une hâte fébrile, ses doigts tremblants, presque pressés de découvrir ce qu'elle attendait tant. Les mots se succédaient, des banalités d'abord, des phrases anodines. Mais ses yeux se posèrent enfin sur la phrase secrète qu’elle redoutait et espérait tout à la fois , son frère allait bien.
Un souffle de soulagement échappa de ses lèvres, suivi d’une douleur sourde. Elle voulut hurler, pleurer, mais elle n’eut le temps que de cacher la lettre précipitamment dans sa poche. Elle se figea un instant, tandis que des vagues d’émotions déferlaient sur elle. Elle se sentit prise dans un tourbillon intérieur, une confusion qui mêlait une profonde joie à une culpabilité écrasante. Cette simple phrase, aurait dû être un soulagement pur, mais pour Louise, elle ne faisait qu'ajouter une couche de tourment à son âme déjà déchirée.
Elle repensa au contexte, aux risques que son frère prenait pour la patrie, aux dangers qui le guettaient. Lui, risquant sa vie pour un avenir incertain, tandis qu'elle, elle vivait une romance secrète, un amour interdit qui lui procurait à la fois du bonheur et de la honte. Comment pouvait-elle savourer ses moments de douceur, de tendresse, quand son frère se battait dans l'ombre, loin d'elle, à risquer tout pour une cause qui semblait l'éloigner chaque jour davantage de son propre monde ?
La culpabilité la submergeait. Elle se haïssait presque d'éprouver ce qu'elle ressentait. Comment pouvait-elle vivre un amour naissant, et même dans une certaine mesure, le nourrir, pendant que son frère risquait sa vie ? La lettre était comme un rappel cruel du fossé entre ses réalités, entre ses désirs et ses devoirs. Elle la rangea dans sa poche, s’efforça de continuer ses tâches comme si de rien n’était, mais son esprit était envahi par ce tourment intérieur. Le bonheur qu'elle éprouvait semblait devenir une trahison, une douleur douce-amère qu’elle ne pouvait évacuer.
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