Retrouvailles
Les semaines qui suivirent furent difficiles pour Louise. Mais elle n'était pas seule. Elle était épaulée et soutenue par Hans, et cela lui fut d'un secours inestimable.
Elle écrivit une lettre à Saint-Pons pour prévenir son frère et sa belle-sœur de la terrible nouvelle. Plus que tout, elle aurait voulu les avoir près d’elle, sentir leur présence rassurante en ces jours de deuil.
L’enterrement se fit dans la plus grande simplicité. Quelques amis du village vinrent lui témoigner leur soutien, mais ils n’étaient pas nombreux. La guerre et la peur avaient vidé les rues, dispersé les familles. Pourtant, en ce jour sombre, Louise trouva un certain apaisement dans la présence discrète de ceux qui étaient là.
Le printemps s’installait doucement, et Louise profitait de cette journée ensoleillée pour se rendre à son jardin potager, situé à quelques kilomètres du village. Ce lopin de terre, entouré d’un mur en pierre très ancien, était son refuge, un lieu où elle se sentait libre, loin des tensions qui pesaient sur son quotidien. Au fond du jardin, un petit mas servait d’abri pour ses outils et quelques provisions.
Elle poussa le vieux portail en fer forgé, dont les gonds grincèrent doucement, et pénétra dans son jardin. L’air était encore frais, mais le soleil réchauffait déjà la terre. Elle s’affaira rapidement, observant l’état de ses plantations, retirant quelques mauvaises herbes.
Après un moment, elle se dirigea vers le mas pour y prendre un outil. Alors qu’elle tendait la main vers la porte entrouverte, un bruit discret se fit entendre à l’intérieur. D’abord, elle pensa qu’un animal s’était faufilé à l’abri. Elle ne se méfia pas. Mais soudain, une silhouette surgit de l’ombre, la faisant sursauter et reculer précipitamment, son cœur battant à tout rompre.
Sous l’angoisse et la peur, elle porta instinctivement sa main à sa poitrine, cherchant son souffle. Mais en détaillant l’inconnu, elle se figea, la gorge nouée par l’émotion.
— Gaston… murmura-t-elle, la voix tremblante.
Son frère ! Elle ne l’avait pas vu depuis des mois. La surprise laissa place à un élan irrépressible de joie et de soulagement. Ils se jetèrent dans les bras l’un de l’autre, s’étreignant longuement, oubliant pour un instant le danger qui les entourait.
— Louise, je devais venir… Quand j’ai appris pour maman… J’ai ressenti un besoin viscéral d’être auprès de toi… de lui poser une fleur sur sa tombe.
Ces simples mots suffirent à raviver leur chagrin. Ils pleurèrent ensemble, se raccrochant à cette fragile complicité qui avait survécu à la guerre et à la séparation.
Mais il fallait être prudent. Les Allemands étaient partout. Le moindre faux pas pouvait être fatal.
Après un long moment, Pierre se redressa et posa une main sur l’épaule de sa sœur, son regard plus grave.
— J’ai besoin de toi, Louise. Une faveur… quelque chose d’important.
Elle releva la tête, devinant à son expression qu’il ne s’agissait pas d’une demande ordinaire.
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