Demande particulière
— Comment ? Tu te rends compte de ce que tu me demandes, Gaston ?
Louise fixait son frère avec une intensité presque douloureuse. Son cœur battait violemment dans sa poitrine, et ses mains tremblaient légèrement sous le poids de l’émotion. Elle avait tant rêvé de le revoir, de le serrer dans ses bras, de retrouver ce lien brisé par la guerre… Mais pas pour ça. Pas pour une telle demande.
Gaston soutenait son regard, le visage dur, marqué par les mois passés dans l’ombre du maquis. Son regard sombre et déterminé trahissait son impatience.
— Louise… Le contexte est particulier… J’ai entendu les rumeurs que tout le village colporte sur toi. Je te connais, je sais que c’est faux, mais c’est la meilleure couverture possible…
Sa voix était basse, presque suppliante, mais teintée d’une fermeté à laquelle Louise n’était pas habituée. Elle secoua la tête, reculant d’un pas, comme si mettre de la distance entre eux pouvait éloigner cette vérité insupportable.
— Je ne peux pas…
Sa voix s’étrangla sur les derniers mots. C’était trop. Impossible. Elle savait déjà où cette conversation allait les mener.
Gaston serra les poings et avança vers elle, son regard flamboyant d’une colère contenue.
— Quoi ? Tu veux pas trahir ton Allemand ? lança-t-il d’un ton acerbe, où perçait une jalousie à peine voilée.
Le mot vibra dans l’air comme une gifle. Louise sentit la brûlure de cette accusation au creux de son ventre. Elle redressa la tête, défiant son frère du regard.
— C’est facile de dire ça… Tu ne comprends pas… Je ne veux pas qu’il lui arrive quelque chose, oui. Je le connais maintenant. Ce n’est pas quelqu’un de mauvais.
Un silence glacial tomba entre eux, seulement troublé par le vent qui s’engouffrait dans les arbres alentour. Gaston laissa échapper un ricanement amer, secouant la tête.
— Pff… Pas mauvais… Un Allemand pas mauvais… Tu t’entends parler ? La France a besoin de toi, NOUS avons besoin de toi, et toi, tu préfères le protéger ? Pff… Tu me déçois.
Louise sentit son estomac se nouer. L’entendre dire ça… C’était insupportable.
Elle inspira profondément, sa poitrine se soulevant au rythme de sa respiration saccadée. Sa voix n’était plus qu’un souffle.
— Je ne préfère pas le protéger, Gaston… Arrête, s’il te plaît… Je vais le faire… Je vais le faire… Mais promets-moi qu’aucun mal ne lui sera fait… S’il te plaît…
Sa dernière supplique était presque un murmure, une dernière tentative pour préserver ce qu’il lui restait d’humanité. Gaston la fixa longuement, ses traits se durcissant encore un peu plus. Puis, après une longue hésitation, il lâcha dans un souffle :
— D’accord, je toucherai pas à ton Allemand…
Les mots tombèrent, lourds de conséquences. L’air sembla se charger d’un poids invisible, une tension sourde qui s’immisçait dans chaque recoin de l’espace entre eux.
Ainsi se conclut l’accord secret entre Louise et son frère Gaston. Ce choix allait tout compliquer encore : sa vie, ses pensées, son tourment, sa relation avec Hans…
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