Chapitre 1
– Je vous arrête au nom de la loi !
Alors que je me promenais tranquillement dans la rue, tel un citoyen lambda, deux gardes armés sont venus m'interpeller pour un crime que je n'avais pas commis. Sans que je comprenne vraiment comment ni pourquoi, ils m'ont conduit vers une prison de sinistre réputation, un lieu d'où personne ne s'est jamais évadé. Que va-t-il m'arriver ? Quelle sera ma condamnation ?
Devant moi se dressait un imposant bâtiment aux allures de château fort, tout droit sorti du Moyen Âge. Les lourdes portes en fer s'ouvrirent avec un grincement sinistre, me donnant accès à un hall austère, peuplé uniquement de gardes et de quelques détenus, assis à même le sol, l'air abattu. On me fit traverser une allée de pierre bordée d'un petit jardin à l'abandon, pour arriver devant une nouvelle porte en métal qui laissait entrevoir l'horreur de l'autre côté—le véritable enfer.
Un immense labyrinthe de couloirs et de cellules se dressait devant moi, surmonté de miradors et de gardes armés prêts à faire feu au moindre faux pas. Cette prison était connue pour deux choses : la première était l'application impitoyable de la peine de mort—de nombreux condamnés avaient péri sur la place publique, juste en face du bâtiment. La seconde, c'était la lutte quotidienne pour la survie. Chaque jour passé ici était un combat.
Vous allez maintenant apprendre comment moi, un prisonnier accusé à tort, vais tenter de m'en sortir et d'échapper à mon funeste destin.
On m'a enfermé dans une cellule lugubre aux murs recouverts de crasse, où le sol portait une fine couche de poussière accumulée avec le temps. Des toiles d'araignée tapissaient les coins de la pièce, aussi bien en haut qu'en bas, et leurs occupantes allaient et venaient, disparaissant dans un petit trou trop exigu pour espérer s'en servir comme issue.
Quant à mon lit, il ressemblait plus à une planche de bois suspendue par deux cordes que l'on avait fixées au mur. J'ai voulu tester sa solidité en m'asseyant dessus—grave erreur. À peine avais-je posé mon poids que le bois se brisa sous moi, me projetant durement contre le sol froid et poussiéreux.
Je n'avais décidément pas de chance. Par la seule et unique fenêtre de ma cellule, j'observais le soleil se coucher à l'horizon. Cela signifiait qu'il ne me restait qu'un mois avant que mon affaire ne soit jugée. Un mois pour espérer qu'une personne de confiance puisse me défendre et démontrer mon innocence.
Mais de quoi m'accusait-on ? J'avais toujours été un citoyen exemplaire, prêt à aider ceux qui en avaient besoin. Qui avait bien pu me dénoncer ? Mes voisins, qui semblaient nourrir à mon égard une rancœur incompréhensible ? Ou peut-être ma propre femme, dont l'intérêt pour mon argent surpassait depuis longtemps son amour pour moi ?
La nuit fut un supplice. Mes pensées ne cessaient de tourbillonner, cherchant en vain une explication à mon malheur. L'aube arriva bien trop vite. Brusquement, un seau d'eau glacée s'écrasa sur mon visage, me tirant de mon sommeil agité.
– Lève-toi et va prendre ton petit-déjeuner avec les autres ! gronda une voix autoritaire.
Je frissonnais violemment en me relevant, trempé et transi de froid. L'un des gardes se moqua de moi avec un rictus cruel.
– Au moins, tu as pris ta douche !
L'enfer. C'était bien le mot qui convenait à cet endroit.
Après une attente interminable dans une file d'attente chaotique, j'obtins enfin mon maigre repas. Muni de mon plateau, je cherchai une place où m'asseoir sans attirer l'attention. M'installer dans un coin discret me semblait être la meilleure option. Mais la table que j'avais choisie était déjà revendiquée par un groupe de détenus.
– Dégage, c'est notre place, grogna un colosse à la carrure impressionnante et à la voix caverneuse.
Je levai les yeux vers lui, tentant de garder mon calme.
– Ah, c'est votre place ? demandai-je d'un ton neutre.
– Tu joues au malin ?
– Non, je demande juste si c'est votre place.
– Ouais, c'est notre place.
Sans protester, je me levai et pris mes affaires. Chercher les embrouilles dans un endroit comme celui-ci était une très mauvaise idée, surtout face à un gabarit pareil. Tandis que je m'éloignais, ses compagnons me regardèrent d'un air intrigué. Avais-je fait quelque chose d'insolite ?
Je trouvai finalement une autre table, vide, cette fois en plein milieu de la cantine. Peut-être qu'en étant exposé aux yeux de tous, je paraîtrais moins suspect. Mais ça n'empêcha pas un groupe de détenus de venir s'installer à mes côtés.
– Alors comme ça, tu as osé défier le boss ? ironisa l'un d'eux, la voix rocailleuse.
– Je ne vois pas de quoi vous parlez.
– T'es sûr ? Le type qui t'a parlé tout à l'heure, tu sais pas qui c'est ?
– Non, je viens d'arriver.
Un autre détenu hocha la tête, impressionné.
– T'as du cran.
– Comment vous appelez-vous ? demandai-je, tentant de garder une conversation cordiale.
– Moi, c'est Petit. Lui, à côté de toi, c'est Vague, et le type à ma droite, c'est Rock. Tu devineras jamais pourquoi on l'appelle comme ça, plaisanta-t-il en montrant son camarade à la voix rocailleuse.
Un frisson me parcourut l'échine. Ces hommes me terrifiaient. Sans attendre, je terminai rapidement mon repas et m'esquivai discrètement. Cet endroit allait me broyer. Mais je refusais de me laisser abattre. Il me fallait un plan... et vite.
Mon plan pour survivre ici se déroulera en cinq étapes.
D'abord, je devais comprendre les accusations portées contre moi. Comment pouvais-je espérer m'innocenter sans même savoir pourquoi j'étais enfermé ? Ensuite, il me fallait des alliés. Ce lieu n'était pas un endroit où l'on survivait seul. Trouver des contacts, des alliés, voire des amis, pouvait faire la différence entre la vie et la mort.
La troisième étape serait cruciale : le jour du procès, je devrais convaincre mon avocat de reporter l'audience. Chaque jour de sursis me donnerait une chance de réunir des preuves pour prouver mon innocence. Si possible, il me faudrait un moyen d'annuler le procès avant même qu'il n'ait lieu.
Ensuite, il me faudrait simplement survivre jusqu'à ce jour fatidique. Ce lieu était un enfer où la loi du plus fort régnait. Mais survivre ici ne s'apprenait pas sur le tas. Il fallait déjà posséder certaines connaissances... et moi, simple citoyen ordinaire, je n'en avais aucune.
Enfin, une fois libre, je pourrais tout oublier. Tirer un trait sur cette période de ma vie et reprendre mon existence banale.
Du moins... si j'en ressortais vivant.
Mon histoire commence en 1914, dans cet enfer carcéral où le temps lui-même semblait s'être arrêté.
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