Chapitre 3

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Il fallait d'abord que je réfléchisse. Un plan de vengeance ne se construit pas en cinq minutes. Comme pour une histoire, il faut trouver son inspiration, puis rassembler le matériel, choisir le lieu et anticiper chaque détail.

À force d'errer dans la prison, j'avais repéré certains endroits où les gardes se regroupaient. Probablement des salles de repos ou des bureaux. Ces lieux seraient parfaits pour leur jouer un mauvais tour. Et ça tombait bien, car à l'école, j'adorais embêter ma maîtresse. Une habitude que j'ai finie par regretter... mais qui allait aujourd'hui m'être utile.

Oh, comme ce sera amusant ! Mais pour que notre petite farce fonctionne, il fallait avant tout rester discrets. Personne ne devait nous soupçonner. Rock pourrait sûrement nous aider : d'après Petit, il était ici depuis un an et demi avant eux. Il connaissait sûrement les bonnes personnes pour nous procurer tout le matériel nécessaire.

Restait à définir le contenu de la farce.

L'idée était simple : profiter d'une corvée en cuisine pour garder certains ingrédients de côté et préparer un gâteau. Comme je n'étais pas un grand cuisinier, Vague s'en chargerait. Pendant ce temps, Petit et Rock dissimuleraient les ingrédients dans un coin sûr, hors de portée des gardes et des cuisiniers. Une fois le gâteau prêt, on y glisserait un petit pétard.

L'explosion enverrait des morceaux de gâteau aux quatre coins de la pièce, éclaboussant les murs... et les gardes. Un spectacle mémorable. Un instant d'humiliation mérité. Le seul regret que j'avais, c'était de gaspiller un délicieux dessert pour cette vengeance. Mais l'idée me plaisait trop pour reculer.

Les deux jours suivants furent consacrés à traquer les failles de mon plan. Pour l'instant, je n'en voyais aucune, mais Rock, Vague ou même Petit en trouveraient peut-être. C'est ça, la force du travail d'équipe : on comble les failles des autres.

Et bientôt, on ferait de cette prison notre terrain de jeu. Je leur ai exposé mon plan, et immédiatement, ils m'ont interrogé sur les éventuelles failles.

Au début, je craignais que notre comportement nous trahisse. Si nous agissions différemment de d’habitude, les gardes risquaient de se douter de quelque chose. Mais en restant naturels, en nous fondant dans la masse, ils n’auraient aucune raison de nous soupçonner. Pour être encore plus sûrs, nous devions vérifier si d'autres détenus avaient, eux aussi, une dent contre les gardes.

— Au fait, Rock, tu as trouvé quelqu'un pour faire entrer ce pétard ? demandai-je.

— T’as pas à t’inquiéter, répondit-il d’une voix grave, presque rassurante.

Je fronçai les sourcils.

— Comment c’est possible ? Cette prison a la réputation d’être inviolable.

Rock esquissa un sourire.

— Tu sais, on raconte beaucoup de choses à l’extérieur. Mais tant que t’es pas ici, tu peux pas te douter que cette prison… c’est un vrai bar.

— Un bar ? Sérieusement ? Excuse-moi si j’ai du mal à y croire.

— Certains gardes sont corrompus, d’autres sont de véritables tortionnaires. Chez nous, il y a encore quelques tyrans, mais ils sont rares. C’est surtout les femmes qui sont les pires.

— Les pauvres…

— Ne les plains pas, surtout pas, intervint Vague d’un ton sec.

Je le regardai, intrigué.

— Pourquoi ?

— Parce que ce sont elles, les vraies dictatrices. Ma copine est dans la prison des femmes, et crois-moi, tu ne veux jamais avoir affaire à elles.

— À ce point-là ?

— Évidemment. Ce sont de véritables lionnes. Tu n’imagines même pas ce qu’elles peuvent faire… juste parce qu’il manque une assiette.

Un frisson me parcourut l’échine. Je préférais ne pas imaginer ce qui se passait réellement là-bas.

La conversation touchait à sa fin. Je leur adressai un dernier regard.

— On se revoit bientôt.

Et sur cette promesse, je pris congé.

Après cette journée d'observation, nous avons tous fait le même constat, sans grande surprise : la plupart des détenus haïssent les gardes. Il paraît même que ceux qui les apprécient ne sont en réalité que des psychopathes.

Avec cette certitude, nous avons décidé de passer à l'action. Dès ce jour-là, nous avons commencé à tout préparer.

Jour après jour, nous avons discrètement mis de côté les ingrédients nécessaires à la confection d’un gâteau. La dynamite – ou plutôt le petit pétard – devait nous être livrée dans deux semaines, le temps de réunir tout le reste. Ce délai était largement suffisant, il nous permettait même de peaufiner les détails.

D’après mes souvenirs, pour un gâteau basique, il fallait trois œufs, 100 g de sucre, 100 g de farine, un peu de crème fraîche et de la levure chimique. Mais pour être sûrs de notre coup, nous avons consulté un détenu qui, avant d’être enfermé pour empoisonnement, était pâtissier. Il nous a conseillé d’ajouter quelques ingrédients pour améliorer la texture et le goût.

À vrai dire, c’était presque étonnant que je me souvienne d’une recette. La cuisine n’a jamais été mon domaine. À part le sport et, vaguement, la politique, je ne sais pas grand-chose.

Nous avons trouvé l’endroit parfait pour stocker nos ingrédients : derrière la poubelle de la cuisine. Comme ce sont les détenus qui s’occupent du nettoyage, aucun garde n’allait s’attarder à fouiller cet endroit.

Cependant, certains ingrédients nécessitaient d’être conservés au frais. Heureusement, Vague avait un contact qui travaillait aussi à la cantine. Ce dernier a bricolé les câbles d’un réfrigérateur pour libérer un peu de froid en continu, nous permettant ainsi d’y glisser discrètement ce qui devait être réfrigéré.

En revanche, pour les ingrédients sensibles à l’humidité, nous avons trouvé une seconde cachette : un placard en hauteur, juste à côté de quelques assiettes. Nous avons pris soin de tout emballer dans des sachets en plastique.

Si jamais nous nous faisions attraper avec ces sachets, nous serions fichus. C’est pourquoi nous avons rusé : nous avons utilisé des sachets opaques, donnant l’illusion qu’ils contenaient de la drogue. Il serait bien plus facile d’expliquer une fausse affaire de trafic plutôt que de devoir justifier pourquoi nous cachions du sucre et de la farine.

L’étau se resserrait. Bientôt, notre plan serait prêt à être mis en œuvre.

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