Chapitre 7

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Cela fait un moment que je cherche à découvrir qui veut se débarrasser de moi. Mais c’est bien plus compliqué que je ne l’imaginais. À vrai dire, j’ai toujours vécu comme un citoyen lambda, un peu paresseux, sans jamais croiser de criminels autrement qu’à travers les journaux.

Et pourtant, parmi les récentes arrestations, aucun détenu ne semble avoir de raison particulière de me haïr. D’autant plus que ceux qui auraient pu avoir un mobile ont été envoyés dans d’autres prisons, loin d’ici. Il faut me rendre à l’évidence : cette affaire me dépasse. Mais abandonner ? Hors de question. Ma famille m’attend. Je dois prouver mon innocence avant la fin du mois.

Nous avons raconté à Vague et au Petit notre échange avec Johan. Eux non plus ne comprennent pas exactement ce qu’il a voulu dire, mais une chose est sûre : il faudra le surveiller de près. Ce qui les a surtout étonnés, c’est d’apprendre que l’instigateur de toute cette histoire—cet homme, ou peut-être cette femme—se trouve ici, dans cette prison.

Mais ce n’est que le début de mon histoire. Maintenant que nous avons interrogé quelqu’un qui semble connaître l’identité du tueur, nous devons impérativement le convaincre de parler. Mieux encore : nous devons trouver des preuves capables de l’incriminer. Car ce criminel a accompli l’impensable—tuer alors qu’il était enfermé. Ce qui signifie qu’il n’agit probablement pas seul. Nos ennemis sont sûrement plus nombreux que nous. Et surtout, mieux organisés.

Ma première piste ? Creuser du côté des gardiens. Ce sont eux qui régissent la prison, qui ont accès aux moindres recoins et qui, potentiellement, couvrent les actes de ce tueur. Pour enquêter, nous devons nous approcher d’eux, infiltrer leur cercle. Il existe un moyen : en gagnant leur confiance, certains nous laisseront les remplacer pour certaines tâches pendant leurs heures de repos.

C’est notre meilleure chance d’approcher la vérité.

Les gardiens me connaissent bien. Et surtout, ils me détestent. Ils savent que je ferai tout pour sortir d’ici, que je ne suis pas du genre à me laisser broyer par le système. C’est précisément pour cette raison que je dois me faire passer pour quelqu’un d’autre.

Vague m’a soufflé un nom : Greg. Un détenu enfermé ici depuis vingt ans. Personne ne l’a jamais vu hors de sa cellule. Même les gardiens qui l’ont enfermé seraient incapables de mettre un visage sur son nom. Son casier judiciaire est tout aussi mystérieux—une ombre parmi les prisonniers.

Mon plan est simple : me faire passer pour lui. Il me suffira d’aller voir les gardiens et de leur annoncer que, soudainement, après deux décennies d’effacement, "Greg" souhaite participer aux tâches collectives, comme le ménage et les corvées de la prison.

Pour l’apparence, le Petit connaît quelqu’un capable de me fournir une teinture ou même une perruque.

Quelques heures plus tard, après avoir partagé mon plan et mobilisé tous les contacts nécessaires, un détenu spécialisé dans le "relooking clandestin" est venu s’occuper de moi. Il a teint mes cheveux, les a coupés assez courts pour changer mon apparence. Il a ajouté quelques détails : des grains de beauté, des taches de rousseur, autant de petites modifications qui, mises bout à bout, feraient de moi un homme différent. Enfin, il m’a remis une vieille tenue de prisonnier à ma taille, usée par le temps.

Le plan est lancé.

Je pénètre dans le bâtiment administratif des gardiens et me dirige vers le secrétariat. Une gardienne est assise derrière son bureau, absorbée par la lecture du journal. Au dos, en grande manchette, l’affaire du meurtre s’étale en première page.

L’enquête a finalement été rouverte… mais toujours aucune piste solide. Je fixe le journal, absorbé par la lecture, jusqu’à ce que la gardienne relève la tête et croise mon regard. Lorsqu’elle rabat son journal et me surprend en train de lire par-dessus son épaule, son visage se crispe dans une grimace de dégoût.

— Qu’est-ce qu’il y a ? Tu t’es perdu ? demande-t-elle sèchement.

— Pas vraiment. Je cherche simplement le bureau des lettres. Disons que ça fait vingt ans que je n’ai pas envoyé de courrier. Je m’appelle Greg.

Ses yeux s’écarquillent. Elle réajuste tout sur son bureau d’un geste nerveux, comme si elle venait de recevoir la visite d’un inspecteur.

— Que puis-je faire pour vous ?

— Comme je l’ai dit, je souhaite simplement envoyer du courrier. Est-ce possible ?

— Bien entendu. Veuillez me suivre, dit-elle en se levant.

Elle ouvre une porte non loin, sur laquelle est inscrit "Poste".

En entrant, je remarque au fond de la pièce deux détenus en train de trier des lettres. De l’autre côté, quelques gardiens discutent et rient entre eux. Sans hésitation, la gardienne intime aux prisonniers de quitter la pièce immédiatement. Ils échangent un regard hésitant, puis se dépêchent de ranger leurs affaires avant de partir sans un mot.

Elle tire une chaise – probablement celle du chef de section – et la place face à moi. Je m’assois calmement, attendant ses instructions. Mais au lieu de parler, elle se poste juste devant moi, un large sourire aux lèvres.

Les quelques officiers encore présents l’observent avec un air perplexe. Je leur adresse alors un sourire tout aussi large et me présente.

— Greg.

À ma grande surprise, ils se redressent aussitôt, presque au garde-à-vous, et m’imitent avec un sourire figé, comme s’ils exécutaient un réflexe militaire. Un silence étrange s’installe. Mais au bout d’un moment, l’un d’eux finit par parler.

— Qu’est-ce que vous voulez, monsieur Greg ?

— Je veux travailler ici pendant un temps. C’est possible, n’est-ce pas ?

— En effet, répondit la gardienne.

— Parfait. Dans ce cas, je commencerai dès aujourd’hui, pour trois jours.

Tous acquiescèrent en silence, hochant la tête de haut en bas. L’un des officiers posa un tas ridicule de lettres à ma droite, bien moins volumineux que celui destiné aux deux détenus qui étaient là avant moi. Sans relever, je me mis aussitôt au travail, examinant chaque nom qui passait entre mes mains et prenant discrètement des notes sur une feuille que je récupérerais plus tard.

À la fin de la journée, j’avais déniché plusieurs indices intéressants, dont trois lettres qui pourraient bien nous mener à de nouvelles pistes.

La première était adressée à notre cher Johan. Après l’avoir lue, j’ai découvert qu’elle contenait un message simple, mais clair : "Ne dis rien au nouveau venu." Ce qui signifiait deux choses. Premièrement, Johan était sous pression, peut-être même menacé de représailles s’il osait parler. Deuxièmement, on nous surveillait de près.

La deuxième lettre qui attira mon attention était destinée à une détenue du bâtiment des femmes. Rien d’inhabituel à première vue. Ce qui m’a intrigué, cependant, c’était la nette différence entre l’écriture du message et celle du nom inscrit sur l’enveloppe. Le contenu paraissait banal, une lettre d’un mari ou d’un amant racontant son quotidien à sa bien-aimée. Mais quelque chose clochait. Je soupçonnais fortement l’usage d’un code caché à l’intérieur du texte.

Par précaution, j’en ai fait une copie. Plus tard, je la montrerai à Rock – peut-être est-il expert en cryptage et pourra-t-il m’aider à la décrypter.

Et la dernière lettre m’était adressée. Je n'avais reçu aucun courrier depuis mon arrivée ici.

En l’ouvrant, j’ai immédiatement reconnu l’écriture de ma voisine, la femme de notre victime… ainsi que celle de ma mère. Ma mère, fidèle à elle-même, m’encourageait à tenir bon, à ne pas perdre espoir et à me battre pour prouver mon innocence. Elle écrivait qu’elle priait chaque jour pour me revoir libre.

Mais la partie rédigée par ma voisine était d’un tout autre ton. Elle m’accusait du meurtre de son mari et m’accablait d’un flot d’injures et de reproches qui n’avaient, pour la plupart, aucun rapport avec l’affaire. Elle semblait surtout consumée par la douleur et le regret d’avoir perdu l’homme qu’elle aimait.

C’est ainsi que se termina ma journée. Trois pistes différentes, trois fils à tirer, et peut-être la clé pour retrouver le véritable coupable.

Bien sûr, je ne pouvais pas non plus écarter la piste de ce fameux Greg. Tout autour de lui restait un mystère. Enfermé depuis vingt ans, personne ne savait à quoi il ressemblait aujourd’hui ni ce qu’il faisait réellement. Pourtant, rien qu’à l’évocation de son nom, tout le monde semblait se plier en quatre pour satisfaire ses moindres désirs.

Pourquoi ? Qui était-il vraiment ? Et surtout… quel rôle jouait-il dans toute cette histoire ?

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