Chapitre 15 : Amie ou ennemie ?
Elle regarde directement la caméra, consciente que j'ai dû pirater les systèmes de son appareil. À côté d'elle je reconnais la moustache de Jenkins, grand gaillard roux à la mâchoire aussi carrée que sa coiffure. En comparaison, la noble paraît frêle. Petit bout de femme, blonde à la coiffure extravagante et à la tenue soignée, je note même à travers l'écran son maquillage un peu trop épais. Je n'aime pas ce genre de filles. Trop artificielles et, surtout, trop riches. J'ai de mauvais souvenirs des enfants d'ingénieurs qui se pavanaient dans les couloirs de Junes, s'en prenant impunément aux rejetons des techniciens.
*** : Mon nom est Cassandra Thiers. Fille du duc de Thiers. À qui ai-je l'honneur ?
Alain : Mon nom n'a pas beaucoup d'importance.
Sa voix est ferme, le genre à attendre que ses ordres soient exécutés. Fille de duc, hein ? Ben ici ce ne sera pas toi qui décidera. Elle se crispe un peu mais poursuit.
Cassandra : J'ai été mise au courant de votre proposition. Elle me semble quelque peu... irréaliste.
Elle tente des négociations ou veut se renseigner sur ce que nous avons l'intention de mettre sur la table ? De toute façon je suis là pour les convaincre.
Alain : Non, elle est pragmatique. Nous avons besoin de personnes et vous d'un endroit où vous poser. Vos seules autres possibilités sont les domaines de deux gouvernements qui n'hésiteront pas à vous livrer pour avoir un avantage diplomatique ou financier.
Cassandra : J'ai bien compris ça mais... J'étais prête à risquer le tout pour le tout.
Je me demande de quoi elle parle. Avec sa petite flotte elle ne pouvait espérer passer en force à travers les territoires du Lotus. Peut-être envisageai t-elle de négocier directement avec leurs dirigeants ? Vu ce qui se passait à Solingen, elle avait peu de chance de réussir.
Alain : Vous n'avez rien à leur offrir. Vous n'êtes que des éléments à négocier pour un meilleur contrat avec l'Empire.
Horriblement habituel et répétitif. Ces tragédies ne faisaient même pas les gros titres dans les journaux publiés à Junes.
Cassandra : Hum. Soit. Mais si je trouve votre offre irréaliste c'est aussi car elle implique de loger rapidement plus de 10 000 personnes.
Alain : C'est plus proche de 20 000 si on compte les militaires non ? J'admets que nos infrastructures ne peuvent pas encore accueillir tout le monde mais nous faisons de notre mieux.
J'ignore si Catherine est ravie ou agacée de mettre ses drones sous un tel stress mais ce qui est certain c'est qu'elle est efficace. Elle va terminer à temps, quitte à tous les mettre en révision après ça.
Cassandra : La confiance est une chose rare en ce monde. Pourquoi je devrais croire quelqu'un qui ne me dit même pas son nom ?
Alain : Peut-être parce que le bonhomme a aussi des plans de secours pour tous vous exterminer si vous décidez de devenir hostile ? On ne survis pas seul dans l'espace en restant doux et tendre.
Un silence. Elle ne peut pas savoir que notre plan de combat se limite à attendre patiemment qu'ils meurent de faim mais ça reste une discussion qui ressemble à celle d'un méchant de film qui fait chanter sa pauvre victime. Je n'aime pas jouer un rôle avec une attitude aussi rébarbative mais il faut ce qu'il faut : notre survie en dépend !
Cassandra : Soit. Je n'ai pas d'autre choix que de remettre les vies de mes loyaux sujets entre vos mains. J'espère ne pas avoir à le regretter.
Alain : Je vais envoyer notre discussion à mes collègues. Il va falloir attendre quelques heures pour qu'ils rendent leur verdict.
Le retour de Catherine fut rapide et inattendu.
Catherine : Je ne l'aime pas.
Puis quelques minutes de silence plus tard.
Catherine : J'accepte la rencontre.
Je pensais que l'on s'était mis d'accord avant notre petite opération mais on dirait que l'IA semble avoir une dent personnelle contre la jeune noble. De la part d'un organisme purement logique, c'est étonnant.
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