Chapitre 44 : Film d'horreur 4k. Durée : trois semaines.

5 minutes de lecture

De près, c'était encore pire. Ce qui était un exploit.

Même si son appareil était frais par rapport aux autres croiseurs ayant survécu à plus d'une dizaine de batailles, il ne parvint pas à faire pencher la balance dans le secteur qui lui était attribué. Comme l'avait fait remarquer le capitaine Fargas, la chaîne logistique adverse était parfaite : Tous leurs vaisseaux sont systématiquement remis à neuf chaque jour, signe de la présence d'un chantier spatial à proximité. Le suspect le plus évident était une installation à côté de la raffinerie de D/T de Kain 7 mais il restait le soucis de la distance. Soit il y avait un autre chantier à proximité, invisible dans la nuit spatial et trop petit pour être détecté avec leurs senseurs... soit leurs vaisseaux sont beaucoup, beaucoup plus rapides que prévus.

Dans son esprit encombré par la terreur et gêné par les douleurs provoquées par son ulcère d'estomac, le vice-amiral Lorenz n'arrivait pas à déterminer ce qui était le pire.

Sur l'affichage sphérique de son vaisseau-amiral la bataille allait en s'intensifiant. Il fallait dangereusement s'approcher des croiseurs ennemis pour les engager, leur meilleure précision décourageant instamment les affrontement à longue portée. Il voyait donc, via les optiques grossissantes, le flanc de l'appareil ennemi, étrange navire flottant dans l'espace et... oui, il y avait même une bannière en tissu qui flottait derrière la passerelle de commandement. Zébrée de tirs de lasers, déchirée par endroits par les débris volant en tout sens, on voyait encore distinctement la petite fleur au centre de la sphère bleue qui semble être le symbole de ces mineurs. Cet engin est tout bonnement ridicule.


Mais redoutable.

Le crissement horrible d'un réseau électrique porté au supplice retentit autour de lui. Ils viennent de se prendre une volée de petits impacts qui, répartis sur toute la surface du bouclier, torturent le câblage distribuant le courant.

Lorenz : Radar ! Pourquoi n'avez-vous pas averti de l'impact du missile !? SDP ! Pourquoi il n'a pas été intercepté !

Radar : Il... Il n'y a pas eu de tir de missiles ! Les baies ennemies sont encore fermées !

SDP : Je n'ai pas de cibles à portée qui... Oh... Oh non...

Lorenz : Quoi !? Parlez, bon sang !

SDP : On... On n'a plus de chasseurs et de MISS en couverture. C'est le SDP ! Ils utilisent leurs propres batteries de défense de proximité pour nous tirer dessus ! Ils en use pour affaiblir notre bouclier !

Lorenz : Sottises ! La portée d'un SDP est...

La portée...

Un laser normal a tendance à se disperser avec la distance. Au bout de quelques milliers de kilomètres, il avait perdu plus de la moitié de sa puissance. Dans un monde infesté de conflits, l'usage des armes perdant leur dangerosité après une certaine distance s'était révélée vital. Si on était tenté par des équipements plus exotiques tels que les canons à rail magnétique ou les explosifs nucléaires on prenait le risque de tuer des inconnus des siècles après avoir fait feu. Plutôt que de dépendre d'armements qui ne sont ni plus ni moins que des catastrophes en attente de réalisation, les chantiers spatiaux ont préféré se baser sur une technologie (relativement) moins risquée.

Dans la situation actuelle, ils sont hors de portée d'un SDP au maximum de sa puissance et les lasers ne devraient pas avoir plus de soixante pour cent de leur force d'origine une fois arrivés à leur niveau. Mais l'adversaire a déjà prouvé qu'il est doté d'une excellente visée. On peut donc en déduire que ses armes nécessitent aussi une plus longue distance avant de subir les dégradations dues à la distance. Ce qui signifie qu'ils se prennent les batteries SDP Kaliméris avec la même violence que s'ils se trouvaient à bout portant.

Il ne pouvait que serrer les dents et ordonner de tenter de rendre la pareille. Ces batailles quotidiennes le terrifiait d'autant plus qu'ils avaient perdu trois destroyers supplémentaires ces derniers jours. L'état-major devait compenser les pertes des chasseurs mais, en cherchant à boucher les trous de la formation, les destroyers devenaient des proies faciles pour les insaisissables frégates ennemies. Il comprenait à présent pourquoi la doctrine impériale bannissait ces appareils : ils incarnaient tout le côté fourbe et sans honneur que les pirates, leurs utilisateurs habituels, représentaient jusqu'à la caricature !

Fargas était revenu en première ligne mais, hélas, la perte de deux autres croiseurs légers impériaux nécessitait sa présence sur un autre front. L'usure des machines et des hommes atteignait un point de rupture : si la situation durait quelques jours de plus, ils allaient tous y rester ! L'usage de stimulants chimiques a permis de maintenir un semblant d'efficacité pendant cette dernière semaine mais ce procédé avait un coût qui commençait à se manifester : insomnies, crises de colères soudaines, refus d'ordres... psychiquement comme physiquement, Kaliméris les mettait à bout.

Alors qu'une vibration annonçait un nouvel impact laser sur le blindage mis à nu une fois que la charge du bouclier fut épuisée, Lorenz, contemplant le schéma tactique, laissait son commandant diriger les opérations de combat dans lesquelles le Volonté de Fer est engagé. Le vice-amiral tentait de répartir les appareils dont il disposait afin de tenir les deux lignes de défense extérieures. Il ne restait plus qu'une poignée de destroyers pour couvrir la porte, les cargos de ravitaillement et les deux porte-appareils qu'il lui restait. Ils en avaient perdu un quand une poignée de ces maudits démons avait réussi à pénétrer leur dispositif en se camouflant dans un débris spatial. Le plus vexant fut de les voir repartir impunis une fois leur méfait accompli.

Il... Il se passe quelque chose d'inhabituel.

Les flottes ennemies reculent de façon ordonnée, entamant leur retraite comme ils le faisaient chaque jour depuis les trois semaines que l'affrontement à commencé. Mais il était beaucoup trop tôt pour ça, seules trois heures de bataille avait eu lieu depuis le début de la journée.

Radar : L'ennemi se désengage. Vos ordres ?

Lorenz : On recule aussi ! Mais n'entamez pas les protocoles de réparation ! Il est trop tôt pour qu'ils abandonnent comme ça ! C'est peut-être une nouvelle stratégie ennemie !

S'ils lançaient un assaut massif alors qu'ils étaient en pleine réparation, ce serait un désastre. Pour le moment, ils ont été fair-play à ce niveau, respectant la tradition militaire impériale. Mais s'ils jugeaient qu'il était nécessaire de jeter leur honneur aux orties pour survivre...

Les deux lignes impériales reculaient vers leur position de départ, contemplant le départ des formations ennemies qui s'étaient rassemblées dans leurs quatre flottes habituelles avant de faire un bond spatial. Le même spectacle quotidien mais trop tôt. Pourquoi ? Une heure plus tard,la situation était toujours au même point et, usés par la fatigue empilée et incapables de faire face à ce répit inattendu, nombre de capitaines ont contacté le vice-amiral pour demander la permission de se mettre en mode d'entretien. Lorenz repoussait leurs suppliques, les yeux rivés sur le schéma tactique projeté sur l'écran sphérique.

Radar : Mon... Monsieur ! Sortie de l'hyperespace !

Lorenz : Où ça ? Où ?

Radar : Derrière ! La porte ! C'est l'Empire !!!

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 4 versions.

Vous aimez lire VladPopof ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0